DON JUAN, SOEUR MARTHE
{ Iprès un moment de silence, sœur Marthe se lève et s'avance vers le bénitier.) DON JUAN, lui présentant de feau bénite. Dieu soit avec vous, sœur Marthe.
MARTHE, le regardant.
Blerci, mon frère ; mais d'où savez-vous mon nom ?
Il m'a été dit par une personne qui vous était bien chère; et comme sa voix mourante n'aurait pu le répéter une seconde fois, je l'ai retenu à la preiiiière.
MARTHE
Vous connaissiez ma sœur Inès?
J'étais près d*elle lorsqu'elle rendit à Dieu une des plus nobles âmes que Dieu ait envoyées sur la terre.
BIARTHE.
Oui, j'ai vu entrer hier dans cette église des gens qui portaient un cadavre et qui pleuraient; je leur ai demandé la cause de leurs larmes, et ils m'ont dit qu'ils pleuraient parce que dona Inès iPAlmeida était morte, et que dona Inès était la
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mère des pauvres. Alors je suis tombée à genoux, et je leur ai dit : Pleurons ensemble, mes frères, car c'était ma sœur.
DON JCAN.
Dona Inès est ensevelie dans cette église? tant mieux! elle verra si je suis un messager fidèle.
MARTHE
Oui , elle avait une vénération si profonde pour Notre-Dame-du-Rosairequi la protège, que, vivante encore, elle y avait fait élever son tombeau! Hélas, la mort a été bien vite jalouse de la vie; et la tombe s'est lassée d'attendre !... Soyez béni, vous qui avez connu ma sœur.
( Elle fait un mouvement pour s'éloigner. )
Mais ne voulez-vous pas entendre ses dernières paroles? ce sont des paroles d'amour.
MARTHE , se rapprochant.
Oh! si, répétez -les -moi sans en oublier une seule et sans y changer une syllabe.
DON JLAN.
Don Juan , m'a-t-clle dit, allez trouver ma sœur au couvent de Notre -Dame- du-Rosaire , dites-lui (ju'un cavalier m'avait insultée, et que vous m'avez vengée, mais ajoutez que je n'ai pas voulu survivre à cette insulte , et annoncez-lui qu'elle est maintenant la seule héritière de mon bien et de mon litre.
MARTHE
Je vais donc avoir un sacrifice méritoire à faire