‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 212 sur 226 · DES CRITIQUES ALLEMANDS · texte numérisé non relu

DES CRITIQUES ALLEMANDS

venu , et pas un enfin n'a écrit le quart du nombre des comédies de Ménandre. Et la critique ne pourrait pas dire d'eux ce qu'elle a bien pu dire de Ménandre?... Cependant, qu'elle ose parler!

Et ce ne sont pas seulement les auteurs qui entendent ces vérités de mauvaise grâce. Nous avons maintenant (le ciel en soit loué!) une génération de critiques, dont le plus grand mérite consiste à rendre toute critique suspecte. Ils ne cessent de crier au génie. « Le génie, disent-ils, s'affranchit de toutes les règles. Les œuvres du génie deviennent des règles. » C'est ainsi qu'ils flattent le génie, sans doute afin que nous les prenions pour des génies. Cependant ils se trahissent, ils prouvent qu'ils n'ont pas la moindre étincelle de génie, quand ils ajoutent tout d'une haleine : « Les règles étouffent le génie I » Comme si le génie se laissait étouffer par quelque chose! Et encore par quelque chose qui vient de lui, comme ils l'avouent eux-mêmes! Tout critique n'est pas un génie; mais tout génie est un critique né. Il porte en soi le contrôle de toutes les règles. Il ne comprend, ne reconnaît et ne suit que celles qui traduisent son sentiment en paroles. Comment donc ces paroles, expression de son sentiment, pourraient-elles diminuer sa fécondité? Raisonnez sur les règles avec lui tant qu'il vous plaira; il ne vous comprend qu'autant qu'il aperçoit au moment même l'application de vos propositions générales dans un exemple particulier; et après, il ne lui reste d'autre souvenir que celui de cet exemple particulier, qui, dans son travail, ne peut agir sur ses facultés que dans la mesure réservée au souvenir d'un exemple heureux, d'une heureuse expérience. Ainsi, prétendre que les règles et la critique peuvent opprimer le génie, c'est prétendre, en d'autres termes, que les exemples et la pratique ont ce pouvoir; ce n'est pas seulement l'isoler en lui-même, c'est encore l'emprisonner dans ses premiers essais.

Ces sages messieurs ne savent pas davantage ce qu'ils veulent, quand ils se lamentent si plaisamment sur le tort que la critique fait subir aux jouissances du public. Autant

vaudrait nous dire qu'on n'admire plus la variété et la vivacité des couleurs du papillon, depuis que le maudit microscope nous a fait voir que ces couleurs ne sont que poussière.

« Notre théâtre, disent-ils, est encore dans un âge trop tendre pour pouvoir supporter le despotisme de la critique... 11 est plus nécessaire de montrer les moyens d'atteindre à cet idéal dont on parle, que de prouver que nous en sommes encore bien loin... La scène veut être réformée par des exemples, et non par des règles... Il est plus facile de raisonner que de produire. »

Est-ce là enfermer des pensées dans des mots; ou n'estce pas plutôt chercher des pensées à mettre dans les mots, sans en pouvoir trouver? Et qui sont ceux qui parlent tant d'exemples et d'invention originale? Quels exemples ont-ils donc donnés ? Quelles sont leurs œuvres originales? Ah! les habiles gens! Quand ils ont h juger les exemples, ils préfèrent des règles; et quand il faudrait juger les règles, ils aimeraient mieux avoir des exemples. Au lieu de montrer que la critique est fausse, ils montrent qu'elle est trop rigoureuse; et ils croient se tirer d'affaire ainsi! Au lieu de réfuter un raisonnement, ils remarquent qu'il est plus difficile de raisonner que d'inventer; et ils croient l'avoir réfuté!

Quiconque raisonne juste invente par cela même; et quiconque veut inventer doit être capable de raisonner. Pour croire que ces deux choses peuvent être séparées, il faut n'être capable ni de l'une ni de l'autre.

Mais à quoi bon m'arrêter avec ces bavards? Je poursuivrai ma route, sans m'occuper du bruit que les grillons font autour de moi. S'écarter d'un pas pour les écraser, c'est déjà trop. Leur saison dure si peu!

Ainsi, sans plus de préface, passons aux remarques que j'ai promis de faire encore sur les Frères de M. Romanus, à l'occasion de^la première représentation de cette pièce ^.

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