ACTE m, SCÈNE VF
que plus dramatiques pour s'être passées dans une chambre d'auberge.. . je peindrais une de ces femmes...
ANTONY, quin'a rien dit pendant toute la discussion littéraire, mais dont le visage s'est progressivement animé, s'avance lentement, et s'appuie sur le dos du fauteuil de madame de Camps. Madame, auriez-vous par hasard ici ua IVère ou
un mari
MADAME DE CAMPS, élOfluée.
Que vous importe, monsieur?
ANTOKY.
Je veux le savoir, moi !
MADAME DE CAMPS
Non!
Eh bien! alors, honte au lieu de sang. {J Eugène.) Oui, madame a raison, monsieur! et, puisqu'elle s'est chargée de vous tracer le fond du sujet, je me chargerai, moi, de vous indiquer les détails... Oui, je prendrais cette femme innocente et pure entre toutes les femmes, je montrerais son cœur aimant et candide, méconnu par cette société fausse , au cœur usé et corrompu; je mettrais en opposition avec elle une de ces femmes dont toute la moralité serait l'adresse ; qui ne fuirait pas le danger, parce qu'elle s'est depuis longtemps familiarisée avec lui; qui abuserait de sa faiblesse de femme pour tuer lâchement une réputation de femme , comme un spadassin abuse de sa force pour tuer une existence
108 AJiTONY.
d'homme; je prouverais enfln que la première des deux qui sera compromise sera la femme honnête, et cela, non point à défaut de vertu... mais d'habitude... puis, à la face de la société, je demanderais justice entre elles ici-bas, en attendant que Dieu la leur rendît là- haut. — (Silence d'un instant.) Allons, mesdames, c'est assez longtemps causer littérature; la musique vous appelle , en place pour la contredanse.
EiiGÈîîE, présentant vivement la main à Adèle.
Madame, aurai-je l'honneur...!
ADÈLE
Je vous rends grâce, monsieur, je ne danserai pas.
{Antony prend la main d'Eugène et la lui serre, )
MADAME DE CAMPS
Adieu, chère vicomtesse.