SCÈNE IL
HOiVIODEI, RODOLFO, enveloppé d'un manteau.
HOMODEI.
Entrez.
RODOLFO
OÙ suis-je?
HOMODEI.
OÙ vous êtes ? — Peut-être sur la planche de votre échafaud.
RODOLFO
Que voulez-vous dire ?
HOMODEL
Est-il venu jusqu'à vous qu'il y a dans Padoue une chambre, chambre redoutable, quoique pleine de fleurs, de parfums et d'amour peut-être, où nul
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homme ne peut pénétrer , quel qu'il soit , noble ou sujet, jeune ou vieux, car y entrer, en entrouvrir la porte seulement, c'est un crime puni de mort ?
RODOLFO
Oui, la chambre de la femme du podesta.
HOMODBI.
Justement.
RODOLFO
Hé bien, cette chambre. . .
HOMODEI.
Vous V êtes.
RODOLFO
Chez la femme du podesta !
HOMODEI.
Oui.
RODOLFO
Celle que j'aime?...
HOMODBI.
S appelle Catarina Bragadini, femme d'Angelo Malipieri, podesta de Padoue.
RODOLFO
Est-il possible? Catarina Bragadini! la femme du podesta!
HOMODEi:
Si vous avez peur , il est temps encore , voici la porte ouverte, allez-vous-en.
RODOLFO
Peur pour moi, non ; mais pour elle. Qui est-ce qui me répond de vous ?
HOMODEI.
Ce qui vous répond de moi, je vais vous le dire, puisque vous le voulez. Il y a huit jours , à une heure avancée de la nuit, vous passiez sur la place de San-Prodocimo. Vous étiez seul. Vous avez entendu un bruit d'épées et des cris derrière l'église. Vous y avez couru.
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RODOL.ro.
Oui , et j'ai débarrassé de trois assassins qui Tallaient tuer un homme masqué. . .
HOMODEL
Lequel s'en est allé sans vous dire son nom et sans vous remercier. Cet homme masqué, c'était moi. Depuis cette nuit-là, monseign^r Ezzelino, je vous veux du bien. Vous ne méconnaissez pas^ mais je vous connais. J'ai cherché à vous rapprocher de la femme que vous aimez. C'est de la reconnaissance. Rien de plus. Vous fiez-vous à moi maintenant ?
RODOLFO
Oh ! oui ! oh ! merci ! Je craignais quelque tra* hison pour elle. J'avais un poids sur le cœur, tu me l'ôtes. Ah ! tu es mon ami, mon ami à jamais! tu fais plus pour moi que je n'ai fait pour toi. Oh ! je n'aurais pas vécu plus long-temps sans voir Catariaa. Je me serais tué, vois-tu ; je me serais damné. Je n'ai sauvé que ta vie ; toi , tu sauves mon cœur, tu sauves mon ame !