ACTE I, SCÈNE II
CLARA
Adèle... calme-toi... Tu es toute tremblante!... Et de qui est donc cette lettre?
ADÈLE
Oh ! c'est de lui... c'est de lui...
CLARA, cherchant.
De lui...
ADÈLE
Voilà bien sa devise, que j'avais prise aussi pour la mienne... Adesso e sempre... u Maintenant et toujours. »
Antony !
ADÈLE
Oui, Antony de retour... et qui m'écrit... qui ose m'écrire...
CLARA
Mais c'est à titre d'ancien ami, peut-être?
ADÈLE
Je ne crois pas à l'amitié qui suit l'amour.
CLARA
Mais rappelle-toi, Adèle, la manière dont il est parti tout à coup, aussitôt que le colonel d'Hervey te demanda en mariage , lorsqu'il pouvait s'offrir à notre père qui lui rendait justice... jeune, paraissant riche... aimé de toi... car tu l'aimais... il pouvait espérer d'obtenir la préférence... mais point du tout, il part, te demandant quinze jours seulement... le délai expire... on n'entend plus parler de lui, et trois ans se passent sans qu'on sache en
16 ANTONY
quel lieu de la terre l'a conduit son caractère inquiet et aventureux... Si ce n'est une preuve d'indifférence, c'en est au moins une de légèreté.
ADÈtE.
Antony n'était ni léger ni indifférent... il m'ainiaitautant qu'un cœur profond et fier peut aimer ; et, s'il est parti, c'est qu'il y avait sans doute, pour qu'il restât, des obstacles qu'une volonté humaine
ne pouvait surmonter Oh! si tu l'avais suivi
comme moi au milieu du monde, où il semblait étranger, parce qu'il lui était supérieur, si tu l'avais vu triste et sévère au milieu de ces jeunes fous, élégants et nuls... si, au milieu de ces regards qui le soir nous entourent, joyeux et pétillants... tu avais vu ses yeux constamment arrêtés sur toi , fixes et sombres, tu aurais deviné que l'amour qu'ils exprimaient ne se laissait pas abattre par quelques difficultés... et, lorsqu'il serait parti... tu te serais dit la première : C'est qu'il était impossible qu'il restât.
CLARA
iMais peut-élre que cet amour, après trois ans d'absence....
ADÈLE
Regarde comme sa main tremblait en écrivant cette adresse...
CLARA
Oh ! moi, je suis sure que nous n'allons retrouver qu'un ami bien dévoué... bien sincère...