ACTE V, SCÈNE VI
FRANCESCA, l'arrêtant.
Oh! non, non, restez là!
Je suis mieux maintenant... pardonnez, j'étais folle; Mais ma raison revient, et me rend la parole; Vous ne savez donc pas?
Quoi?
FRANCESCA
Mais c'est aujourd'hui Que, condamné par eux, il va mourir.
LA MADDELEIVA.
FRANCESCA
Qui?
Lui!
LA MADDELENA.
Mais, s'il est condamné, quelle est votre espérance?
FRANCESCA
Votre beauté vous fait la reine de Florence; Il n'est pas un seigneur qui n'attende à genoux Un regard, un sourire, un signe, un mot de vous; Leur foule, à votre voix, se presse, réunie ; Car votre voix renferme une telle harmonie Que, quand vous vous taisez, par excès de rigueur. Ce silence pour nous est presque une douleur.
LA MADDELENA.
Et quel sera le but de ces vaines louanges?
FRANCESCA
De vous prouver, madame, à vous, la sœur des anges, Que, si, de votre voix lui prêtant le secours. Vous vouliez dire un mo't en faveur de ses jours, Un mot de cette voix par vous au ciel ravie. Qui remplit l'air d'amour, lui sauverait la vie.
122 l'alchtmiste.
la maddelena.
Vous êtes en délire, ou vous ne croyez pas <Jue j'aie un tel pouvoir.
FR.A?iCESCA.
Songez doue qu'à deux pas, Voyez, dans ce palais, madame, un homme existe, A qui tout est soumis! à qui rien ne résiste ! Qui par le ciel élu pour régler notre sort, Tient d'une main la vie, et de l'autre la mort. Un homme enfin qui peut d'un signe de sa tète Changer la joie en deuil, le désespoir en fête! Eh bien, ce Dieu mortel, au pouvoir effrayant. Je vous ai vue un jour lui parler en riant; Oui, madame, en riant vous parliez à cet homme ! Oh ! je m'en souviens bien, c'était place du Dôme, Et lui, comme un lion par un enfant dompté. Il vous laissait jouer avec sa majesté. Allez trouver le duc, et dites-lui, madame. Qu'un homme ayant, hélas! un enfant, une femme. A la mort condamné, va paj'er aujourd'hui Un sang dont il est pur de tout son sang à lui ! Dites que. de ses droits. magnifique héritage. Qu'avec le rang suprême, il obtint en partage. Le plus noble est le droit qu'il a reçu d'en haut De sauver l'innocent qui monte à l'échafaud ; Et de se dire après, l'àrae tranquille et fière : J'ai fait, ce qu'avec moi Dieu lui seul pouvait faire.
LA MADDELE>A.
Femme, vous vous trompez ! et ce n'est point à moi D'essayer ma puissance à désarmer la loi. Ai-je appelé la mort qui menace sa tête? Est-ce moi qui, parlant au milieu de la fête, Dans mon empressement à me venger de lui.