‹ DramesChapitre 103 sur 308 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LÉLIO, FASIO.

lÉLio, à Francesca, qui se retire.

Salut! (Francesca sort; Lélio s'approche.)

Bonjour, mon noble orfèvre...

{fl regarde autour de lui.) Ah ! nous ne trempons pas le bout de notre lèvre, A ce qu'il nous paraît, dans la coupe du sort; Mais nous buvons à même!... et buvons à plein bord! Cela me fait plaisir, et je vous félicite; Car je ne vous fis pas plus tôt cette visite, Craignant tout le contraire! Il n'en est rien! tant mieux! J'aime les cœurs contents et les esprits joyeux!

FASIO.

Monseigneur !

LÉLIO

Oui, je sais, ainsi que tout Florence, Que l'alchimie enfin, comblant ton espérance, Du grand œuvre a pour toi retrouvé le trésor, Et qu'ainsi que Dieu fait les cailloux, lu fais l'or ! Eh bien, mon cher ami, c'est une bonne affaire... Fais de l'or ! Fasio, tu n'en saurais trop faire! Tant aux flammes du jeu l'or fond vite ! et pareil A la neige fondante aux flammes du soleil !

FASIO.

Comte, pardonnez-moi; mais c'est vraiment folie, Si vous faites moitié de tout ce qu'on publie! Jl me revient de vous un récit effrayant:

02 l'AlCHnilSTE.

Et vous vivez, dit-on, comme un roi d'Orient :

C'est bien; mais, eussiez-vous le trésor moins précaire

Du prince de Bagdad ou du soudan du Caire,

En y puisant ainsi d'une prodigue main.

Vous en verriez le fond entre hier et demain !

Par le ciel, Fasio, tu parles en prophète! Mais qu'importe le temps que doit durer la fête, Si, comblant nos souhaits, de son cours radieux La splendeur inouïe émerveille nos yeux!... Mieuxvaut qu'être un feu pâle et qui n'a rien à craindre. Briller comme un soleil un seul jour, et s'éteindre; Et puis, d'ailleurs cet or répugne à ma vertu... Cet or vient de l'enfer, et me brûle!... entends-(u?

FASIO.

Oui, j'entends, comte.

LÉLIO

Eh bien ! il me faut des journées, Pleines de temps perdu, d'heures désordonnées; Des meules, des chevaux, des maîtresses, des bruits! Oui, voilà ce qu'il faut à mes jours !... Pour mes nuits. Elles veulent bien plus, tant elles marchent lentes : Que les fouette le jeu de ses verges brûlantes! Mais ce qu'il faut surtout à mes nuits, à mes jours. C'est la clarté du ciel, ou des flambeaux... toujours!... Car, si je demeurais un seul instant dans l'ombre. Il me semblerait voir, vers l'angle le plus sombre. Me montrant de son doigt une blessure au flanc. Un spectre se dresser dans son linceul sanglant! Tu vois que la raison pour moi serait folie; Donc mieux vaut être fou !... car étant fou... j'oublie !

FASlO.

Mais ne craignez-vous pas qu'il ne vienne un moment

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