‹ DrameChapitre 3 sur 97 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Plusieurs Hommes groupés ç'\ et là sur la grève, parmi Lesquels SinON RENARD; JOHN BRIDGBS , Baron €HÂNDOS; ROBERT CUNTON, Bakoii CLINTON; ANTHONY BROWN, Vicomte db MONTAGU.

LORD GHANDOS.

Vous avez raison^ mylord. Il faut que ce damné Italien ait ensorcelé la reine. Là reine ne peut plus se passer de lui. Elle ne vit que par lui , elle n'a de joie qu^n lui y elle n'écoute que lui. Si elle est un jour sans le voir, ses yeux deviennent languissants^

là MARIE TUDOR.

comme du temps où elle aimait le cardinal Polua^ vous savez?

SIMON RENARD

Très-amoureuse, c'e^t vrai , et par conséquent très-jalouse.

LOBD GHANDOS.

Lltalien Ta ensorcelée !

LORD MONTAGU

Au fait , on dit que ceux de sa nation ont des philtres pour cela.

LORD CLINTON

Les Espagnols sont habiles aux poisons qui font mourir, les Italiens aux poisons qui font aimer.

LORD GHANDOS.

Le Fabiani alors est tout à la fois espagnol et italien. La reine est amoureuse et malade. Il lui a fait boire des deux.

LORD MONTAGU

Ah ça, en réalité, est-il espagnol ou italien ?

LORD GHANDOa.

Il parait certain qu'il est né en Italie^ dans la Capitanate, et qu'il a été élevé en Espagne. 11 se prétend allié à une grande famille espagnole. Lord Clinton sait cela sur le bout du doigt.

LORD CLINTON

Un aventurier. Ni espagnol, ni italien. Encore moins anglais, Dieu merci ! Ces hommes qui ne sont d'aucun pays n'ont point de pitié pour les pays quand ils sont puissants !

LORD MONTAGU

Ne disiez-vous pas la reine malade, Chandos ? Cela ne l'empêche pas de mener yie joyeuse avec son favori.

LORD CLINTON

Vie joyeuse ! vie joyeuse! Pendant que la reine rit, le peuple pleure. Et te favori est gorgé. Il mauge de l'argent et boit de l'or, cet homâie ! La reine lu| a donné les biens de lord Talbot, du grai^d Iqrd Talbot ! la reine l'a fait comte de Clanbrassil et baron de Dinasmonddy^ ce Fabiapo Fabiani qui

16 MARIE TlOOR.

se dit de la famille espagnole de Penalver, et qui en a menti! Il est pair d'Angleterre comme vous, Montagu, comme vous , Chandos , comme Stanley^ comme Norfolk, comme moi, comme le roi ! 11 a la jarretière conmie l'infant de Portugal , comme le roi de Daneinarck, comme Thomas Percy, septième comte de Northumberland ! Et quel tyran que ce tyran qui nous gouverne de son lit ! Jamais rien de si dur n'a pesé sur l'Angleterre. J'en ai pourtant vu, moi qui suis vieux! Il y a soixante-dix. potences neuves à Tybum ; les bûchers sont toujours braise et jamais cendre; la hache du bourreau est aiguisée tous les matins et ébréchée tous les soirs. Chaque jour c'est quelque grand gentilhomme qu'on abat. Avant-hier c'était . Blantyre , hier Northcurry , aujourd'hui Southr Reppo, demain Tyrconnel. La semaine prochaine ce sera vous, Chandos, et le mois prochain ce sera moi. Mylords ! mylords ! c'est une honte et c'est • une impiété que toutes ces bonnes têtes anglaises tombent ainsi pour le plaisir d'on ne sait quel misérable aventurier qui n'est même pas de ce pays !' C^est une chose affreuse et insupportable de penser qu'un favori napolitain peut tirer autant de billots qu'il en veut de dessous le lit de cette reine ! Us mènent tous deux joyeuse vie, dites-vous. Par le

ciell c'est infâme! Ah! ils mènent joyeuse vie, les amoureux, pendant que le coupe-tête à leur porte fait des veuves et des orphelins! Oh! leur guitare italienne est trop accompagnée du bruit des chaînes ! Madame la reine ! vous faites venir des chanteurs de la chapelle d'Avignon, vous avez tous les jours dans votre palais des comédies, des théâtres, des estrades pleines de musiciens. Pardieu , madame, moins de joie chez vous, s'il vous plaît, et moins de deuil chez nous. Moins de baladins ici, et moins de bourreaux là. Moiûs de tréteaux à ^Westminster et moins d'échafauds à Tyburn!

LORD MONTAGU

Prenez garde. Nous sommes loyaux sujets , mylord Clinton. Rien sur la reine, tout sur Fabiani.

SIMON RENARD, posant la main sur l'épaole de lord Clinton.

Patience !

LORD CLINTON

Patience! cela vous est facile à dire à vous, monsieur Simon Renard. Vous êtes bailli d'Amont en Franche-Comté, sujet de l'empereur et son légat

18 MARIE TDDOR.

à Londres. Vous représentez ici le prince d'Es« pagne, futnr mari de la reine. Votre personne est sacrée pour le favori. Mais nous, c'est autre chose. — Voyez-vous ? Fabiani , pour vous, c'est le berger ; pour nous, c'est le boucher.

La nuit esttout-à-Êdt tombée* SIMON RENARD.

Cet homme ne me gène pas moins que vous.

Vous ne craignez que pour votre vie, je crains pour mon crédit, moi. C'estbien plus. Je ne parle pas, j'agis. J'ai moins de colère que vous, mylord, j'ai plus de haine. Je détruirai le favori.

LORD MONTAGU

Oh ! comment faire ! j'y songe tout le jour.

SIMON RENARD

Ce n'est pas le jour que se font et se défont les favoris des reines, c'est la nuit.

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