‹ DramesChapitre 301 sur 308 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

LÉON seul; puis M. DE VERTPRÉ. • •

LÉo?i, accablé, sur .un fauteuil.

Oui, le fait est que j'ai été bien cruel , êt^sans m'en douter encore!... Dieu nie pardonne! Me voilà bien entre deux amours, comme ceux-là !... c'eist qu'il n'y a pas eu moyen de lui dire un mot de mon mariage. Une lettre ! (// la regarde arec effroi.) Mais c'est que je ne l'aime plus du tout, moi, je ne sais pas comment cela s'est fait. Une lettre! allons, du courage, il faut la lire : uHestée seule en vous quitîi tant, j'ai presque eu du remords de la manière :> dont j'avais d'abord reçu l'aveu d'un amour qui )> paraissait si vrai et si passionné. )> Oh! il n'y a pas de doute ! continuons ! (// s'essuie le front. ) u Mais » il en est ainsi du cœur d'une femme : rarement il i> lui estpcrmis d'exprimer toutce qu'elle éprouve.!» Tout ce qu'elle éprouve! j'espère que c'est clair, cela ! <i II faut , quand on est homme , plaindre et )• pardonner. )> Oui , certes, je me plains, mais je ne me pardonne pas. (// retombe sur sachaise.) Eston plus malheureux! mais c'est de la fatalité! Oh! les femmes! les femmes! c'est affreux, quand on y songe ! madame de Vertpré trahir son mari , un homme charmant... plein d'esprit... de franchise... aussi jeune que moi, car il n'a pas quarante ans et

j'enaiplusde vingt... etpour qui? pour... certainement c'est flalleur pour moi; n'importe, je ne dois pas le souffrir. Mais que faire? (Se relevant vivement. ) Mon oncle qui va venir me demander le résultat; il est joli le résullat ! Enfln moi, je ne puis pas lui dire... j'aime mieux qu'il l'apprenne par un autre, et ma foi!... {Il va pour se sauver par laporte du fond et s'arrête. ) Ah ! le voilà en bas sur la terrasse... si je descends par cette porte ou par l'autre, il va me voir. . . Est-ce qu'il n'y a pas moyen de m'échapper ? Par là!.... ah ! oui, c'est l'appartement de Pauline; qu'est-ce que je lui dirai si je la rencontre? cette porte, elle conduit chez madame de Verlpré; si je la vois , décemment il faudra une réponse à cette lettre. Ah çà ! mais je suis cerné, moi!... Ah ! cette fenêtre qui donne sur le parc! Un peu haute, mais, ma foi, c'est sur le gazon.

(Pendant qu'il monte sur la fenêtre, M. de Fertgré entre doucement, et, le voyant prêt à sauter, il Uarrête par le pan de son habit.. Tous les deux se regardent. )

M. DE VERTPRÉ

Que diable fais-tu là?

LÉON, descendant de la fenêtre.

Moi? rien, mon oncle, je prends l'air.

M. DE VERTPRÉ

Eh bien! l'entrevue?

LÉo?(, à part.

\h! oui, l'entrevue, nous v voilà.

M. DE VERTPRÉ

La scène a-l-elle été chaude ?

LÉOPf.

Très-chaude.

M. DE VERTPRÉ

Raconte-moi ça.

lÉOlV.

Laissez-moi m'en aller, mon oncle.

M. DE VERTPRÉ, le retenant.

Comment?

LÉOiV.

Je vous en prie; vous n'en serez pas fâché.

M. DE VERTPRÉ

Mais du tout.

LÉON

Vous voulez que je reste ?

M. DE VERTPRÉ

Je l'exige.

LÉON, à part.

On ne peut pas fuir sa destinée.

M. DE VERTPRÉ

Tu dis?

LÉON

Mon pauvre oncle !

M. DE VERTPRÉ

Hein?

LÉON

Vous me faites de la peine.

M. DE VERTPRÉ

Plaît-il?

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