‹ DramesChapitre 21 sur 308 · ADÈLE, ANTON Y · texte numérisé non relu

ADÈLE, ANTON Y

ADÈLE

Vous avez désiré me voir avant de nous quitter ; malgré le besoin que j'éprouvais de vous exprimer ma reconnaissance, j'ai hésité quelque temps à recevoir monsieur Anlony... Vous avez insisté, cl je n'ai pas cru devoir refuser une si légère laveur à l'iiomme sans lequel je n'aurais jamais revu peut-être ni ma fille ni mon mari.

ANTONY

Oui , madame , je sais que c'est pour eux seuls que je vous ai conservée.... Quant à cette reconnaissance que vous éprouvez, dites-vous, le besoin de m'exprimer, ce que j'ai fait en mérite-l-il la peine? un autre, le premier venu, l'eût fait à ma place... et, s'il ne s'était rencontré personne sur votre route, le cocher eut arrêté les chevaux, ou ils se seraient calmés d'eux-mêmes... Le timon eut donné dans un mur tout aussi bien que dans ma poitrine, et le même effet était produit.... Qu'importent donc les causes!... c'est le hasard , le hasard seul dont vous devez vous plaindre, et qu'il faut que je remercie.

ADÈLE

Le hasard ! et pourquoi vouloir m'ôtcr le seul

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sentiment que je puisse avoir pour vous! Est-ce généreux?... Je vous le demande!

AXT07ÎY.

Ah! c'est que le hasard semble jusqu'à présent avoir seul régi ma destinée... Si vous saviez combien les événements les plus importants de ma vie ont eu des causes futiles !... Un jeune homme, que je n'ai pas revu deux fois depuis peut-être, me

conduisit chez votre père J'y allai, je ne sais

pourquoi, comme on va partout. Ce jeune homme, je l'avais rencontré au bois de Boulogne ; nous nous croisions sans nous parler; un ami commun passe et nous fait faire connaissance. Eh bien! cet ami pouvait ne point passer, ou mon cheval prendre une autre allée, et je ne le rencontrais pas, il ne me conduisait pas chez votre père, les événements qui depuis trois ans ont tourmenté ma vie faisaient place à d'autres : je ne venais pas il y a cinq jours pour vous voir, je n'arrêtais pas vos chevaux, et dans ce moment, ne m'ayant jamais connu, vous ne seriez pas même obligée d'avoir pour moi un seul sentiment, celui de la reconnaissance; si vous ne la nommez pas hasard, comment donc appelleroz-vous celte suite d'infiniment petits événements qui, réunis, composent une vie de douleur ou de joie, et qui, isoles, ne valent ni une larme ni un sourire?

ADÈLE

Mais n'admettez -vous pas, Antony, qu'il existe des prévisions de rànie, des prossenlinionls ?

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