ACTE V, SCÈNE III
MARTHE
Comment?
DOM SANCHEZ
Malheur sur le jour où il mit le pied sur le seuil de notre couvent, car ce fut un jour maudit !
MARTHE
Que dites-vous, mon père?
DOM SANCHEZ
Je dis qu'il n'a fait que passer dans notre saint asile, mais qu'il y a laissé une trace de sang.
MARTHE
Lui!
DOM SANCHEZ
Je dis que ce sang crie vengeance et l'obtiendra, le Seigneur fùt-il trois fois miséricordieux pour le coupable, car ce sang est celui de son frère.
MARTHE, quis^est levée, retombant sur son lit.
Ah!
DOM SANCHEZ
Mais que peut avoir de commun ce fils du démon avec vous, ma fille, qui êtes un ange de piété?
MARTHE
Mon père, vous m'avez dit que ceux qui suivaient la voie sainte se rencontraient au ciel?
DOM SANCHEZ
Je l'ai dit.
MARTHE
Alors, ceux qui suivent la voie impie doivent se retrouver en enfer?
DOM SANCHEZ
Où ils souffrent éternellement.
MARTHE
Mais où ils souffrent ensemble !... C'est bien, laissez-moi, mon père!...
DOM SAACHEZ.
Oh ! vous êtes encore insensée, ma fille; revenez à vous, je vous en supplie.
MARTHE
Don Juan perdu! perdu à jamais! perdu en ce monde et dans l'autre ! Oh ! mon Dieu ! mon Dieu!
DOM SA>CHEZ
Que vous importe le destin de cet homme !...
MARTRE
Que m'importe ? mais vous ne comprenez donc pas? Cet homme... je l'aimais!
DOM SA^CHEZ
Vous aimiez cet homme autrement que comme un frère ? vous l'aimiez d'un amour profane?
Je l'aimais d'un amour éternel!
DOM SA?«CHEZ
Oh! sacrilège.... vous, l'épouse du Seigneur! vous, liée par des vœux !
MARTHE
Eh ! savais-je ce que je faisais en les prononçant?! savais-je à quels trésors de bonheur et d'amour jej disais adieu? connaissais-je le monde que je quittais pour la solitude? la terre qu'on me forçait! d'échanger pour le ciel?... Non, j'étais un enfant Jj on m'a traînée à l'autel, on m'a coupé les ch(