ACTE 1, SCÈÎVE I
Restons pauvres plutôt, et songeons que Jésus Parmi les indigents a choisi ses élus !
FASIO.
Oh! ne demeure pas sur ce point abusée.
Que Dieu fasse pleuvoir la céleste rosée ,
Et dans le champ ouvert ù mes ardents désirs,
Chaque jour fleuriront quelques nouveaux plaisirs.
Demande seulement au ciel qu'il nous envoie
La force de porter une si grande joie !
FRANCESCA
Mon Fasio, pardonne à mes doutes chagrins,
Jusques à ces plaisirs, que veux-tu ? je les crains.
Tu sais, tout séparés que nous sommes du monde,
Quelle est ma jalousie inquiète et profonde!
Oh ! que je serais donc plus malheureuse encor
Si tout autour de toi, séduites par ton or.
Je voyais se presser, oh! pensée importune!
Ces femmes dont l'amour!... il en est surtout une!...
Celle-là, Fasio, tu ne le nîras pas,
Je t'ai plus d'une fois rencontré sur ses pas,
La suivant du regard , la saluant du geste.
Oh ! cette femme un jour me doit être funeste.
FASIO, souriant.
Et quel est ce démon que Dieu prédestina?
FRANCESCA
Oh! que tu le sais bien; c'est la Maddelena!... Au reste, d'elle à moi je sens la diiférence. C'est la plus belle fleur du printemps de Florence!... Tu l'aimes!...
FASIO.
Francesca, pourquoi veux-tu que. moi...
On aime, voilà tout, on ne sait pas pourquoi ;
14 I. ALCHIMISTE
On aime sans raison, sans espoir!... On oublie La fortune, le rang!... L'amour, c'est la folie!... Oli ! ne l'aime jamais, Fasio!
*^ FASIO.
Calme-toi, J'ai souvent admiré cette femme.
FRA?iCESCA.
Ah!... tu voi!...
FASIO.
Mais comme l'on admire, en longeant un portique Dans un jardin ducal, une statue antique. Une vierge d'amour peinte par Raphaël, Ou, pendant la nuit pure, une étoile du ciel.
FllANCESCA.
Eh bien!... prends en pitié mon fol amour d'épouse; Vierge, étoile ou statue... hélas! j'en suis jalouse, .lalouse; car vois-tu, vierge elle peut aimer, Étoile, choir du ciel, et marbre, s'animer!... Oh ! prends pitié de moi, Fasio! ...
FASIO.
Sur mon âme ïu deviens folle ; {Riant.)
Et moi, n'ai-je pas vu, madame.
Comme si vous tramiez quelque crime d'État, De quels regards vous suit monsieur le podestat. Ne l'ai-je pas trouvé vingt fois en tête à tête, Ici même avec vous? prétextant quelque emplette. Eh bien! suis-je jaloux? loin de là; monseigneur Toutes les fois qu'il vient me fait beaucoup d'honneur,
FRAKCESCA.
i>ue tu sais bien , railleur à l'esprit sans scrupule, Oue de ta part, h toi , la crainte est ridicule :