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tion de Tanglais de Hume (non de Thistorien-philosophe, mais d'un autre écrivain du même nom, qui s'est fait connaître par la tragédie de Douglas). On y trouve, dans quelques caractères, des ressemblances avec le Cafetier de Goldoni. Un personnage surtout de Goldoni, don Marzio, semble avoir été Toriginal de Frelon. Mais chez le premier, ce n'est qu'un méchant drôle; ici, c'est en même temps un misérable écrivain, que Fauteur a nommé Frelon, pour que l'on y reconnût plus vite son ennemi juré, le journaliste Fréron. Voltaire voulait Taccabler, et assurément il lui a porté un coup sensible. Nous autres étrangers, qui ne prenons point part aux rancunes et aux malices des gens de lettres français, nous voyons au delà des personnalités de cette pièce, et nous ne trouvons dans le personnage de Frelon que la peinture fidèle d'une sorte de gens qui ne nous est pas non plus inconnue. Nous avons nos Frelons aussi bien que les Français et les Anglais; seulement, chez nous, ils attirent moins l'attention, parce que nous sommes en général plus indifférents à l'égard de notre propre littérature. Mais quand même ce qu'il y a de piquant dans ce caractère serait perdu en Allemagne, la pièce offre encore, en dehors de ce rôle, assez d'intérêt : l'honnête Freeport suffirait seul à lui gagner notre faveur. Nous aimons sa générosité simple; et les Anglais eux-mêmes se sont sentis flattés du portrait.
Car c'est à cause de ce caractère seulement qu'ils ont dernièrement transplanté l'œuvre tout entière sur le sol où elle prétendait être née. Colman,' aujourd'hui leur meilleur poëte comique, sans contredit, a traduit l'Ecossaise sous le titre du Marchand anglais. Il y a ajouté la couleur nationale, qui manquait dans l'original. M. de Voltaire a beau se flatter de connaître à fond les mœurs anglaises, il les avait plus d'une fois faussées, et notamment en faisant demeurer sa Lindane dans un café. Colman la fait loger chez une honnête femme qui tient des chambres meublées : cette femme est, pour une jeune beauté abandonnée, une amie et une bienfaitrice beaucoup plus convenable que
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Fabrice. Colman a cherché aussi à donner plus de force aux caractères, pour les accommoder au goût anglais. Lady Alton n'est plus seulement une furie jalouse : elle veut se donner l'air d'une femme de génie, de goût et de savoir : elle a des prétentions au rôle de patronne des gens de lettres.
L'auteur a voulu rendre par là plus vraisemblable la liaison de cette dame avec le misérable Frelon (qu'il nomme Spatter). Freeport surtout se meut dans une sphère d'action plus large. Il s'intéresse au père de Lindane avec autant de chaleur qu'à Lindane elle-même : ce que lord Falbridge fait dans la pièce française pour obtenir la grâce du père, c'est Freeport qui le fait dans la pièce anglaise , et c'est lui seul qui conduit tout à un heureux dénoûment.
Les critiques anglais ont trouvé, dans la pièce de Colman, les sentiments excellents, le dialogue élégant et vif» les caractères bien tracés. Pourtant ils préfèrent de beaucoup les autres pièces de leur Colman. On en a vu une ici, la Femme jalouse^, sur le théâtre d'Ackermann; les personnes qui s'en souviennent peuvent se faire, d'après cet exemple, une idée du reste. Ces mêmes critiques ne trouvent pas qu'il y ait assez d'action dans le Marchand anglais-, la curiosité ne leur semble pas y être assez entretenue; toute l'intrigue se laisse deviner dès le premier acte. Ajoutez qu'ils y voient trop de ressemblances avec d'autres pièces, et qu'à leur avis, les meilleures situations y manquent de nouveauté. Freeport, disent-ils encore, n'aurait pas dû ressentir le moindre mouvement d'amour pour Lindane, sa bonne action perd par là tout son mérite, etc.
Il y a dans ces critiques beaucoup de remarques qui ne manquent pas de fondement; pourtant nous sommes trèsheureux, nous autres Allemands, que l'actionne soit ni plus riche ni plus compliquée. La manière anglaise, en ce
I . La Femme jalouse de Colman a été imitée en français par Desforges (1 785). (Trad,)
point, nous dissipe et nous fatigue ; nous aimons un plan simple, qu'on puisse embrasser d'un coup d'œil. Tandis que les Anglais ont besoin de bourrer d'épisodes les pièces françaises, pour qu'elles puissent réussir sur leur théâtre, il nous faut, au contraire, alléger les pièces anglaises de leurs épisodes, si nous voulons les transporter avec succès sur la scène allemande. Ici, les meilleures comédies d'un Congrève et d'un Wicherley ne pourraient être supportées, si l'on ne prenait soin d'émonder les développements exubérants. Les tragédies des Anglais nous donnent moins de peine; elles sont généralement loin d'être aussi compliquées que leurs comédies, et plusieurs ont réussi chez nous sans le moindre changement. Je n'en pourrais pas dire autant d'une seule de leurs comédies. Les Italiens ont aussi une traduction de l'Ecossaise, qui se trouve dans la première partie de la Bibliothèque théâtrale de Diodati. Elle suit l'original pas à pas, comme la traduction allemande. Le traducteur italien y a seulement ajouté une scène, en guise de conclusion. Voltaire dit que Frelon était puni à la fin dans l'original anglais, mais que ce châtiment, tout mérité qu'il est, lui avait paru refroidir l'intérêt principal, et qu'il l'avait abandonné pour cette raison. L'excuse n'a pas paru satisfaisante au traducteur italien. Il a donc, de sa propre inspiration, complété le châtiment de Frelon. Les Italiens sont grands amis de la justice en poésie.
NEUVIÈME SOIRÉE. - La Nouvelle Agnès, la Gouvernante,
(n** XIII, l^juinMQl), — Le neuvième soir (lundi, 4 mai), on devait jouer Cénie, mais un accident soudain et d'un caractère épidémique a mis plus de la moitié des acteurs hors d'état de jouer. On s'est tiré d'affaire le mieux qu'on a pu, en reprenant la Nouvelle Agnès, suivie d'un opéra comique, la Gouvernante,