ACTE II, SCÈNE IM
L'histoire d'un oiicle et d'un neveu... Voilà tout ! Mais vous l'écouterez de l'un à l'autre bout!
GRIMALDI
Où veut-il en venir?
F.vsio, caché.
Quelle chose s'apprête?
lÉUO.
La scène est en Espagne. Une famille honnête Demeurait à Séville; elle se composait D'une mère et d'un iîls en bas âge : on disait Qu'un homme était encor de la même famille, Demeurant outre-mer, seul et sans fils ni fille... Qui, pour tout Dieu jamais n'ayant connu que l'or, Par le prêt et l'usure engraissait un trésor : Or, il advint un jour que des fièvres mortelles Passèrent sur l'Espagne en secouant leurs ailes j La mère, qu'on citait comme sainte en tout lieu , A l'âge de trente ans fut appelée à Dieu, Et laissa, pour descendre en un sépulcre avide, Son enfant au berceau près de sa couche vide! Hélas! le pauvre enfant, si petit qu'il était. Avait déjà compris que sa mère emportait Le bonheur avec elle, et, dans sa peine amère. Sans cesse, en bégayant, redemandait sa mère. Sa mère qu'à cette heure il se rappelle encor Comme un ange entrevu dans un nuage d'or!... Il suivait donc déjà la douloureuse voie, Lorsqu'un jour, s'abattant comme un oiseau de proie. L'oncle arriva soudain, et, sans être attendu. Terres, meubles , maisons , tout fut bientôt vendu... Puis le vautour reprit sa course vers son aire. Emportant la fortune et l'enfant dans sa serre!... Cependant de retour, l'avare ne dit pas
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Qu'il avait à l'enfant deux cent mille ducats ;
De sorte que l'enfant grandit et devint homme
Sans qu'il lui fût jamais parlé de cette somme.
Pourtant, comme on savait qu'il devait, quelque jour,
A la mort de son oncle, être riche à son tour,
L'argent ne manqua point d'abord à ses caprices;
Si bien que ses défauts bientôt se firent vices ;
Car aucun n'était là qui le prît par la main
Pour remettre ses pas en un meilleur chemin!
Enfin , le sort voulut , soit propice ou contraire,
Que se tarît un jour celte veine usuraire;
De sorte qu'au milieu de son luxe indigent,
Le neveu tout à coup se trouva sans argent.
Ce fut dans ce temps-là qu'il apprit de Séville
Que sa naissance était loin d'être pauvre et vile.
Et que ses premiers jours aux splendides rayons
Etaient des souvenirs et non des visions!
Alors il résolut de tenter l'aventure :
11 savait que son oncle en une cave obscure
Entassait tout cet or qu'il tirait à la fois
Du peuple, des marchands, des nobles et des rois.
Car il prêtait à tous , étendant son système
Du fer de la charrue à l'or du diadème!
Donc il ne perdit plus ce cher oncle des yeux!
Et bientôt il le vit, marchant silencieux.
Écoutant si ses pas n'éveillaient pas dans l'ombre
Un indiscret écho , sous une voûte sombre
Disparaître, fermant, au bout d'un corridor,
Une porte de fer, celle de son trésor!
Trois jours fit le neveu sa garde accoutumée,
Et trois jours il trouva la porte refermée
Lorsqu'il voulut l'ouvrir pour descendre après lui !
Bref! il désespérait presque, lorsque aujourd'hui.