‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 98 sur 226 · DESSEIN DE MAFFEI · texte numérisé non relu

DESSEIN DE MAFFEI

tutiou conjecturale d'après Euripide; il n'a pas songé à ressusciter dans sa Mérope le Cresphonte perdu; au contraire, il s*est empressé de s'écarter en plusieurs points principaux de ce plan supposé d'Euripide, et n'a cherché à développer entièrement que cette seule situation qui l'avait surtout frappé.

Cette mè»c, qui aime assez passionnément son fils pour vouloir se venger de sa propre main sur le meurtrier de ce même fils, lui a inspiré la pensée de peindre en général l'amour maternel et de ne chercher le mouvement de toute sa pièce que dans cette seule passion pure et vertueuse, à l'exclusion de toute autre. Ainsi ce qui ne répondait pas entièrement à ce dessein a été changé; et ces changements ont porté particulièrement sur les circonstances du second mariage de Mérope et de l'éducation de son fils en pays étranger. Mérope ne devait plus être l'épouse de Polyphonie : il a semblé au poète qu'il serait contraire à la loyauté d'une mère si pieuse de s'être livrée aux embrassements d^un second époux qu'elle connaissait pour le meurtrier du premier, et dont l'intérêt personnel exigeait qu'il se délivrât de tout ce qui pouvait prétendre au trône. Le fils ne devait pas non plus être élevé chez un personnage important, hôte héréditaire de sa famille, où il pût vivre sûrement et commodément, dans la pleine connaissance de son rang et de ce qu'on attendait de lui : car l'amour maternel se refroidit naturellement, quand il n'est pas excité et aiguillonné par la pensée constante des souffrances et des dangers toujours nouveaux auxquels son objet absent se trouve exposé. Ce fils ne doit plus venir avec le dessein exprès de se venger du tyran; Mérope ne doit pas le prendre pour le meurtrier de son fils parce qu'il se donne lui-même pour tel, mais parce que certaines combinaisons de circonstances éveillent en elle ce soupçon : car s'il connaît sa mère, la première explication orale dissipe les incertitudes de celle-ci, et son touchant chagrin, son désespoir pathétique ne s'épanche plus avec assez de liberté.

D'après ces changements, on peut se représenter à peu près le plan de Matfei. Polyphonie gouverne déjà depuis quinze ans, et cependant il ne se sent pas suffisamment affermi sur le trône. Car le peuple est encore attaché à la maison de son ancien roi, et compte sur le dernier rejeton survivant de cette famille. Pour satisfaire les mécontents, il lui vient à Tesprit de s'unir à Mérope* Il lui offre sa main, en feignant d'être épris d'amour pour elle. Mais Mérope le repousse vivement avec ses beaux semblants de passion. Il cherche donc à obtenir par les menaces et par la violence ce qu'il n'a pu- gagner par ses déguisements. Dans le temps même où il la presse le plus, on lui amène un jeune homme qui a été arrêté sur la grande route au moment où il venait de commettre un meurtre. Égisthe (ainsi s'appelle le jeune homme) n'a fait que défendre sa propre vie contre un brigand. Il y a dans son extérieur tant de noblesse et de loyauté, dans ses discours tant de franchise, que Mérope se sent émue. Elle a d'ailleurs remarqué au coin de ses lèvres certain pli qui lui donne un air de ressemblance avec son défunt époux. Elle demande grâce au roi pour lui et le roi lui fait grâce. Mais aussitôt après, Mérope apprend une nouvelle alarmante au sujet de son dernier fils. Elle l'avait confié, aussitôt après la mort de son époux, à un vieux serviteur du nom de Polydore, en lui recommandant de l'élever comme s'il était son père. Le jeune homme, curieux de voir le monde, a quitté secrètement le vieillard qu'il tient pour son père, et Ton ne peut le retrouver nulle part. Le cœur d'une mère pressent toujours tout ce qu'il y a de plus funeste. Quelqu'un a été tué sur la grande route ; si c'était son fils? Elle se trouve confirmée dans cette désolante conjecture par différentes circonstances, par la facilité du roi k faire grâce au meurtrier, et surtout par un anneau qu'on a trouvé en possession d'Égisthe et qui a été, lui dit-on, enlevé par Égisthe à l'homme qu'il a tué. Ce n'est autre chose que le cachet àe son époux, qu'elle avait confié à Polydore, pour le remettre k son fils quand il serait en âge et que le temps serait

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