SCÈNE IX
Des Sold\ts, des Moitiés , portant des torches, puis la bannière de la Vierge; FASIO , précédé des exécuteurs et marchant entre un Prêtre et RA- FAELLO ; LÉLIO , sur les marches du palais; FRANCESCA, au bas des marches. Le chœur cesse.
FASio, s'arrêtant sans voir Francesca.
Merci, Rafaello, c'est déjà trop ainsi j H est temps, croyez-moi, de me quitter ici. Je ne veux pas vous faire une plus lourde tâche :
{Montrant le prêtre.) Voilà celui qui doit me courber sous la hache!... Adieu, poëte, adieu!... Prêtre, c'est à ton tour A me parler du Christ et de son saint amour. francesca , d'une voix suppliante.
Fasio!...
FASlO.
Francesca...
FRANCESCA , sc jetant dans ses bras.
Fasio!...
FASIO, la pressant sur son cœur.
Pauvre femme !...
J'espérais épargner ces adieux à ton âme, Atteindre sans te voir cet échafaud hideux; Mais , au lieu d'un martyr, le Seigneur en veut deux. Puisqu'il t'a conviée à cette horrible fête. Ici-bas... comme aux cieux sa volonté soit faite !
130 l'alchimiste.
fuaivcesca.
Hélas!... j'ai celte nuit pour toi tout essayé. Mais je n'ai rencontré que des cœurs sans pitié. Et je me suis en vain , mallieureux que nous sommes, Courbée aux pieds de Dieu comme aux genoux des liom- Ni les hommes ni Dieu n'ont su me secourir, [mes... Et nous n'avons plus rien à faire qu'à mourir.
FASIO.
Silence, Francesca!... De cette heure suprême Écartons avec soin le doute ou le blasphème; Et d'un cœur résigné songeons que je dois seul Dormir enveloppé de mon sanglant linceul !.,. Souviens-toi que ta vie, à l'avenir féconde, i^ar des liens sacrés est retenue au monde, Et que ce dévouement ofi ton cœur est enclin Laisserait au berceau notre enfant orphelin... Pauvre enfant isolé, qui n'aurait plus de mère, Qui lave avec ses pleurs la honte de son père! Oui, sans doute, je sais qu'il nous serait plus doux D'attendre tous les deux, frappés des mêmes coups, Côte à côte couchés, cette heure de lumière Ofi Dieu des trépassés rouvrira la paupière. Mais le Seigneur, hélas! pour nous, dans sa rigueur. En décide autrement... Adorous le Seigneur.
FRANCESCA, tombant à genoux.
Fasio! Fasio!...
FASIO.
Ministres du supplice.
Déliez-moi les mains pour que je la bénisse.
(L'exécuteur lui délie les mains.) Merci , frère.