ACTE IV, SCÈNE IL
Quand ils sortent , tous deux égaux , du sanctuaire y
L^un dans sa pourpre , et Tautre avec son blanc suaire ,
L'univers ébloui contemple avec terreur
Ces deux moitiés de Dieu , le pape et Tempereur.
— L'empereur 1 l'empereur! être empereur ! — rage,
Ne pas l'être ! — et sentir son cœur plein de courage I
Qu'il fut heureux celui qui dort dans ce tombeau ,
Qu'il fut grandi — De son temps c'était encoi* plus beau.
Le pape et l'empereur! cq n'était plus deux hommes.
Pierre et César ! en eux accouplant les deux Romes ,
Fécondant l'une et l'autre en un mystique hymen ,
Redonnant une forme , une âme au genre humain ,
Faisant refondre en bloc peuples et pêle-mêle
Royaumes , pour en faire une Europe nouvelle ,
Et tous deux remettant au moule de leur main
Le bronze qui restait du vieux monde romain !
Oh! quel destin! — Pourtant cette tombe est la sienne!
Tout est-il donc si peu que ce soit là qu'on vienne?
Quoi donc !, avoir été prince , empereur et roi !
Avoir été l'épée! avoir été la loi!
Géant , pour piédestal avoir eu l'Allemagne I
Quoi ! pour titi*e César et pour nom Charlemagne !
Avoir été plus grand qu'Annibal , qu'Attila ,
Aussi grand que le monde!... — et que tout tienne là!
Ha ! briguez donc l'empire ! et voyez la poussière
Que fait un empereur ! couvrez la terre entière
De bruit et de tumulte. Elevez, bâtissez
IG2 HERNANI
Votre empire , et jamais ne dites : C'est assez 1 Taillez à larges pans un édifice immense!
Savez-vous ce qu'un jour i| en reste? — ô démence! Cette pierre! — et du titre et du nom triomphants? — Quelques lettres, à faire épeler des enfants! Si haut que soit le but où votre orgueil aspire, Voilà le dernier terme!... —Oh ! l'empire! l'empire! Que m'importe! j'y touche, et le trouve à mon gré. Quelque chose me dit : Tu l'auras ! — Je l'aurai. — Si je l'avais!... — ciel! être ce qui commence! Seul, debout, au plus haut de la spirale immense! D'une foule d'états l'un sur l'autre étages , Être la clef de voûte ; et voir sous soi rangés Les rois , et sur leur tête essuyer ses sandales ; Voir au-dessous des rois les maisons féodales, Margraves, cardinaux, doges, ducs à fleurons; Puis évêques , abbés , chefs de clans , hauts barons ; Puis, clercs et soldats ; puijs, loin du faite où nous sommes, Dans l'ombre , tout au fond de l'atome ^ — les hommes. — Les hommes ! — c'est-à-dire , une foule , une mer , Un grand bruit; pleurs et cris, parfois un rire amer ; Plainte qui, réveillant la terre qui s'effare, A Iravers tant d'échos , nous arrive fanfare ! Les hommes ! — des cités , des tours , un vaste essaim, — De hauts clochers d'église à sonner le tocsin ! —
Hôvant.
Base de nations portant sur leurs épaules