ACTE IV, SCÈNE III
FASIO.
Monseigneur, j'ai longtemps ignoré Ce passage qu'un jour le hasard m'a montré : Ce fut un accident dont la trace est visihie, Qui soudain de caché le rendit ostensible. Et la chose arriva la veille seulement Du jour où j'ai quitté cet humble logement Pour acheter d'un or, alchimique conquête, Le palais où ce soir je donnais une fête. Vous voyez, monseigneur, qu'il n'est pas étonnant Qu'ainsi que je l'ai dit, j'ignore maintenant. N'habitant plus ce lieu, mais la place du Dôme, Ce qu'après mon départ est devenu cet homme !
LE PODESTAT
Ainsi vous l'ignorez ?
FASIO.
Tout à fait, monseigneur.
LE PODESTAT
Eh bien ! alors, c'est moi qui vais avoir l'honneur
De vous faire connaître une étrange nouvelle :
Frappé dans sa maison d'une atteinte mortelle,
Don Griraaidi, qu'on cherche et cherche vainement.
Est, à deux pas d'ici, mort misérablement;
Et ce que je vous dis, c'est la vérité pure.
Car le cadavre est là, resté sans sépulture
Près de la caisse vide; et vous le savez bien;
Car l'assassin, c'est vous... et votre or, c'est le sien.
FRANCESCA, qtii s'est levée lentement pendant ce gui
vient d'être dit.
Mon Dieu!... que dit-il là?
FASIO.
Pardonnez si la honte D'une accusation si fatale et si prompte
102 l'alchimiste.
Est cause que je reste un instant interdit ,
Avant de repousser ce que vous avez dit...
Mais le soupçon que j'ai commis ce crime infâme
N'a pas pris, monseigneur, naissance dans votre âme;
Et d'un lâche ennemi, d'avance méprisé,
La vengeance m'aura devant vous accusé.
Eh bien ! moi, monseigneur, à mon tour je demande.
Et c'est mon droit, ainsi la faveur n'est pas grande,
A cet accusateur d'être ici confronté;
Et, plus encor que vil s'il n'est pas effronté,
Je m'engage, c'est prendre une facile tâche,
A lui faire à genoux crier qu'il est un lâche!...
Et que, lorsqu'il a dit ce rapport infamant,
Sa bouche, monseigneur, mentait impudemment.
Que l'on me donne donc moyen de le confondre :
Je n'ai pas, monseigneur, autre chose à répondre.
LE PODESTAT
Regarde autour de toi, Fasio, suis-je seul?
FASio, regardant autour de lui, et apercevant Fran-
cesca debout et toujours couverte de son voile. Est-ce un spectre vengeur debout dans son linceul? N'importe!... ce n'est pas contre moi qu'il se lève.
(// va à Francesca et lui arrache son voile.) Francesca !
(Reculant.) Mais je fais sans doute quelque rêve Fiévreux... épouvantable, et dont je vais bientôt Sortir en Hi'éveillant...
LE PODESTAT
Au pied de l'échafaud.
(Aux soldats.) Tout à l'heure en prison vous conduirez cet homme; Moi, je vais chez le duc. (// sort.)