‹ DramesChapitre 141 sur 308 · ACTE V, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VI

Ai fait l'aveu fatal qui le tue aujourd'hui?

Eh bien ! que, disputant la victime au supplice,

Celle qui le perdit le sauve... c'est justice.

FRANCESCA

Hélas! vous dites vrai, c'est moi qui l'ai perdu ; Aussi, s'il est jamais au jour par vous rendu, Je renonce d'avance à mes droits sur son âme. Il ne m'appartient plus; il est à vous, madame; De son amour futur je ne réclame rien... C'est vous qui le sauvez, donc il est votre bien. Il pourra vous aimer sans que j'en sois jalouse, Je serai l'étrangère, et vous serez l'épouse. Seulement, par pitié, dans un coin du palais. Vous me laisserez vivre au milieu des valets. Pour qu'à travers mes pleurs encor je le revoie Lorsque vous passerez tous les deux pleins, de joie !

LA MADDELENA.

Que me dites-vous là? Vous m'insultez! Comment! .l'irais à l'échafaud emprunter un amant! Moi, la Maddelena, que le duc même encense, Et qui traite avec lui de puissance à puissance! Fi donc!...

FRANCESCA

Et cependant hier... ah! ne tremblez pas; Je comprends, madame... oui, je parlerai tout bas ! Hier il vous ramenait jusqu'à votre demeure. Et vous le receviez hier à cette même heure... 11 était près de vous, sur un divan soyeux, Et vos yeux se noyaient aux flammes de ses yeux. Maintenant, quel contraste!., il est couché, madame.. Au fond de son cachot, sur un grabat infâme. Et quand, après la nuit, va paraître le jour, Au lieu de votre front incliné par l'amour,

124 l'alchimiste.

Auquel il croyait lire un plus heureux présage. 11 verra se pencher un homme au dur visage, Tenant de la main droite un fer hors du fourreau. Et cet homme, oh! mon Dieu, ce sera le bourreau!

LA 3IADDELE>A, OVeC COlèfe.

Une dernière fois, vous êtes en délire. Et je ne comprends point ce que vous voulez dire; L'homme dont vous parlez comme de mon amant. Je ne le connais pas : laissez-moi donc...

{Elle monte les degrés de son palais.)

rRA??CESCA.

Vraiment !

Tu ne le connais pas, femme ! eh bien ! je t'invite Alors à ton balcon à prendre place... vite; Tu vas le voir passer pour marcher au trépas, Et peut-être qu'alors tu le reconnaîtras...

(La Maddelena rentre.)

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