SCENE PREMIERE
LE aiAUVAIS ANGE, LE BON ANGE.
LE MAtJVAIS ANGE.
0 toi que le Seigneur a commis à ma garde, Baisse un instant les yeux, archange, et me regarde! Depuis que mon orgueil, contre Dieu, vainement Entreprit de lutter et que, pour cliàliment.
Me suivant au plus bas de ma chute profonde.
Tu posas sur mon sein ton pied lourd comme un monde.
Tant de jours ont pour moi renouvelé leur cours,
Tant de nuits ont passé, plus longues que les jours :
Et les heures des nuits et des jours avec elles
Ont mené lentement tant de douleurs mortelles,
Que je crois que du Dieu que j'avais offensé
Le courroux, à la fin, se doit être lassé,
Puisqu'il souffre aujourd'hui que ma bouche de pierre
Se ranime à la plainte et s'ouvre à la prière!...
Donc je te prie, au nom miséricordieux
Du Seigneur, je te prie, archange radieux,
Je te prie, au doux nom de la vierge Marie.
Au saint nom de Jésus, archange, je te prie
De soulever ton pied de mon sein condamné.
Car c'est trop de douleurs, même pour un damné!...
LE BON ANGE
C'est une volonté plus forte que la nôtre
Qui, dans les jours passés, nous lia l'un à l'autre,
Et nous en subirons les ordres absolus
Jusqu'à ce que pour nous les jours soient révolus.
Or, je ne sais quel temps doit durer Ion martyre,
Mais voilà ce que Dieu me permet de te dire :
Sur ce marbre, celui dont la main t'enchaîna
Est le comte don Juan, seigneur de Marana,
Tige des Marana, dont l'illustre famille
Fut, depuis trois cents ans, l'honneur de la Castille.
Or, lorsque son esprit eut quitté ce bas lieu,
Saint Pierre le reçut et le mena vers Dieu
Qui, lui tendant les bras, lui dit : « Comme un archange,
n Vous avez, ô don Juan, vaincu le mauvais ange;
» Vous pouvez de son sort disposer aujourd'hui,
» Dites ce qu'il vous plaît qu'il advienne de lui.»