‹ DrameChapitre 29 sur 97 · I.A REINE · texte numérisé non relu

I.A REINE

Ah! le changement vous étonne ! Ah ! je ne me ressemble plus à moi-même I Hé bien ! qu'estH^e que cela me fait? c'est comme cela. Maintenant je ne veux plus qu'il meure !'

SIMON RENARD

Votre majesté avait pourtant arrêté hier que l'exécution aurait lieu aujourd'hui.

LA REINE

Gomme j'avais arrêté avant-hier que lexécutioa aurait lieu hier ; comme j's^vais arrêté dimanche que l'exécution aurait lieu lundi. Aujourd'hui j'aJr*rétc que 1 exécution aura lieu demian.

SIMON RENARD

En effet, depuis le deuxième dimanche de Var' vent que Tarrêt de la chambre étoilée a été prcH nonce, et que les deux condamnés sont revenus à la Tour, précédés du bourreau , la hache tournée vers leur visage , il y a trois semaines de cela , votre majesté remet chaque jour la chose au lendemain.

LA REINE

Eh bien ! est-ce que vous ne comprenez pas ce que cela signifie , monsieur? est-ce qu'il faut tout vous dire , et qu'une femme mette son cœur à nu devant vous , parce qu'elle est reine , la malheureuse , et que vous représentez ici le prince d'Espagne mon futur mari? Mon Dieu, monsieur, vous ne savez pas cela, vous autres, chez une femme, le ccéur a sa pudeur comme le corps. Hé bien oui , puisque vous voulez le savoir, puisque' vous faites semblant de ne rien comprendre, oui, je remets tous les jours Fexécution de Fabiani au lendemain, parce que chaque matin , voyez-vous, là force me manque à Fidée que la cloche de la Tour de Londres va sonner lamoJrt de cet homme,

JOURNÉE III, PARTIE I, SCÈNE lY. IS7

parce que je me sens défaillir à la pensée qu'on aiguise une hache pour cet homme , parce que je me sens mourir de songer qu'on va clouer une bière pour cet homme, parce que je suis femme, parce que je suis faible, parce que je suis folle , parce que j'aime cet homme, par dieu ! — En avez-TOu» assez? étes-Yous satisfait? comprenez-vous? Oh! je trouverai moyen de me venger un jour sur vous de tout ce que vous me faites dire , allez 1

SIMON RENARD

Il seraittemps cependant d'enfinir avec Fabiani. Vous allez épouser mon royal maître le prince d'Espagne, madame!

Là reine.

Si le prince d'Espagne n'est pas content , qu'il le dise, nous en épouserons un autre. Nous ne manquons pas de prétendants. Le fils du roi des Romains, le prince de Piémont, Tinfant de Portugal, le cardinal Polus, le roi de Danemarck et lord Courtenay sont aussi bons gentilshommes que lui.

SIfllON RENARD.

L or d C ourtenay l kMrd Courtenay !

LA REINE

Un baron anglais , monsieur , vaut un prince espagnol. D'ailleurs lord Courtenay descend des empereurs d*Orienl. Et puis , fàchez-vous si vous voulez !

SIMON RENARD

Fabiani s'est fait haïr de tout ce qui a un cœur dans Londres.

LA REINE

Excepté de moi.

SIMON RENARD

Lesbourgeois sont d'accord sûr son compte ave& les seigneurs. S'il n'est pas misa mort aujourd'hui même comme l'a promis votre majesté. . .

LA REINE

, Eh bien?

SIMON RENARD

Il y aura émeute des manants*

LA REINE

J'ai mes lansquenets.

SIM(^ RENARD

Il y aura complot des seigneurs.

LA REINE

J'ai le bourreau.

SIMON RENARD

Votre majesté a juré sur le livre d'heures de sa mère qu'elle ne lui ferait pas grâce.

LA REINE

Voici un blanc-seing qu'il m'a fait remettre, et dans lequel je jure sur ma couronne impériale que je la lui ferai. La couronne démon père vaut le livre d'heures de ma mère. Un serment détruit l'autre. D'ailleurs, qui vous dit que je Jui ferai grâce?

SIMON RENARD

U vousabienaudacieusemcnt traliie, madame!

160 MARIE TUDOft.

LA REIlfE.

Qu'est-ce que cela mei fait? Tous les hommer en font autant. Je ne yeux pas qu'il meure. Tenez,

mylord — monsieur le bailli , veux-je dire !

Mon Dieu! vous ine troublez tellement Fesprit que je ne sais vraiment plus à qui je parle ! — tenez, je sais tout ce que vous allez me dire. Quç c'est un homme vil, un lâche, un misérable! Je lésais comme vous , et j'en rougis ; mais je Faime. Que voulez-vous que j'y fasse? J'aimerais peutêtre moins un honnête homme. D'ailleurs , qui êtes -vous tous tant que vous .êtes? Yalez-vous mieux que lui ? Vous allez me dire que c'est un favori , et que la nation anglaise n'aime pas les favoris. Est-ce que je ne sais pas que vous ne voulez le Renverser que pour mettre à sa place le comte de Sildare, ce fat ^ cet irlandais! qu'il fait cout)er vingt têlès pas jour! Qu'est-ce qttë cela vous fait? Et né ine' paiiez pas dii prince d'Espagne* Yoils vous en moquez bien. Ne me parf*lez pas du mécontentement de monsieur de NoaSlles, l'ambassadeur de France. Monsieur de Noailles est un sot, et je le lui dirai à lui-même. D'ailleurs je suis une femme , moi , je veux et je ne V^ux

plus, je ne suis pas tout d'une pièce. La vie de oet homme est nécessaire à ma Tie. Ne prenez pas cet air de candeur virginale et de bonne foi, je tous en supplie. Je connais toutes vos intrigues. Entre nous, vous sayez comme moi qu*il n'a pas commis le crime pour lequel il est condamné. C'est arrangé. Je ne yeux pas que Fabiani meure. Suisje la maltresse ou non? Tenez, monsieur le bailli, parlons d'autre chose, youlez-vous?

SIMON RENARD

Je me retire , madame. Toute totre noblesse TOUS a parlé par ma voix.

LA REINE

Que m'importe la noblesse !

SIMON RENARD, à part.

Essayons du peuple.

Il sort avec un profond salut LA REINE, seule.

Il est sorti d'un air singulier. Cet homme est

capable d*émouyoir quelque sédition. Il faut que j'aille en hâte à la maison de ville. — Holà, quelqu'un !

Maître Éneas et Joshaa paraisseDt.

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