SCÈNE VI
DON JUAN, INÈS, introduite par GOMÈS.
GOMÈS
C'est ici, senora.
INÈS
Merci. — {Entrant vivement.) Que vous est-il arrivé? Qu'avez-vous , don Sandoval? seriez-vous blessé? — {Reculant à la vue de don Juan.) Un étranger! un inconnu ! qui êtes-vous? que me voulez-vous, monsieur?
DON JCAN.
Je suis un gentilhomme de Castille, fort jaloux de connaître votre beauté avant de l'avoir vue, et fort amoureux d'elle depuis que je la vois...
INÈS
Laissons cela, senor : où est don Sandoval? que fait don Sandoval ?
Mais, s'il ne m'a pas menti , il est à cette heure au Prado , avec don Fadrique et don Henriquez : ne fait-il pas, dites-moi, un magniflque temps do promenade?
INÈS
Mais pourquoi lui au Prado et vous ici ? DON JUAN, lui présentant le billet de don Sandoval. Tout vous sera expliqué par cette lettre, madame.
116 bO^' Jl.\Ti DE MARANA.
INÈS
Mais donnez donc! ne voyez-vous pas queje meurs d'impatience? — {Elle lit et regarde don Juan.) Cette lettre n'est pas de don Sandovai.
Ne reconnaissez-vous point son écriture?
INÈS
Si fait , par Notre-Dame , c'est bien elle ! mais écoutez, je ne comprends pas bien encore ; expliquez-moi tout cela.
DON JCAN.
Don Sandovai possédait un trésor dont il ne connaissait pas tout le prix ; il Ta joué , il Ta perdu , voilà tout !
INÈS
Mais je ne vous aime pas, moi.
Si vous haïssez don Sandovai, cela revient au iiièmc.
INÈS
Oh ! si j'étais sûre qu'il eût commis cette infamie...
Vous avez d'autres lettres de lui, comparez.
INÈS
Oui, oui ; — {Comparant.) c'est bien cela; voilà bien sa signature, la même qu'il osa mettre au bas de la première lettre où il me dit : Dona Inès, vous des belle; dona Inès, je vous aime. Don Sandovai d'Ojedo ! un nom de noble que je croyais un noble