‹ DramesChapitre 235 sur 308 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

DOM SA5CHEZ

Je VOUS ai cherché dans votre cellule.

DON JEAN

Je n'ai pas pu y rester, j'étouffais entre ses murs étroits comme dans un tombeau! la nuit a été terrible, ô mon père !

DOM SA?iCeEZ.

Je n'ai rien entendu.

noN JiKV, Vous dormiez.

DOM SANCHEZ

Je priais.

DON JtJAN.

J'ai voulu prier aussi, moi, puis, quand j'ai vu que je ne pouvais pas prier, j'ai voulu dormir; est-ce donc le même Dieu qui fait les nuits si calmes pour les uns et si terribles pour les autres? A peine ai-je eu les yeux fermés, qu'il m'a semblé que les murs de ma cellule s'ouvraient! Oh! le monde! le monde ! pourquoi me poursuit-il quand je le fuis? mon père, le froissement du bal, les chants du festin , les rires de l'orgie, tout cela bruissait autour de moi ; j'avais beau fermer les yeux, boucher mes oreilles, je voyais,j'entendais; je voyais une femme qui passait devant moi en faisant flotter au-dessus de ma tète son écharpe encore embaumée du parfum de ses cheveux; le bout de celte écharpe touchait mon front, et mon froct brûlait! puis une seconde passait à son tour, prenait le bouquet, qui s'était à moitié fané sur son sein; elle l'effeuillait

IbO DO:^ JUA.\ DE MARASA.

sur ma poitrine, et ma poitrine brûlait; enfin, une troisième passait encore avec une guitare et elle se courbait vers moi, et il me semblait que les cordes qu'elle faisait vibrer sous ses doigts étaient les fibres les plus intimes de mon cœur; elle chantait des paroles de plaisir, d'amour et de volupté, comme jamais je n'en ai entendu sortir d'aucune bouche humaine; je respirais une atmosphère de flammes; j'étais étendu sur des charbons ardents. Je sautai à bas de mon lit ; je me précipitai dans ce cimetière, le ciel s'ouvrait, des éclairs sillonnaient la nuit comme l'épée flamboyante de l'Archange; oh ! du moins, le bouleversement de mon être était en harmonie avec celui des éléments; pâle, échevelé, ruisselant de sueur et d'eau, je me crus un instant le génie de la tempête, et je mêlai l'orage de mon cœur à l'orage de la nature. Oh! voyez! voyez! tous les deux ont été terribles; et autour de moi, au dedans de moi, tout n'est que ruine!...

DOM SASCHEZ.

Ce sont les nuits d'orages qui font les jours tranquilles ; voyez, mon fils, comme le soleil est brillant, comme le jour qui a commencé si sondne va finir pur ! Il en est ainsi de la vie ; les orages du cœur ressemblent à ceux de la nature ; et les uns et les autres se calment au souffle de Dieu!

Doy JIA5, s'asseyant.

Que Dieu souffle sur mon front, s'il ne veut pas qu'il se brise à l'angle de quelque tombe.

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