ACTE III, SCÈNE ÎV. iii
DONA SOL attendrie.
Hernani ! je vous aime et vous pardonne^ et n^ai Que de Tamour pour vous.
HERNANI
Elle m'a pardonné ^ Et m'aime ! — Qui pourra faire aussi que moi-même Après ce que j'ai dit , je me pardonne et m'aime? 0! je voudrais savoir , anj^e au ciel réservé , Où vous avez marché , pour baiser le pavé !
DONA SOL
Amil
Non I je dois t'étre odieux ! mais, écoute, Dis-moi : je t'aime ! — Hélas ! rassure un cœur qui doute. Dis-le-moi ! car souvent avec ce peu de mots La bouche d'une femme a guéri bien des maux !
DONA SOL absorbée et sans l'entendre.
Croire-que mon amour eût si peu de mémoire!
Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire ^ Jusqu'à d'autres amours ^ plus nobles à leur gré / Rapetisser un cœur où son nom est entré!
HERNANI
Hélas ! j'ai blasphémé ! si j'étais à ta place ,
il2 HERNANI.
Dona Sol , j'en aurais assez , je serais lasse
De ce fou furieux , de ce sombre insensé
Qui ne sait caresser qu^après qu'il a blessé.
Je lui dirais : va-t'en! — Repousse-moi, repousse!
Et je te bénirai , car tu fus bonne et douce ,
Car tu m'as supporté trop longtemps, car je suis
Mauvais , je noircirais tes jours avec mes nuits !
Car c'en est trop enfin , ton âme est belle et haute
Et pure , et si je suis méchant , est-ce ta faute?
Épouse le vieux duel il est bon , noble, il a
Par sa mèreOlmedo, par son pèreÂlcala.
Encore un coup , sois riche avec lui , sois heureuse !
Moi , sais-tu ce que peut cette main généreuse
T'offrir de magnifique? une dot de douleurs.
Tu pourras y choisir ou du sang ou des pleurs.
L'exil, les fers , la mort, l'effroi qui m'environne ,
C'est là ton collier d'or, c'est ta belle couronne.
Et jamais à l'épouse un époux plein d'orgueil
N'offrit plus riche écrin de misère et de deuil !
Épouse le vieillard , te dis-je ! il te mérite !
Eh 1 qui jamais croira que ma tête proscrite
Aille avec ton front pur? qui , nous voyant tous deux ,
Toi , calme et belle, moi ^ violent , hasardeux ,
Toi , paisible et croissant comme une fleur à l'ombre,
Moi, heurté dans l'orage à des écueils sans nombre.
Qui dira que nos sorts suivent la même loi? .
Non. Dieu qui fait tout bien ne te fit pas pour moi.
Je n'ai nul droit d'en haut sur toi , je me résigne!