‹ Drame (volume 2)Chapitre 40 sur 118 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Qui nous remet au cœur tant d^vresse et de flamme , Ait oublié le corps en rajeunissant Tâmel — Quand passe un jeune pâtre, — oui, c'en est là! — souvent, Tandis que nous allons, lui chantant , moi rêvant , Lui dans son pré vert, moi dans mes noires allées , Souvent je dis tout bas : — mes tours crénelées , Mon vieux donjon ducal , que je vous donnerais , Oh ! que je donnerais mes blés et mes forêts , Et les vastes troupeaux qui tondent mes collines , Mon vieux nom , mon vieux titre, et toutes mes ruines , Et tous mes vieux aïeux qui bientôt m'attendront. Pour sa chaumière neuve et pour son jeune front ! — Car ses cheveux sont noirs , car son œil reluit comme Le tien , tu peux le voir , et dire : ce jeune homme ! Et puis, penser à moi qui suis vieux. Je le saisi Pourtant j'ai nom Silva , mais ce n'est plus assez ! Oui , je me dis cela. Vois à quel point je t'aime. Le tout, pour être jeune et beau , comme toi-même! Mais à quoi vais-je ici rêver ? Moi , jeune et beau ! Qui te dois de si loin devancer au tombeau !

DON A SOL

Qui sait?

DON RU Y GOMEZ

Mais va , crois-moi , ces cavaliers frivoles N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles.

92 HERNANI

Qu'une fille aime et croie un de ces jouveuoeoux y Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux A Taile vive et peinte , au langoureux ramage , Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage* Les vieux , dont Tâge éteint la voix et les couleurs , Ont Taile plus fidèle, et moins beaux, sont meilleurs. Nous aimons bien. — Nos pas sont lourds? nos yeux arides? Nos fronts ridés? Au cœur on n^a jamais de rides. Hélas I quand un vieillard aime, il faut l'épargner. Le cœur est toujours jeune et peut toujours saigner. Oh 1 mon amour n'est point comme un jouet de verre Qui brille et tremble; oh uonl c'est un amour sévère , Profond , solide , sûr , paternel , amical , De bois de chêne , ainsi que mon fauteuil ducal I Voilà comme je t'aime, et puis je t'aime encore De cent autres façons. Comme on aime l'aurore. Comme on aime les fleurs ; comme on aime les deux l De te voir tous les jours , toi , ton pas gracieux , Ton front pur , le beau feu de ta fière prunelle, Je ris, et j'ai dans l'ame une fête éternelle!

Hélas!

DON RUY GOMEZ

Et puis, vois-tu? le monde trouve beau , Lorsqu'un homme s'éteint, et lambeau par lambeau

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