ACTE IV, SCÈNE II. IdO
suis sûre : eh bien ! cependant je vous ai reconnu ; il m'a semblé vous avoir vu déjà dans un autre monde, sinon dans celui-ci... Vous avez parle, le son de votre voix m'a fait tressaillir et m'a inondé d'une mélodie familière à mon oreille! Vous avez dit votre nom, don Juan, ce nom, certes, je ne connaissais aucun homme de ce nom ; eli bien ! il m'a semblé que c'était un nom ami de mon cœur , il m'a semblé que je l'avais prononcé déjà... où, je ne sais... à quelle occasion, je l'ignore... car il y a un voile entre mon corps et mon âme, car il me semble que j'obéis en ce moment à un pouvoir surhumain qui me pousse vers vous , qui fait renaître d'anciennes pensées dans mon esprit, qui arrache du plus profond de mon cœur des paroles qui dormaient oubliées... Don Juan, j'aime votre nom... don Juan, j'aime votre voix... don Juan... — {Se précipitant le front contre terre.) Pardonnez-moi, mon Dieu ! dans votre église... dans votre maison sainte , devant votre tabernacle sacré, j'allais lui dire : Don Juan, je vous aime.
Marthe, n'est-ce pas dans une église que ceux qui s'aiment font serment de s'aimer toujours?
Oui, lorsque leur amour n'est pas un crime.
Et quel amour, si nous le voulons, peut être plus pur et plus selon Dieu que le nôtre ?
140 «os JUAN DE MARANA.
MARTHE
Oubliez-vous que je suis liée par des vœux éternels?
Oubliez-vous qu'il existe un homme qui peut vous relever de ces vœux?
MARTHE
Le saint-père !...
Nous irons le trouver, Marthe.
MARTHE
Ensemble?
Ensemble.
MARTHE
Et comment ?
Vous fuirez.
MARTHE
Avec mon amant?
DON JUAN, lui passant un anneau au doigt. Avec votre fiancé.
MARTHE, respirant.
Ah!
Nous lui dirons que depuis longtemps nous nous
aimons, et c'est vrai! car nous nous aimons
depuis le jour où nous avons rêvé l'un à l'autre. Nous nous jetterons à ses pieds, et il nous pardonnera et nous bénira , et nous aurons une vie de