LA VIERGE
0 pauvre ange immortel ! qui, comme un don réclame
La faveur de mourir!
0 pauvre cœur divin ! qui veut un corps de femme
Atin de mieux souffrir!
Comment videras-tu, de ta bouche rosée,
Le calice de tîei, Abeille qui vécus jusqu'ici de rosée,
De parfums et de miel?
Comment monteras-tu, par le sentier d'épines,
Au jardin des douleurs?
Pied d'ange qui jamais, dans les routes divines.
N'a foulé que des fleurs !
Mon fils a, tu le sais, fait le même voyage;
C'était un cœur puissant.
Et pourtant il mouilla mes mains et mon visage
D'une sueur de sang.
Le monde assemblera son tribunal sévère ;
On ne meurt qu'une fois; Mais la mort peut l'attendre au sommet d'un calvaire?
l.E BOIV ANGE.
J'y porterai ma croix.
lA VIERGE.
Mais alors qu'il faudra que la loi s'accomplisse, * Si, brisés par leurs coups,
Tes pieds ne peuvent plus te porter au supplice ?
LE BON ANGE
J'irai sur mes genoux.
C'est bien, voici venir une âme que la terre
Rend à l'éternité.
(On voit passer, sous la forme d'une flamme, une
âme qui monte au ciel.) Allez et ranimez, sur son lit solitaire.
Le corps qu'elle a quitté.
Ce corps était celui d'une enfant chaste et belle,
Qui s'endormit priant, Et qui, croyant rêver que sa mère l'appelle.
Est morte en souriant.
Nulle ne sait encore, au couvent du Rosaire,
Que sœur Marthe a vécu.
Allez, et vous aurez l'avenir de misère
Qu'elle-même aurait eu.
Allez, vous n'êtes plus rien qu'une pauvre femme, Sans aucun souvenir du céleste séjour, Ayant pour tout soutien et tout trésor dans l'âme : L'espérance, la foi, la prière et l'amour. (Les ailes de l'ange tombent toutes seules, et Vangc redescend lentement vers la terre)