‹ DramesChapitre 261 sur 308 · DON JUAN , LES FANTOMES · texte numérisé non relu

DON JUAN , LES FANTOMES

Sur mon honneur ! je n'ai jamais vu valets de chambre plus silencieux passer à un gentilhomme de plus magnifiques habits ! Il paraît que le seigneur de céans est juste de ma taille. — Ah! ah !... mais il veut que la fête soit entière : bal masqué, buffet splendide, lumières éblouissantes. Vraiment, si notre valeureux Gonzalve n'avait chassé les Maures de notre belle terre d'Espagne, je croirais que le calife Abd-Alrahman me fait les honneurs de son harem. — ( A une femme qui se trouve près de lui.) Voyons , ma gracieuse odalisque , voulez-vous de moi pour votre sultan ?

LE MASQUE

Certes ; où en trouverais-je un plus galant, plus loyal et surtout plus fidèle?

Fidèle ! . . . allons, je vois que tu me connais, bea u masque; car mes amours durent aussi longtemps que la vie.

LE MASQUE

De celles qui meurent pour toi, n'esl-cc pas?

Oh ! tu te trompes, car alors leur mémoire leur

survit et se grave éternellement dans mon cœur.

LE MASQUE

Oui, au point que si par un prodige tu les revoyais au bout de huit jours, tu ne reconnaîtrais plus leur visage!

DON JCAN.

Je ne sais si je t'ai jamais aimé, beau masque; mais, si cela est, fais en l'épreuve, et tu verras.

LE MASQUE

Tu réponds de me reconnaître ?

Quand je ne t'aurais vu qu'une minute.

LE MASQUE

Tu le veux ?

Je t'en prie.

CAROLiNA, se démasquant.

Eh bien ! regarde !

Carolina !

CAROLINA

Allons , la mémoire est plus fidèle que je ne croyais. C'est bien. — (Elle glisse sur une planche mobile qui l'entraîne dans un des corridors. ) Au revoir, don Juan, au revoir !

Carolina! — {Il veut la suivre, mais la grille du corridor se referme.) Çà, suis-je bien éveillé, ou tout ce qui m'arrive depuis trois jours n'est-il qu'un

songe?

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