ACTE H, SCÉ>E IV
VOUS demandai quinze jours ; un dernier espoir me restait... Il existe un homme chargé, je ne sais par qui, de me jeter tous les ans de quoi vivre un an ; je courus le trouver, je me jetai à ses pieds, des cris à la bouche, des larmes dans les yeux; je l'adjurai par tout ce qu'il avait de plus sacré, Dieu, son âme,
sa mère il avait une mère lui! de me dire ce
qu'étaient mes parents.... ce que je pouvais attendre ou espérer d'eux! Malédiction sur lui! et que sa mère meure! je n'en pus rien tirer.... Je le quittai, je partis comme un fou, comme un désespéré, prêt à demander à chaque femme : IN 'êtes -vous pas ma mère?...
3Ion ami !
AMC^Y.
Les autres hommes, du moins, lorsqu'un événement brise leurs espérances, ils ont un frère, un père, une mère... des bras qui s'ouvrent pour qu'ils viennent y gémir. Moi ! moi ! je n'ai pas même la pierre d'un tombeau où je puisse lire un nom et pleurer !
ADÈLE
Calmez-vous, au nom du ciel ! calmez-vous!
A?iTONY.
Les autres hommes ont une patrie, moi seul je n'en ai pas... car, qu'est-ce que la patrie? le lieuoù l'on est né, la famille qu'on y laisse, les amis qu'on y regrette... Moi, je ne sais pas même où j'ai ouvert les yeux... je n'ai point de famille, je n'ai point de
56 ANTOriY.
patrie , tout pour moi était dans un nom ; ce nom c'était le vôtre , et vous me défendez de le prononcer...
ADÈLE
Antony, le monde a ses lois, la société ses exigences ; qu'elles soient des devoirs ou des préjugés, les hommes les ont faites telles, et, eussé-je le désir de m'y soustraire, qu'il faudrait encore que je les acceptasse.
ANTOSY.
Et pourquoi les accepterais-je, moi... Pas un de ceux qui les ont faites ne peut se vanter de m'avoir épargné une peine ou rendu un service; non, grâce au ciel, je n'ai reçu d'eux qu'injustice, et ne leur dois que haine... Je me détesterais du jour où un homme me forcerait à l'aimer... Ceux à qui j'ai confié mon secret ont reverse sur mon front la faute de ma mère... Pauvre mère!... ils ont dit : ftlalheur à toi, qui n'aspasde parents!... Ceuxauxquels je l'ai caché ont calomnié ma vie... ils ont dit : Honte à toi, qui ne peux pas avouer à la face de la société d'où te vient fa fortune !... Ces deux mots, honte et malheur, se sont attachés à moi comme deux mauvais génies... J'ai voulu forcer les préjugés à céder devant l'éducation... arts, langues, science, j'ai tout étudié, tout appris... Insensé que j'étais d'élargir mon cœur pour que le désespoir put y tenir! Dons naturels ou sciences acquises, tout s'effaça devant la tache de ma naissance ; les carrières ouvertes aux hommes les plus médiocres se fermèrent devant