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ACTE IV, SCÈNE Vf

EIGÈNE.

El VOUS aussi, madame! faites-y attention

vous l'exigez, je ne suis plus responsable de l'ennui.... Voici mes motifs : La comédie est la peinture des mœurs, le drame celle des passions. La révolution , en passant sur notre France , a rendu les hommes égaux, confondu les rangs, généralisé les costumes. Rien n'indique la profession, nul cercle ne renferme telles mœurs ou telles habitudes ; tout est fondu ensemble, les nuances ont remplacé les couleurs, et il faut des couleurs et non des nuances au peintre qui veut faire un tableau.

C'est juste.

LE BARO> DE MARSANNE

Cependant, monsieur, le Constitutionnel... EUGÈNE, sans écouter.

Je disais donc que la comédie de mœurs devenait de cette manière, sinon impossible, du moins trèsdifficile à exécuter. Reste le drame de passion, et ici une autre difticulté se présente. L'histoire nous lègue des faits , ils nous appartiennent par droit d'héritage, ilssont incontestables, ils sont au poëte : il exhume les hommes d'autrefois, les revêt de leurs costumes, les agite de leurs passions, qu'il augmente ou diminue selon le point où il veut porter le dramatique. Mais que nous essayions, nous, au milieu de notre société moderne, sous notre frac gauche et écourlé, de montrer à nu le cœur de l'homme... on ne le reconnaîtra pas.... la ressemblance entre

le héros el le parterre sera trop grande, l'analogie trop intime; le spectateur qui suivra chez l'acteur le développement de la passion voudra l'arrêter là où elle se serait arrêtée chez lui ; si elle dépasse sa faculté de sentir et d'exprimer à lui... il ne la comprendra plus, il dira : C'est faux, moi je n'éprouve pas ainsi ; quand la femme que j'aime me trompe, je soulîresans doute... oui... quelque temps... mais je ne la poignarde ni ne meurs, et la preuve, c'est que me voilà. Puis les cris à l'exagération, au mélodrame, qui couvrent les applaudissements de ces quelques hommes qui, plus heureusement ou plus malheureusement organisés que les autres, sentent que les passions sont les mêmes au quinzième qu'au dix-neuvième siècle, et que le cœur bat d'un sang aussi chaud sous un frac de drap que sous un corselet d'acier.

Eh bien! monsieur, l'approbation de ces quelques hommes vous dédommagerait amplement de la froideur des autres.

3IAD\iIE DE CAMPS.

Puis, s'ils doutaient, vous pourriez leur donner la preuve que ces passions existent véritablement dans la société. Il y a encore des amours profondes qu'une absence de trois ans ne peut éteindre, des chevaliers mystérieux qui sauvent la vie à la dame de leurs pensées, des femmes vertueuses qui fuient leur amant, et, comme le mélange du naturel et du subhme est à la mode... des scènes qui n'en sont

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