‹ DramesChapitre 104 sur 308 · ACTE ni, SCÈNE II. GÔ · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCÈNE II. GÔ

OÙ chacun se demande, et cela justement.

En voyant Lélio mener si folle vie,

D'ofi lui vient tant d'argent qu'au duc il fait envie 1^

Puis, une fois lancé sur ce cliemin nouveau,

Qu'on ne s'arrête enfin qu'à ce fatal caveau

Où l'on retrouverait, montrant aussi sa plaie.

Le corps de celui-là dont l'ombre vous effraie?

LÉLIO

Fasio! tu pourrais peut-être avoir raison, Si'je n'allais plus vite encor que le soupçon. Parti du haut du mont où demeure la foule. Oh ! je ne descends plus sur sa pente, j'y roule! Or, avant qu'elle ait pu de moi se rapprocher. Je me serai brisé contre quelque rocher.

FASlO.

Comte, que dites-vous?

LÉLIO

Je dis que cette vie Ke mérite qu'on l'aime et surtout qu'on l'envie, Qu'autant que le plaisir d'une prodigue main Couvrira de ses fleurs les ronces du chemin : Or, les fleurs, du plaisir, c'est l'or qui les octroie : Plus d'or, plus de bonheur ! plus d'amour ! plus de joie! Un désert, où, tout nu, pour retarder sa fin. L'un lutte £^vec le froid, et l'autre avec la faim. Oh ! ce n'est pas ainsi, j'en jure sur mon âme. Poussé par la misère en quelque mare infâme, Après avoir vogué sous un soleil si beau. Qu'à moitié de son cours sombrera mon vaisseau; Oui, quand pour satisfaire à mon ardeur avide. De mon dernier ducat mon coffre sera vide, Mon voyage ici-bas sera clos et parfait : 1 Un coffre vide ! eh bien, c'est un cercueil tout fait!

64 i/alcuimiste.

Vous vous tuerez, comte ?

LÉtio, tranquillemenl.

Oui.

FASIO.

Vous êtes en délire.

LKLIO.

C'est comme j'ai l'honneur, mon cher, de le le dire! D'avance, seulement, je ne décide rien, Et je balance encor sur le choix du moyen. Mais, le jour arrivé, j'aurai trois portes prêtes : L'Arno, lîeuve au doux nom, chanté par les poètes, Qui, lorsqu'on le choisit pour éteindre un flambeau. Offre tout à la fois la mort et le tombeau ; Nos poisons, autrefois renfermés dans Florence, Mais dont les Médicis ont enrichi la France, Et qui sont si parfaits que, sans mal, sans effort, Celui qui les a pris meurt en croyant qu'il dort; Enfin de ces poignards dont la trempe est si fine Qu'on n'a qu'à les poser, je crois, sur sa poitrine, Puisqu'ils entrent tout seuls, et si profondément, Que la victime tombe et meurt en un moment.

FASIO.

Comment pareille idée est-elle à vous venue ?

LÉLIO

Oh! depuis bien longtemps c'est chose convenue!

Et je ne sais comment d'un nuage pareil

J'ai pu, même un instant, obscurcir ton soleil!

D'ailleurs j'étais ici venu pour autre chose :

Mon cher, c'est merveilleux , depuis qu'on te suppose

Possesseur du secret, hélas! trouvé par moi,

Vrai! c'est à qui fera connaissance avec toi!

Et, pas plus tard qu'hier, une femme charmante,

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