FIN
L^auteur Ta dit ailleurs : eonftrmw ou réfuter des eritâiues , c'e$t la besogne du temps. G*est pour cela qu'il s'est toujours abstenu et qu'il s'abstiendra toujours de toute réponse aui diverses objections qui accueillent d'ordinaire à leur apparition les ouvrages,' d*aiileurs si incomplets» qn*il publie ou quMl fait représenter, H ne veut pas cependant qu'on suppose que, s'il se tait, c'est qu'il n'a rien à dire; et pour prouver , une fols pour toutes, que ce ne sont pas les raisons qui lui. manqueraient dans une polémique à laquelle sa dignité se refuse, il répondra ici, par exception et seulement pour donner un exemple, à l'une des critiques les plus radicales, les plus accréditées et les plus fréquemment répétées qu'^n^e/o ait eu à subir. La partie du public qui fait attention à tout se souvient peut-éfa» qu'à l'époque où Angelo fut représenté une des principales objections, sinon la principale, qu'éleva contre ce drame la critique parisienne presque unanime, avait pour base CinvraUemblanee et l'impossibilité de ces corn-» dors secrets, de ces couloirs à espions, de ces portes masquées, de ces clefs mystérieuses, moyens absurdes et faux, disait-on, inventés par l'auteur, et non puisés dans les mœurs réelles de Venise, commodes pour faire jaillir de quelques seènes un effet mélodramatique , et non la vraie terreur historique, etc* -^Or, voici ce qu'on lit dans Amelot , Histoire du Gouvememprit de Fenise^ tome i*% page 245 :
« Les inquisiteurs d'État font des visites nocturnes dans le palais de » Saint-Marc, où ils entrent et d'où 3s sortent par des endroits secrets «dont Ils ont la def ; et il est aù£»i dangereux de les voir que d'en être vu. «Ils iraient, s'ils voulaient, jusqu'au lit du doge, entreraient dans son •cabinet, ouvriraient ses cassettes, et feraient son inventaire, sans que ni «lui ni toute sa famille osi^t témoigner de s'en apercevoir. » Qu'ajouter après cela 7
(NMervOBs en passant que cette jalouse et insolente puissance de l'espionnage n'est pas chose nouvelle dans l'histoire. Toutes les tyrannies aboutissent à se ressembler. Un despote vaut une oligarchie. Tibère vaut Venise. Pracipua miseriarum pars, dit Tacite, erat videre et aspici.
L'auteur, appuyé, à défaut de talent , sur des études sérieuses , pourrait démontrer par des preuves non moins concluantes la réalité de tous les autres aspects historiques de ce drame, et ce qu'il dit poiu. Jngeh il pour-
m NOTES.
rait le dire pouf toutes ses pièces. Selon loi, les œuTies de tbéàtre dcâweat toujours être, par les mœurs, sinon par les événements, des œuvres d^liistoire. A ceux qui, non sans quelque ètourderie ou sans quelcpie tgooranoe» «epAochent à ses drames italiens Tusage , et, ajoute-t-on communémeot , l'abus du poison, il pourrait fiiire lire, par exemple, entre autres choses curieuses, cette page d« royage de Bumet, é?éque de Salisbury :
c Une personne de considération m*a dit qu'il y arait à Venise on eiii- «poisonneur général qui avait des gages , leipiel était employé par les înt quisiteurs pour dépêêher secrètement ceux dont la mort publique aurait •pu causer quelque bnût. Il me protesta que c^était la pure vérité, et qull »le tenait d'une personne dont le frère avait été soincité de prendi« cet emaploi. >•
M* Dam , qui avait été au fond des documents dans lesquels Fauteur a tâché de ne pas fouiller moins avant que lui , dit, au tome 6 de son his- Krîre, page 219 :
« G*était une opinion répandue dans Venise que, lorsque le baile de la ■république partait pour Gonstantinople , on lui remettsût une cassette et •une boite de poisons. Cet usage s*était perpétué , dit-on, jusqu'à ces dex- » nieis temps, non qu*il faille en conclure que Tatrocité des mœurs était la •mêmie, mais les formes de la république ne changeaient jamais. »
Enfin, i*auteur ne croit pas inutile de terminer cette longue note par quelques extraits étrai]^ges et authentiques de ces célèbres Statuts de l'inquisition (Fétaty restés secrets jusqu*au jour oà la république française, en dissolvant par son seul contact la république vénitienne, a soufflé aajr les poudreuses archives du Conseil des Dix, et en a éparpillé les mille feuillets au grand jour. C'est ainsi qu'est venu mourir en pleine lumière ce code monstrueux , qui , depuis trois cent cinquante ans , rampait dans les ténèbres. Ëclos dans Nombre à côté du fatal doge Foscari en 1454, il a expiré sous les huées de nos caporaux en 1797. Nous recommandons aux esprits réjfléchis ces extraits plehis d'explications et d'enseignements. C'est dans ces sombres statuts que l'auteur a puisé son drame; c'est là que Venise puisait sa puissance. Dominationis areana»
STATUTS DE L'iNQDISITION D*ÉTAT (it juin 1454 ).
0* Sia procurado dà noi, e dà 6" Le tribunal aura le plus grand
nostri suocessori de haver più nu- nombre possible d'dbservateurschoi-
mero4e raccordanti che sia possibile sis, tant dans l'ordre de la noblesse,
tanto del ordene nobile quanto de' que parmi les cttacyns, les populaires
cittadini, e popolari, come anco de' et les reMgieux. religiosi.
12* Per haver questa intratufa se 12<> On fera faire les ouvertures
puol servire de qualche racordaiMe par quel(tue moine ou par quel<|tte
religîoso^ de qualdie zudio, che sono juif: ces sortes de gens sMntroduisant
persone 6he fadlmente trattano con partout* tutti.
16» Se ooooresse che per el nostro 46» Quand le tribunal aura jugé
magislratosedafessedarlamortead nécessaire la mort de quelqu*un,
alcun, non sefaccia mai dimostration l'exécution ne sera jamais publique,
pubblica, ma questa secretamente si Le condamné sera noyé secrètement,
adempisca, col mandarlo ad annegar la nuit» dans le canal Orfaaa in canal OrÊmo di notte tempo.
S8* Se qualche nobile nostro Te- 28« Si quelque noble vénitien ré-
nisae ad arvertirel di ésser sta tanta^ Tèle au tribunal des propositions qui
do per parte de alcun ambassador, lui auraient été faites de la part de
ûa procuradocheel continua la pra- quelque ambassadeur, il sera auto-
tica, tanto che se possa concertar de risé à continuer cette pratique ; et
mandar a retenir la persona in fhi- quand on aura acquis la certitude du
granteequandose possa in quelle is- fait, l'agent intermédiaire de cette
tante ?erificar el dito di quel nobile intelligence sera enlevé et noyé ,
nostro, quella persona sia maudada pourvu que ce ne soit ni Tambassa-
subito ad ann^ar, mentre perô non deur lui-même, ni le secrétaire de
sia Tambassador istesso et anco il suo la légation, mais une per^nne que
secretario, perché ij altri se puô fin- Ton puisse feindre de ne pas recon-
zer de non conoscerli. naître* • • •
29« ...E quando non se possa far 29« ... On emploiera tous les
altro , ij siano fatti ammazzar priva- moyens pour Tarréter, et si , enfin,
lamente. on ne peut faire autrement on le fera
assassiner secrètement
40* Sia procurado dal magistratô A0<* Il y aura des suiTeillants, non-
nostro di aver raccordant], non solo seulement à Venise, mais encore dans
in Venetia, ma anco nelle nostre lesprincipales villes de Tétat, et prin-
città principali , massime de confin, cipalement sur les frontières , les-
liqualidoivoUeTannodebbanoper- quels devront se présenter en pcr-
sonalmentecomparir al tribunal, per sonne deux fois Tan devant le tribu-
riferir se li rettori nostri havessero nal, pour y déclarer s'il est à leur
qualche commercio con i principi connaissance que les gouverneurs,
confinanti, come anco altri particola- ou d^autres personnages marquants,
ri important! drca i loro portamenti. aient quelques intelUgences avec les
E quando seinlendesse cosa alcuna princes voisins, ou qu*ils se condui-
ooptro il stato, sia prorlsto da noi MntmaUkamoiiidfeaviB de quelque vigonMaflMnte. dterdienoMMe amerrioe publie le
IrllNinal yretaédàenutnoc f igucoi.
âflGIOMTAriTTAALCAPtlOLAIlinLU SIlFPLÉIIlIfT AOI €A>ITin.AIBB BBl
tNQUlSITOlI DI STAVO* IHQVlHniIBS' D*ÉT AT.
i« Siano incaricati tatti li raooor- !• Les saireniaiits de toutes oon-
dantS, di quai si TogUa condition, ditions sont chargés d'écouter at-
adin^igilar a qnesta sorte di dis- tentlTement et de rapporter an tribo-
oorsi, e di tutti dame parte al magis- nal les discours absurdes qui pour-
trato nostro, e doyeremo noi e li raient mettre le troidde dans la ré-
suocessori nostri, in ogni tempo che publique, H est arrêté que dans toute
dô succéda, far chiamar qaeili clie occurrence semblable, ceux qui au-
haTesserohafutohardimentodipro- raient proféié des paroles si auda-
ferir conoetti si lioentiosi, e far^ ri- cieuses seront mandés; on leur in-
solttta ammonition ehe mai ptù ar- tbnera tendre de ne pas se permettre
discano proferlr cose simili in pcna de pareils discours, soos peine de la
délia vita; e quando pure se faces- vie ; et s^Us étaientassez hardis poar
sera tanto Ucentiosi et disobedienti recommencer, et qu'on pût en ae-
di rinoTar questi discorsi , provata quérir la preuve judiciaire ou extra,
che sia giudiciaramente, ô vero es- judiciaire, on ëofeinitiioyer on pour
tragiudidaramente la redtà, aiane l'exemple, con ogni prestezza mandato uno ad annegar per esemfno delF attri, accio seestirpi a fatto questa arroganza.
3* A tra questi che vivono più 3» Parmi les prélats qui résident présent! soelieme uno che habbi- plus habituellement h Venise, on ea conditione di buon zelo verso la pa- choisira on dont le zèle pour la patria, di ingegno habile à maneggiare trie soit bien connu, Pesprit habile ù un négocie, e bisogno di migUorare manier les affaires, et la fortune aslesuefortune, corne sarebbeinquesta sez médiocre pour qu'il ait besoin de consideratione per esempio un ves- Taugmenter, comme pourrait être un covo di titolo. Scetta che sij la per- évêque de titre (m /»arlt6M«).Le choix sona, fare che con ogni riguardo fait, un des inquisiteurs d'abord, et s'abbocbi prima con alcunodi noi ensuite tous les trois , s'aboucheront inquistori, et per ultimo con tutti avec ce prélat pour lui offrir un traître ; et à questo prehito restri offe- tement de cent ducats par mois (afin rito un premor sicuro di cento du- d'en faire un espion), cati al mese.
i7* Sla anco in avvantaggio scrit- 17° Il sera écrit à l'i^mbassadear
NÛfTBS. 195
to air aiBbttclàdiHr nditiD in Bpor et la iépiiliUq««cB Efpagtieéecber-
gtÈB^ cheapplidii npgegiio.per eon- cher nn hemnlQ de oettoDation, i|ui,
tamiime ricun httooio délia oatSoiie mus le prétexte de ses affaires par*
loro ; aodô fingendo qualche nego- ticuMères, fiisse un Toyage en Italie,
cio {Nurticûlari în Italia, si posti in et, arrivé à Venise avec dès lettres de
Yenetia, et con lettere di raoc<n»- recommandation de personnsa eon-
mandatlone di akun soggetto auto- sidérables de son pays, se; procure un
revQiedîqueicooimnirprocâriadito accès facile chei Tambassadeur es-
«thoBpitioiiuasndeli'ambaaciadore < pagnol résidant auprès de nous* Cet
Spagnuolo résidente appresso di noi, étranger s*y fixera pendant quelque
oTefermandosrqaalche tempo, corne temp», sans être suspect niaumi-
foreaiiefe, non dara sospetto alcuno nistre ni aux autres habitués de la
alla corte, et ne raetio ad altri che cour, parce qu'il passera pour n'être
pratticassero netta medesima, col point au courant des affaires et oc-
supposto di esaere persona scoaos- cupé uniquement des siennes; it
cente, et applicato solo à servigio pourra par conséquent observer fa-
païUcolue ; in tal modo potrebbe cUement tout ce qui se passe dans le
questo taie teferire tutti li ando- palais de l'ambassadeur, et commu-
menti délia corte stessa à cbi sarà niquer se» observations à un agent
pet appostato da noi* que noud aurons aposté près de loi «
28*. Formato il prœesso, et 00- 28« Si rinstruction du procès
noaciuto in consdenga che sij reo di donne la conviction de la culpabi.
morte, s*6pericon puntnaUssimo ri- Hté du détenu et le Ikit juger digne
gaardo che alcun carcerio, mostran- de mort, on aura «oin que quelque
do affetto di gaadagno, leofferisca geôlier, feignant d*avolr été gagné
modo di romper la carcere, et di pour de l'argent, lui offre les moyens
nette tempo Cogirsi, et il giorno an- de s'enfoir la nuit , et , la TeiUe du
tendente alla f uga le sij nel cibo dato jour où il devra s'évader, on lui fera
il veleno, che operi corne insensibil- donner parmi ses aliments un poison
mente et non lassisegnodiviolenzar qui n'agisse que lentement et ne
in tal modo sarà suptito al riguardo laisse point de trace; de cette ma-
publico et al rispclto pri vato, et sarà nière on n'offensera pas le regard po-
uno stesso il fine délia giustitia, ber- blîc et le respect privé, et le but de
chè il via^o un pooco più longo, la justice sera atteint par un chemin
ma più sicuro. un peu plus long, mais plus sur.
Noie qui accompagnait les premières éditions,
La loi d'optique du théâtre, qui oblige souvent à ne présenter que dps raccourcis, surtout vers les dénouements, exige impérieusement que le ri-
deav tombe an mol: Par nm^ pmir toi! La vraie fin de la pièce o*€tt pourtant pai là, comme on peut s'en conTaincie en iisanl» U eatéfident anmi que iorsqne Angdo Malipieri, à la première scène de la troiâèrne joamée, eipliqiie aux prêtres le Maaon des Brasadad, il devrait dire : U troim de gueuUi et non ta eni» rouge, Eqiërons qn*nn jour nn sognenr Yénîtkn pourra diie toat bonnement sans péril son Mason sur le théâtre. C'est nn progrès qui Yiendnu A Tiienre qnMl est U n'est guère penan ï nn gentilhomme de se targuer sur le théfttre diantre dioae que d*mickamp à^azur. Sinoplû ne serait pas compris ; gueules ferait rire ; mur est charmant
Pour tout œ qui r^arde la mise en scène, mi, les dâreclears de pro- ▼ince ne peuvent mieux fiiîre que de se modeler sur le Tiiéfttre-FraBçais, oft la pièce a été montée avec nn soin extrême. Ajoutons que la pièce est jouée, dans ses moindres détails, avec un ensemble et une dignité qui rappellent les plus belles époques de la rieille comédieofrançaîse. H. Provoit a reproduit avec une fermeté sculpturale le profil sombre et mystérienx d*Homodei. M. Geffroy réalise avec un talent plein de nerf et dechateor ce Rodolfo mélancolique et violent, passionné et fatal, frappé comDie homme par Tamour, comme prince par Texil. M. Beauvalet, qui peot mettre une beUe voix au service d*une belle intelligence, a posé poissamment la figure haute et sévère de cet Angelo , tyran de la vîUe, maitrs de la maison, La création de ce rftle place pour tout le monde M. Beauvalet aa rang des mâllfeurs acteurs qu^il y ait au théfttre en ce moment Quant i mademoiselle Mars, n charmante, si spirituelle, si pathétique, si profonde par éclairs, si parfaite toujours ; quant à madame Dorval, si vraie, si gracieuse, si pénétrante, si poignante, que pourrions-nous en dire après ce que dit , au milieu des bravos , des acclamations, des applaudissemento et des larmes, cette foule immense et émerveillée qu'éblouit chaque soir le choeétincelant des deux sublimes actrices ?
FIS DES KOTES.