‹ DramesChapitre 29 sur 308 · ACTE II, SCÈNE IT · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IT

moi; il fallait dire mon nom, et je n'avais pas de nom. Oh! que ne suis-je né pauvre et resté ignorant, perdu dans le peuple ! je n'y aurais pas été poursuivi par les préjugés; plus ils se rapprochent de la terre plus ils diminuent, jusqu'à ce que trois pieds au-dessous ils disparaissent tout à fait.

ADÈLE

Oui, oui, je comprends Oh ! plaignez-vous!

plaignez-vous!... car ce n'est qu'avec moi que vous pouvez vous plaindre !

ANTON Y

Je vous vis, jç vous aimai ; le rêve de l'amour succéda à celui de l'ambition et de la science : je me cramponnai à la vie, je me jetai dans l'avenir, pressé que j'étais d'oublier le passé... Je fus heureux..;, quelques jours les seuls de ma vie....

merci, ange ! car c'est à vous que je dois cet éclair de bonheur, que je n'eusse pas connu sans vous... C'est alors que le colonel d'Hervé y . . . Malédiction! . . . Oh ! si vous saviez combien le malheur rend méchant! combien de fois, en pensant à cet homme, je me suis endormi la main sur mon poignard!.... et j'ai rêvé de Grève et d'échafaud !

ADÈLE

Antony!... vous me faites frémir...

ANTONT.

Je partis, je revins ; il y a trois ans entre ces deux

mots ces trois ans se sont passés je ne sais ni

où ni comment; je ne serais pas même sur de les avoir vécus, si je n'avais le souvenir d'une douleur

o8 A'TTOrCY.

vague et continue... Je ne craignais plus ni les injures ni les injustices des hommes... je ne sentais plus qu'au cœur, et il était tout entier à vous... Je me disais : Je la reverrai... il est impossible qu'elle m'ait oubli£... je lui avouerai mon secret... et peut-être qu'alors elle me méprisera, me haïra.

ADÈLE

Antony, oh! comment l'avez-vous pu penser?

A?iTO>"Y.

Et moi, à mon tour, moi je la haïrai aussi comme les autres... ou. bien, lorsqu'elle saura ce que j'ai souffert, ce que je souffre... peut-être elle me permettra de rester près d'elle... de vivre dans la inème ville qu'elle!

ADÈLE

Impossible !

ANTOSY.

Oh! il me faut pourtant haine ou amour, Adèle! je veux l'un ou l'autre... J'ai cru un instant que je pourrais repartir; insensé!... je vous le dirais qu'il ne faudrait pas le croire ; Adèle , je vous aime , entendez-vous... Si vous vouliez un amour ordinaire , il fallait vous faire aimer par un homme

heureux!... Devoirs et vertu!.... vains mots

Un meurtre peut vous rendre veuve... je puis le prendre sur moi ce meurtre; que mon sang coule sousmamain ou sous celle du bourreau, peu m'importe il ne rejaillira sur personne et ne tachera

que le pavé... Ah ! vous avez cru que vous pouviez m'aimer, me le dire, me montrer le ciel... et puis

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