‹ DramesChapitre 181 sur 308 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

TÉRÉSINA , seule.

Je puis du moins les garder cette nuit, les essayer même ; car je suis seule , et personne ne me peut voir : ce sera comme un songe doré dans ma vie , et une fois je me serai vue riche et parée à l'égal d'une reine! {Elle s'assied devant la toilette.) Une fleur dans tes cheveux, médit don Josès. ( Mettant le bandeau. ) Quelle différence ! ( Pendant qu'elle met les uns après les autres les différents bijoux que renferme Vécrin, le mauvais Ange passe la tête par tm panneau , et lui parle à travers sa glace. )

LE MAUVAIS ANGE

Dans ce miroir, jeune fille, Regarde ton œil qui brille Plus radieux et plus pur Que, dans une nuit sans voile, Ne brille l'or d'une étoile Au milieu d'un ciel d'azur.

Vois ta bouche parfumée Que la pudeur tient fermée Aux plus timides aveux; Vois tomber sur ton épaule.

Comme les rameaux d'un saule, Le trésor de tes cheveux.

Vois cette taille légère, Que l'on croirait étrangère A la terre des vivants ; C'est celle d'une sylphide Qui, sur son aile rapide, S'amuse à passer les vents.

Lorsqu'on est aussi parfaite, Jeune fille, on n'est pas faite Pour aller mourir d'ennui Dans quelque ville appauvrie, Où de la coquetterie Jamais le soleil n'a lui.

Il faut le luxe qu'étale Une grande capitale Avec ses plaisirs, ses arts, Ses paiais pleins de lumière, Et Golcoude tout entière, Ruisselant dans ses bazars.

Il faut des valets, des pages, Des chevaux, des équipages Que l'on change tour à tour, Et des jours pleins de paresse Qui mènent avec mollesse A des nuits pleines d'amour!

{Le mauvais Ange disparait.)

TÉRÉSINA

Oh! que c'est étrange! {Se levant. ) Jamais je n'avais eu de pareilles pensées... c'est le feu de ces liamants qui m'cblouit... c'est ce bandeau qui

Page 1