ACTE IV, SCÈNE II
venir qui vous semblent des souvenirs d'un bonlieur passé.
MARTHE
Oui, oui, c'est cela.
DON J13A1V
Ces paroles étranges , c'est la voix du monde qui vous appelle ; elle vous dit: Marthe, on m'a calomnié à les yeux ; je ne suis point tel que l'on m'a peint à toi, plein de séductions trompeuses et infernales; je ne suis point le chemin de perdition qui ( onduit au royaume de Satan : je suis un jardin de délices où la beauté est reine et commande. Viens, Vlarthe , tes yeux se sont illuminés du feu de ton if me ; les longs cheveux ont repoussé sous ta coiffe (le religieuse; ta taille d'enfant s'est développée sous la robe sainte ; à défaut de mirc»:r , l'eau de la fontaine t'a dit que tu étais belle. Viens, Marthe, viens, un trône t'attend.
MARTHE
Oh ! oui, oui, et ces paroles, quand je les entends, c'est un délire.
Et parmi ces visions bizarres, ne passe-t-il point parfois un jeune cavalier qui s'approche de vous et qui vous dit : Marthe, ma bien-aimée, je t'ai revue depuis que ma jeunesse a des songes d'amour... Je te cherche dans le monde et je ne t'y rencontre pas !... Pourquoi te caches-tu dans l'ombre du cloître au lieu de briller au soleil de nos cités? Fleur de beauté, tu dois éclore dans un jardin, et non
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sur une tombe... Viens, Marthe, franchis la porte de ton couvent; elle donne sur le monde, c'està-dire sur le bonheur... surlavie... sur l'amour !...
MARTHE
Oh! mais c'est bien cela! par quelle magie devinez-vous ainsi mes plus secrètes pensées?... Ce jeune homme surtout, cet habitant inconnu de mes nuits de fièvre et d'insomnie... Qui vous a dit qu'il venait les visiter?
DON JCAÎV.
Qui me l'a dit, Marthe? qui me l'a dit?... Oh ! si vous ne le devinez pas, je suis bien malheureux. MARTHE, le regardant.
Mon Dieu !
D0!V JCAN.
Je vous ai reconnue, moi... à l'instant où je vous vis, je me suis dit : Celle que je cherche, la voilà , la bien-aimée de mon cœur, la voilà... la fiancée de mes rêves , la voilà ! c'est elle , car vous avez passé dans mes nuits comme j'ai passé dans les vôtres , et si j'ai éclairé votre sommeil, vous avez brûlé le mien.
SARTHE
Eh bien! écoutez, écoutez à votre tour, et que Dieu me pardonne ; si je fais mal, je l'ignore... ce que je sais seulement, ce que je ne puis renfermer dans mon cœur , ce que je vais vous dire , et mes paroles forcent ma bouche , c'est que je ne vous avais jamais rencontré avant aujourd'hui, non, j'en