‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 206 sur 226 · DE L'HUMOUR · texte numérisé non relu

DE L'HUMOUR

trcmveftrtpas aussi étrange, à en juget "par là ftiamère de quelques-uns de nos meiReurs auteurs coTiriques et "par le «uccès que des pièces de ce genre ont généralefmetrt obtenu. 'On en trouverait des exemples presque dans toutes les comédies de caractère. Mais veut-on voir un exemple éclatant de l'eireur qui consiste à représenter les mœurs dans le drame d'après des idées abstraites? Qu'on lise la comédie de Ben Johnson intitulée Chacun hors de son caractère^, qui a la prétention d*être

1 . Ben Johnson a écrit detix comédies dont le titre renferme le mot humour : l'une est intitulée : Every man t'n is humour ( « Chacun dans son caractère • ) ; et l'autre : Every man out of hiê humour (« Chacun hors de son^aractère «j. Le mot humour avait pris faveur de son temps, et l'on en abusait de là façon la plus ridicule. B. Johnson en signale à la fois l'abus et le vrai sens dans le passage suivant :

t Quand certaines dispositions du tempérament possèdent nn boteme ta pàhk • d'entraîner ses sentiments, ses pensées, 'toutes ses facultés à prendre la directioli « qu'elles leur impriment, cela peut s'appeler véritablement un caractère (a hu^ 0 mour). Mais quoi? un drôle, en portant des plumes bariolées et un câble à son « cfaapeau, une fraise à triple étage, tfoi? pi«ds de rubans à ses souliers, et Hb. t nœud à la suisse snr des jarretières à la française, se donnera par là un ettrctC" « tère ! Ab t c'est quelque chose de pins qne le comble du ridicule I •

Les deux comédies de Johnson sont donc des pièces très-importantes pour l'histoire de Vhumour, et la dernière encore pins qne la première. "L'humour, qne nous regardons maintenant comme l'attribut propre des Anglais, n'étaft alors chez eux en grande partie qn*une affectation; et c'est surtout pour tommer cette affectation en ridicule, que Johnson a peint l' Aumour. A regarder la chose de près, ce n'était que Vhumour affecté, et non le vrai, qui pouvait être un sujet de comédie. Car qu*est-ce qui etrt une faiblesse commune de l'homanîté, faiblesse digne de raillerie ou de châtiment, selon les moyens qu'elle emploie? C'est seulement te désir de se distinguer des autres et de se faire remarquer par quelque chose de singulier. Mais les singularités qui viennent de la nature même ou d'une habitude transformée en une seconde nature, sont quelque chose de trop spécial pour pou- -voir convenir au dessein général et philosophique du drame. Ainsi Vexagération de Vhumour qu'on voit dans beaucoup de pièces anglaises, pouvaft en faire l'originalité, mais non le mérite. Il est certain que dans le drame antique il n*y a pas trace d'humour. Les poè'tes de l'antiquité avaient le talent d'individualiser leurs personnages sans humour : oui, les poètes de l'antiqùîté en général. Ce n'est pas que les historiens et les orateurs de l'antiquité ne nous donnent des exemples d'humour; mais c'est quand la vérité historique, ou l'éclaircissement d'un certain fait exige cette peinture exacte du particulier (xaO'êxavrov). J'en ai rassemblé des exemples avec soin, et je voudrais pouvoir les mettre en ordre, ne fut-ce que pour redresser une erreur qui est assez répandue. Nous traduisons maintenant presque toujours humour par launcy et je crois bien avoir sur la conscience de ravoir traduit ainsi le premier. En cela, j'ai très-mal fait, et je souhaiterais qu'on ne m'eût pas imité. Car, je crois pouvoir démontrer victorieusement que humour et laune expriment des choses très-différentes et, en un certain sens, tout à fait opposées. La laune (bumeur variable) peut devenir de X'humour ; mais, hors de ce cas unique, Vhumour n'est jamais la laune. J'aurais dû rechercher l'étyrtiologie de notre mot allemand, et en peser plus exactement l'acception usuelle. Je me suis

kU CINQUANTE ET UNIEME SOIRÉE.

une comédie de caractère, et qui en réalité n'est qu'une peinture peu naturelle et dure (comme disent les peintres) d'un groupe de singularités bizarres, dont le modèle ne se trouve nulle part dans la vie réelle. Cependant cette pièce a toujours eu des admirateurs, et il faut bien que Randolph en ait été particulièment charme, puisqu'il paraît l'avoir imitée de très-près dans son Miroir des Muses,

c( Nous devons faire remarquer qu'en ceci, comme dans toutes les autres qualités plus essentielles encore du drame, Shakespeare est un modèle accompli. Si vous lisez attentivement ses comédies à ce point de vue, vous trouverez que ses caractères, tout fortement dessinés qu'ils sont, s'expriment, dans la plus grande partie du rôle, absolument comme les autres, et que leurs qualités dominantes ne se montrent que par occasion, quand les circonstances les amènent à se manifester naturellement. Cette perfection exceptionnelle de ses comédies vient de ce qu'il copiait fidèlement la nature : son génie actif et ardent était attentif à tout ce qui pouvait lui servir dans le développement de ses scènes. Au contraire, les petits écrivains moins bien doués se laissent égarer par l'imitation : ils sont pressés d'arriver au but; ils ne perdent pas de vue un seul moment ce but unique; et toujours préoccupés, inquiets de leur caractère favori, ils le maintiennent constamment en jeu, sans lui laisser de relâche. Comment qualifier cette tension maladroite de leur esprit? Ils traitent les personnages de leur pièce comme certains plaisants traitent les personnes de leur connaissance, à qui ils font tant de politesses, que celles-ci ne

ti'op empressé de conclure que le mot laune traduisant le français humeur^ il pouvait aussi traduire l'anglais humQur: les Français eux-mêmes ne peuvent pas rendre humour par humeur.

Des deux pièces de Juhuson, que j'ai citées, la première est beaucoup moins entachée que la seconde du défaut relevé par Hurd. L'humour qu'on remarque dans les personnages de la première n'est ni tellement individuel, ni tellement exagéré, qu'il ne puisse s'accommoder avec la nature ordinaire ; tous les personnages sont d'ailleurs assez bien liés à une action qui n'a rien d'étrange. Au contraire, dans la seconde pièce, Every man oui of his humour, il n'y a, pour'aiusi dire, pas trace de fable dramatique; une multitude d'extravagants étranges se succède, on ne sait comment, ni pourquoi; et leur dialogue est à tout moment interrompu par deux amis de Tauteur, qui paraissent sur la scène, sous le nom de Grex, pour présenter des considérations sur les caractères des personnages et sur la manière dont le poète les a traités. Le titre out of his humour (hors de son caractère ou de son humour) indique que tous les personnages sont amenés à des situations, où ils se trouvent fatigués et ennuyés de leur propre humour. {N. de l'auteur. )

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