TRADUCTION ANGLAISE DE ZAÏRE
même , et non des plus mauvais. Voltaire en fut très-flatté et ce qu'il en dit dans son Epitre dédicaioire à l'Anglais Fakener ^, sur ce ton de modestie orgueilleuse qui lui est propre, mérite d'ôtre lu. Mais il ne faut pas prendre tout ce qu'il dit pour des vérités. Malheur à qui ne porte pas dans la lecture des écrits de Voltaire en général ce scepticisme avec lequel il en a écrit une partie 1 Il dit, par exemple, à son ami anglais :
Vous aviez une coutume à laquelle M. Addison « s*est asservi lui-même, tant l'usage tient lieu de raison et de loi. Cette coutume peu raisonnable était de finir chaque acte par des vers d'un goût différent du reste de la pièce, et ces vers devaient nécessairement renfermer une comparaison. Phèdre, en sortant du théâtre, se comparait poétiquement à une biche, Caton à un rocher, Cléopâtre à des enfants qui pleurent jusqu'à ce qu'ils soient endormis. Le traducteur de Zayre est le seul qui ait osé maintenir les droits de la nature contre un goût si éloigné d'elle. Il a proscrit cet usage ; il a senti que la passion doit parler un langage vrai; et que le poète doit se cacher toujours pour ne laisser paraître que le héros.
Il n'y a pas plus de trois inexactitudes dans ce passage, et ce n est guère pour M. de Voltaire. Les Anglais, depuis Shakespeare et peut-être avant lui, ont eu Thabitude de terminer leurs actes écrits en vers non rimes par une couple de lignes rimées : cela est vrai. Mais il est absolument faux que ces lignes rimées ne renfermassent et ne dussent renfermer que des comparaisons; et je ne comprends pas que M. de Voltaire ait pu dire en face quelque
1. Non; mais dans sa seconde lettre au même M. Fakener, 1736. {Trad.) 1. I Le plus sage de Tos écrÎTains, » ajoute Voltaire. Comment pourrait-on bien traduire ce mot-là? Sage se dit weise en allemand ; mais qui pourrait en ce sens reconnaître Addison pour le plus sage {der weiseste^ c'est-à-dire le plus savant) des écrivains anglais? U me revient à l'esprit que les Français appellent également sage une jeune fille à qui l'on ne peut reprocher de faux pas, de chute grossière. Peut-être cette acception conviendrait-elle ici. Et, en ce sens, on pourrait bien traduire : « Àddison, celui de vos écrivains qui se rapproche le plus de nous autres Français, gens calmes et insipides. > {Note de l'auteur.)
chose de pareil h un Anglais, qu'il devait soupçonner d'avoir lu aussi les poêles tragiques de son pays.
En second lieu, il est faux que Hill, dans sa traduction de Zayre\ ait abandonné cet usage. A la vérité, il est presque incroyable que M. de Vollaire n'ait pas dû regarder la traduction de sa pièce plus exactement que moi ou tout autre. Il faut pourtant bien que cela soit. Car, aussi vrai qu^ellé est écrite en vers blancs , chaque acte se termine par deux ou quatre ligues rimées. Sans doute, elles ne contiennent pas de comparaison, mais, comme je l'ai dit, de toutes ces conclusions rimées par lesquelles Shakespeare, Johnson, Dryden, Lee, Otway, Rowe, et tous enfin terminent leurs actes, il v en a certainement cent contre cinq qui n'en renferment pas non plus. Qu'est-ce que Hill a donc fait de particulier?
Et quand il présenterait réellement cette exception que Voltaire lui attribue, il serait encore faux, en troisième lieu, que son exemple ait eu l'influence que Voltaire lui prête. A cette heure encore, il paraît en Angleterre autant^ sinon plus, de drames dont les actes se terminent par des lignes rimées que d'autres qui ne présentent pas ce caractère. Hill lui-même ne s'est entièrement affranchi de l'ancienne mode dans aucune des pièces qu'il a faites .depuis sa traduction de Zayre,
Et qu'importe enfin que nous entendions ou que nous n'entendions pas des rimes pour terminer? Quand il y en a, peut-être sont-elles utiles à l'orchestre, peut-être donnent-elles le signal de prendre les instruments; et quand ce signal viendrait de la pièce même, cela ne vautil pas mieux que de le donner à l'aide d'un sifflet ou d'une clef?
(n® XVI, âSywm 1767). — Les acteurs anglais, au temps de Hill, manquaient un peu bien fort de naturel. Dans la tragédie surtout, leur jeu était extrêmement violent et outré. Pour exprimer des passions véhémentes, ils criaient et se démenaient comme des possédés ; et le reste, ils le déclamaient avec une solennité roide et ampoulée, qui, à