DOM SANCHEZ, MARTHE
DOM s\NCHEz, approchant du lit.
Me voici, ma fille.
MARTHE, se laissant glisser le long du lit et tombant
à genoux.
Venez, mon père, je vous attendais.
DOM SANCHEZ, s'asseyaut dttHS le fauteuil près du lit.
Parlez, je vous écoute.
11ARTHE, les mains jointes, s'appuie sur le bras du
fauteuil.
J'avais besoin de vous, vous êtes une des lumiè-
■s de l'Eglise, mon père, et rien n'est caché pour
>us : dites-moi, croyez-vous que ceux qui se sont
oiicontrés sur la terre se retrouvent dans le ciel?
DOM SANCHEZ
Oui, s'ils ont suivi la voie sainte.
MARTHE
Est-il vrai encore que Dieu préfère le pécheur qui sv.' repent au juste qui n'a jamais failli?
DOM SANCHEZ
Son fils bien-aimé nous l'a dit lui-même, et ce serait un crime de douter de sa parole.
MARTHE
Mon père , vous avez dans votre couvent un homme qu'y a conduit un saint et profond repentir ?
DO>I SANCHEZ
Plusieurs de nos frères sont des exemples de péni lence et des modèles de piété.
Mais parmi ceux-là, n'en est-il pas un qui se fait remarquer par une piété plus profonde et par des pénitences plus amères?
DOM SANCHEZ
Lequel?
MARTHE
N'en est-il pas un qui a quitté tout ce que la vie a de plus enivrant, pour ce que le cloître a de plus austère? n'en est-il pas un qui a renoncé au titre de grand d'Espagne ? à une fortune royale et à l'amour d'une femme? oh ! qui l'eût aimé éternellement !
DOM SAÎVCHEZ.
Comment l'appelle-t-on ?
MARTHE
Le monde l'appelait... oh ! pardon, mon père; ce nom réveille dans mon cœur tant de souvenirs !
DOM SA?iCHEZ.
Du courage, mon enfant. Son nom?
MARTHE
Don Juan de Marana.
DOM s AycHEz, se levant.
Quel nom avcz-vous dit, ma fille ?
MARTHE
Vous le connaissez !
DOM SAIVCHEZ.
Plut à Dieu que je ne l'eusse jamais entendu prononcer !