ACTE V, SCÈNE III
ANTONY
0 mon Dieu !
N'est-ce pas que c'est vrai?... Une tache tombée sur un nom ne s'efface pas ; elle le creuse, elle le ronge, elle le dévore... Oh ! ma fille! ma fille!
ANTONY
Eh bien! emmenons - la , qu'elle vienne avec nous... Hier encore j'aurais cru ne pouvoir l'aimer cette fille d'un autre... et de toi... Eh bien! elle sera ma fille, mon enfant chéri ; je l'aimerai comme celui... Mais prends-la et partons... prends-la donc, chaque instant te perd... A quoi songes-tu? il va venir, il vient, il est là !...
ADÈLE
Oh! malheureuse!... où en suis-je venue, où m'as-tu conduite? Et il n'a fallu que trois mois pour cela !... Un homme me confie son nom... met en moi son bonheur... Sa fille... il l'adore... c'est son espoir de vieillesse... l'être dans lequel il doit se survivre... Tu viens il y a trois mois... mon amour éteint se réveille, je souille le nom qu'il me confie... je brise tout le bonheur qui reposait sur moi... Et ce n'est pas tout encore, non, car ce n'est point assez : je lui enlève l'enfant de son cœur, je déshérite ses vieux jours des caresses de sa fille... et, en échange de son amour... je lui rends honte, malheur et abandon.... Sais-tu, Antony,que c'est infâme?
Que faire alors?
ADÈLE
Rester.
ANTON Y
Et lorsqu'il découvrira tout?
ADÈLE
Il me tuera.
ANTON Y
Te tuer... lui le tuer... toi mourir, moi te perdre... c'est impossible... Tu ne crains donc pas la mort, toi?
ADÈLE
Oh! non... elle réunit...
ANTONY
Elle sépare... penses-tu que je croie à tes rêves, moi... etque sur eux j'aille risquer ce qu'ilme reste de vie et de bonheur ?. . . Tu veux mourir ? eh bien ! écoute, moi aussi je le veux... mais je ne veux pas mourir seul, vois-tu... et je ne veux pas que tu meures seule... je serais jaloux du tombeau qui te renfermerait. Béni soit Dieu qui m'a fait une vie isolée que je puis quitter sans coûter une larme à des yeux aimés ! béni soit Dieu qui a permis qu'à l'âge de l'espoir j'eusse tout épuisé et fusse fatigué de tout!... Un seul lien m'attachait à ce monde... il se brise... et moi aussi je veux mourir., mais avec toi ; je veux que les derniers battements de nos cœurs se répondent... que nos derniers soupirs se confondent... Comprends-tu?... une mort douce comme un sommeil, une mort plus heureuse que