ACTE I, SCÈ-VE II
ADÈLE
Eh bien! ouvre donc cette lettre, alors car
i)ioi, je ne l'ose pas....
CLARA, lisant, ic Madame... » tu vois, madame...
ADÈLE, vivement.
Il n'a jamais eu le droit de me donner un autre
nom.
CLARA, lisant.
<i Madame , sera-t-il permis à un ancien ami , » dont vous avez peut-être oublié jusqu'au nom , » de déposer à vos pieds ses hommages respec- )> tueux-, de retour à Paris, et devant repartir i> bientôt, souffrez qu'usant des droits d'une an- » cienne connaissance, il se présente chez vous ce )• malin.
■)> Daignez , etc.
ANTON Y
ADELE.
Ce matin... Il est onze heures.,., il va venir....
^ CLARA
Eh bien ! je ne vois là qu'une lettre très-froide , très-mesurée....
ADÈLE
Et celte devise...
CLARA
C'était la sienne avant qu'il ne te connût, peutêtre; il l'a conservée.... Mais sais-tu qu'il y a vraiment de l'amour-propre car, qui te dit qu'il
t'aime encore?
18 A.NTONY.
ADÈLE, mettant la main sur son cœur.
Je le sens là...
Il annonce son départ...
ADÈLE
Si nous nous revoyons, il restera... Écoute, je ne veux pas le revoir, je ne le veux pas... Ce n'est point à toi, Clara, ma sœur, mon amie... à toi, qui sais que je l'ai aimé... que j'essaierai de cacher un seul sentiment de mon cœur... Oh! non, je crois bien que je ne l'aime plus... D'Hervey est si bon, si digne d'être aimé, que je n'ai conservé aucun regret d'un autre temps... Mais il ne faut pas que je le revoie... Si je le revois... s'il me parle, s'il me regarde... Oh ! c'est qu'il y a dans ses yeux une fascination, dans sa voix un charme... Oh! non, non. Tu allais sortir, c'est moi qui sortirai. Tu le recevras, toi, Clara ; tu lui diras que j'ai conservé pour lui tous les sentiments d'une amie... Que si le colonel d'Hervey était ici, il se ferait comme moi un vrai plaisir de le recevoir; mais qu'en l'absence de mon mari... pour moi, ou plutôt pour le monde, je le supplie de ne pas essayer de me revoir... qu'il parte... et tout ce qu'une amie peut faire de vœux accompagnera son départ... Qu'il parte, ou, s'il reste, c'est moi qui partirai... Monlre-lui ma fllle ; dis-lui que je l'aime passionnément, que cette enfant est ma joie... mon bonheur... ma vie. Il te demandera si parfois j'ai parlé de lui avec toi.