ACTE III, SCè'VE III
SPADA
Pitoyable raison ! mon cher, en général ,
Le poëie a le tort de s'habiller fort mal.
Cela, j'en aigrand'peur, tient aux gens qu'il fréquente.
(Lui montrant Rafaello.) Tiens , regarde plutôt, la preuve est éloquente !
FASIO.
Vous m'êtes présenté d'une étrange façon.
Seigneur Rafaello; n'importe, ma maison
De vous avoir reçu se lient fort honorée.
Auriez-vous oublié votre lyre dorée ?
Ce serait un oubli douloureux, sur ma foi,
Cour tous, seigneur poète, et plus encor pour moi!
RAFAELLO
0 très-puissant seigneur, quelle lyre insensée Pourrait, en son orgueil, concevoir la pensée De chanter sur un ton digne de son objet Un homme tel que vous? Pour un pareil sujet, Il faudrait, en naissant, avoir de quelque fée Reçu l'âme du Dante et la lyre d'Orphée.
Ah! tî, Rafaello, s'il est, hors de l'Éden, Quelque coin virginal du terrestre jardin Où ne doit pas pousser parmi l'herbe fleurie Cette plante des cours qu'on nomme flatterie. Poêle, c'est, crois-moi, dans le cœur inspiré Que de son saint amour la muse a consacré. Celui qui doit du beau faire sa seule règle Aura-t-il donc de Dieu reçu des ailes d'aigle Pour aller, de soi-même oubliant le respect. S'abattre, vil corbeau, sur un fumier infect? A ton manteau de roi faire une telle tache, C'est vil . Rafaello ! Rafaello, c'est lâche?
AIXUIMISTE.
KAFAELI.O.
O merci, Fasio, de nie parler ainsi;
Mais tu m'excuseras! Oh! pardon et merci!
Car c'est l'orgueil des grands qui fait notre bassesse;
Ils veulent à leurs pieds nous voir courbés sans cesse ,
Parce qu'iiuniillant leurs regards orgueilleux.
Quand nous nous relevons, notre front touche aux cieux.
Oui, c'est la mort de l'art et de la poésie,
Qu'il nous faille verser cette fade ambroisie
Au riche qui toujours croit la payer trop cher,
Kt qui nourrit la muse avec un pain amer!
Mais pour l'âme que l'or n'a point encor flétrie,
Mais pour le cœur qui bat au nom de la patrie.
Mystérieux écho des vieilles libertés.
Le poète a des chants plus nobles... Écoutez.
Quelle main vengeresse, 6 superbe Italie, A fait choir le L.iudeau de ta tête avilie?...
Où sont tes aigles d'or.
Que le soleil levant saluait sur l'Eupbrate, Et qui, dans la Bretagne, au couchant écarlate,
Etincelaient eucor!
Reine des nations, quelle chnte est la tienne. Qui t'a faite pareille à l'escjave chrétienne?
Que des bourreaux armés Ont lice au poteau dans un anipliithéûtre. Et qui pour elle voit autour d'elle combattre
Des lions affamés!
Hélas! hélas! c'est toi qui t'es mise à toi-raOme La couronne d'épine au lieu du diadème; Et de tes ])assions