‹ DramesChapitre 129 sur 308 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FASIO, FRANCESCA, les Soldats.

FASio, continuant.

Si tu n'es qu'un fantôme.

Si lu n'es qu'un démon à me perdre obstiné, De quel droit couvres-tu ta face de damné Avec ce masque saint, dont l'infernal échange Te donne à toi, maudit, l'apparence d'un ange?... Mais j'ai de t'éprouver un moyen solennel : Francesca doit avoir un anneau qu'à l'autel L'homme de Dieu bénit le jour du mariage. Eh bien ! écoule : au doigt si tu portes ce gage, Et quand je l'aurai vu, si ta bouche redit Même accusation, eh bien ! alors, maudit. Quand ta bouche serait la bouche d'un fantôme, Je dirais, comme loi, que j'ai tué cet homme !... Au nom du Dieu vivant, montre donc cet anneau.

FRANCESCA, tombant à genoux.

Oh! brise-moi le front sous ton pied, Fasio!

FASIO.

C'est elle !

FRANCESCA

Oui! c'est moi.

FASIO.

Votre grâce est profonde, 0 mon Dieu ! qui daignez me retirer du monde, Oii le mal sur le bien l'emporte constamment; Où toute âme trahit, où tout visage ment; Où, semblable à l'aspic caché dans la corbeille, On voit sortir la mort d'une bouche vermeille; Où l'épouse aujourd'hui vous tue avec le bras

104 i.'alchimiste.

(jui vous pressait hier contre son cœur !

FRANCESCA

Hélas !

(l'est vrai, mon Fasio, je suis une maudite, Et tout ce que tu peux dire, je le mérite. Pourtant, si tu savais dans quelle intention .l'ai fait au Podestat la révélation!

Oh ! je ne serais plus par toi si condamnée. Tu m'aimas tant, hélas! pendant tout une année, Oue, de ton changement n'accusant que ton or. Je voulais t'appauvrir pour être aimée encor. J'ai donc dans cet espoir, et c'est ce qui me navre, Dénoncé le trésor... j'ignorais le cadavre... Ah! voilà, Fasio! Que maintenant tes yeux lledescendent vers moi miséricordieux...

Oh! non... non, Fasio... non, je suis trop coupable.. 0 Fasio! pour moi sois un juge implacable ! Fasio, maudis-moi; je l'ai bien mérité.

Fasio ! Fasio !... tout, hormis ta bonté?

FASIO, la relevant.

Oh! pauvre délaissée! à cette heure, moi-même. Hélas ! j'ai trop besoin de la pitié suprême , Pour être inexorable à ce cœur alarmé, Dont tout le crime fut de m'avoir trop aimé. Oh! ce sera sans doute une terrible fête Quand je verrai la hache au-dessus de ma tète, Et que je songerai sous son tranchant éclair Quelle main bien-aimée en aiguisa le fer!... Mais oublions cela; puisqu'il faut que l'on meure. Qu'importe que retarde ou bien qu'avance l'heure ? Qu'on expire eu un lit, ou bien sur l'échafaud, De quelque lieu qu'on parte, on se rejoint là-haut ! {Il veut l'embrasser.)

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