‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 99 sur 226 · LA MËROPE DE MAFFEI · texte numérisé non relu

LA MËROPE DE MAFFEI

venu de lui découvrir sa naissance. Aussitôt elle fait lier à une colonne le jeune homme pour qui elle avait elle-même prié un moment auparavant; et elle veut lui percer le cœur de sa propre main. Celui-ci songe alors à ses parents; le nom de Messène lui échappe; il se rappelle la recommandation que son père lui avait faite, d'éviter ce lieu avec soin. Lk-dessus, Mérope demande des éclaircissements; mais le roi survient, et le jeune homme est mis en liberté. Mérope était sur le point de reconnaître son erreur ; mais «lie y retombe et s'y replonge en voyant la malice avec laquelle le roi triomphe de son désespoir. Égisthe est, à n'en plus douter, le meurtrier de son fils, et rien ne saurait le soustraire à sa vengeance. Elle apprend, h la tombée de la nuit, qu'il se trouve dans le vestibule, où il s'est endormi; elle court avec une hache, pour lui fendre la tête; déjà, elle tient la hache levée pour lui porter le coup, lorsque Polydore, qui vient de se glisser dans ce même vestibule, et qui a reconnu Égislhe, saisit le. bras de Mérope. Égisthe se réveille et se dérobe au coup; Polydore découvre à la mère son propre fils dans le prétendu meurtrier de ce fils. Elle veut courir après lui; et, par sa tendresse impétueuse, elle l'aurait dénoncé au tyran si le vieillard ne l'avait encore retenue. C'est le lendemain matin que son mariage avec le roi doit s'accomplir; il faut qu'elle se rende à l'autel; mais elle a résolu de mourir avant de donner son consentement. Cependant Polydore a révélé à Égisthe qui il est ; Égisthe court au temple, pénètre à travers la foule ; et — le reste comme dans Hygin. (n** xlt, 18 septembre 1767). — Le théâtre italien, au «commencement de ce siècle, avait en général mauvaise réputation ; la Mérope de Maffei n'en provoqua que plus d'applaudissements et d'acclamations :

Gedite, Romani scriptores , cedite Graii , Nescio quid majus nascitur Œdipode * ;

1 . Ce distique est une variante de celui de Properce sur l'Enéide de Virgile : « Cédez la place ^ poètes romaiiis et grecs : il naît une œutre plus grande qoê

s'écriHi Leonardo Adami, qui n'en avait vu que les deux premiers actes à Rome. A Venise, en 1714, durant tout le carnaval, on ne jouait guère d'autre pièce que Mérope; tout le monde voulait voir et revoir la nouvelle tragédie; les scènes d'opéra se trouvaient presque délaissées. La pièce fut imprimée quatre fois en un an; et en seize années (1714-1730), on en a fait plus de trente éditions, en Italie et hors d'Italie, à Vienne, à Paris, à Londres. Elle a été traduite en français, en anglais, en allemand; et Ton se proposait de la faire imprimer avec toutes ces traductions réunies. Elle avait été déjà deux fois traduite en français, quand M. de Voltaire voulut se remettre à l'œuvre pour faire jouer cette tragédie sur la scène française. Mais il trouva bientôt que ce dessein ne pouvait être réalisé avec une traduction proprement dite. Il en a donné les raisons en détail dans sa lettre au marquis Maffei, qu'il a plus tard fait imprimer en tête de sa propre Mérope,

« Je vis, dit-il, qu'il était absolument impossible de la faire passer sur notre Théâtre français. Notre délicatesse est devenue excessive : nous sommes peut-être des Sibarites plongés dans le luxe, qui ne pouvons supporter cet air naïf et rustique, ces détails de la vie champêtre, que vous avez imités du théâtre grec... Ce n'est pas que tout cela ne soit dans la nature; mais il faut que vous pardonniez à notre nation, qui exige que la nature soit toujours présentée avec certains traits de Tart; et ces traits sont bien différents à Paris et à Vérone. »

Toute la lettre est conçue dans les termes de la plus extrême politesse. Maffei n'a pas commis une seule faute; toutes ses négligences et tous ses défauts sont mis au compte du goût de sa nation ; ce sont certainement des beautés; mais, hélas I des beautés pour l'Italie seule. Certes, on ne peut faire de la critique plus courtoise ! Mais

VlUade, » VCEdipe dont parle Adami est VOEdipe-Boi de Sophocle, le chefd'œuvre de la tragédie antique, et non VŒdipe de Voltaire, qui fut cependant fort admiré de son temps, mais qui ne fut joué qu'en 1718. (Trad.)

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