‹ DramesChapitre 22 sur 308 · ACTE II, SCE?(E II!. 4-j · texte numérisé non relu

ACTE II, SCE?(E II!. 4-j

ANTON Y

Des pressentiments!... et ne vous est-il jamais arrivé d'apprendre tout à coup la mort d'une personne aimée , et de vous dire : Que faisais-je au moment où cette partie de mon ànic est morle?... Ah! je m'habillais pour un bal, ou je riais au milieu d'une fêle.

ADÈLE

Oui, c'est affreux à penser... aussi l'homme n'a- 1-il pas eu le sentinienl de cette faiblesse, lorsqu'on prenant congé d'un ami , il créa pour la première fois le mot adieu? N'a-t-il pas voulu dire à la personne aimée, je ne suis plus là pour veiller sur toi; mais je te recommande à Dieu, qui veiile sur tous : voilà ce que j'éprouve chaque fois que je prononce ce mot en me séparant d'un ami : voilà les mille pensées qu'il éveille en moi. Direz-vous aussi qu'il a été créé par le hasard?

ANTOXY.

Eh bien ! puisqu'un mot, un seul mot éveille en vous tant de pensées différentes... lorsque vous entendiez autrefois prononcer le nom d'Antony

mon nom au milieu des noms nobles, distingués, connus, ce nom isolé d'Antony n'évcil!ait-il pas pour celui qui le portait une idée d'isolement? ne vous étes-vous pas dit quelquefois que ce ne pouvait être le nom de mon père, celui de ma famille? N'avez -vous pas désiré savoir quelle était ma famille, quel était mon père?

ADÈLE

Jamais... Je croyais votre père mort pendant votre enfance, et je vous plaignais. Je n'avais connu de voire famille que vous; toute votre famille pour moi était donc en vous... vous étiez là... Je vous appelais Antony , vous me répondiez; qu'avais -je besoin de vous chercher d'autres noms ?

Et, lorsqu'cn jetant les yeux sur la société vous voyez chaque homme s'appuyer, pour vivre, sur une industrie quelconque, et donner pour avoir le droit de recevoir, vous êtes -vous demandé pourquoi, seul , au milieu de tous, je n'avais ni rang qui me dispensât d'un état, ni état qui me dispensât d'un rang?

ADÈLE

Jamais: vous me paraissiez né pour tous les rangs, appelé à remplir tous les états; je n'osais rien spécialiser à l'homme qui me paraissait capable de parvenir à tout.

a:sto?îy.

Eh bien! madame, le hasard, avant ma naissance, avant que je pusse rien pour ou contre moi, avait détruit la possibilité que cela fût ; et , depuis le jour où je me suis connu, tout ce qui eut été jwur un autre positif et réalité, n'a été pour moi que rêve et déception... ]N'ayant point un monde à moi, j'ai été obligé de m'en créer un : il me faut à moi d'autres émotions, d'autres douleurs, d'autres plaisirs, et peut-être d'autres crimes !

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