LA VIERGE
Parlez, car mes regards, parmi ces blondes têtes
Dont Dieu s'environna, Vous cherchèrent souvent. Je vous connais : vous êtes
L'ange de Marana.
Parlez, et dites-nous quelles craintes étranges
Vous causent tant d'émoi?
Ange, que j'ai toujours chérie entre les anges,
Que voulez-vous de moi?
Pour calmer au plus tôt votre douleur amère.
Dites, que pouvons-nous ?
Parlez, mon fils n'a pas de refus pour sa mère,
Ni sa mère pour vous.
LE BON ANGE
0 Vierge ! vous savez quel céleste mystère
M'enchaînait au bas lieu.
Et pourquoi je restai si longtemps sur la terre,
Loin de vous et de Dieu.
Je veillais sur don Juan ; mais l'esprit de l'abîme
Plus que moi fut puissant, Et don Juan, à sa voix, fit un pas vers le crime
Par un chemin de sang.
92 nor« ju\k de mara^îa.
AIoi's, je remontai vers la céleste voûte.
Pleurant sur le maudit, Et criant au Seigneur : Il changera de route!
Le Seigneur répondit :
« Sois encore une fois son ange tutélaire,
» Et, jusqu'à ton retour, « Je laisserai dormir le fer de ma colère
» Aux mains de mon amour. »
J'allai donc, lui portant la parole céleste
Comme un divin trésor; Mais voilà que don Juan, dans la roule funeste,
A fait un pas encor.
Et je n'ose apporter ces nouvelles du monde
Au divin tribunal; Car, malgré moi, j'éprouve une pitié profonde
Pour cet enfant du mal.
Or, le Seigneur ayant dit, en son indulgence,
Que, jusqu'à mon retour, 11 laisserait dormir le fer de la vengeance
Aux mains de son amour,
Je voudrais demeurer loin de sa face austère ;
Car, pendant mon exil.
Peut-être dans la voie étroite et salutaire
Don Juan reutrera-t-il?
Mais, comme vous savez qu'aux voûtes éternelles, Malgré moi, tend mon vol,
Soufflez sur mon étoile et détachez mes ailes, Pour m'enchaîner au sol.
Kn un C'tre mortel changez mon divin être,
Et je vous bénirai; Car Dieu ne me verra devant lui reparaître ^
Qu'à l'heure oii je mourrai.