‹ DramesChapitre 97 sur 308 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Où, malgré moi, j'ai vu, caché dans les ténèbres, Un spectacle terrible, et dont je n'oublirais Pas le moindre détail, quand même je vivrais Jusciu'au jour où, tirés ensemble de l'abîme, Paraîtront devant Dieu meurtrier et victime! Mais, comte, ce secret...

(Il frappe sa poitrine.) Est là, dans son tombeau.

Et j'ai soufflé dessus comme sur un flambeau.

Me le jurerais-tu?

FASIO.

Comte, je vous le jure!

Et que je sois damné si je deviens parjure. Maintenant, monseigneur, je me relire, adieu ; Je n'ai rien vu : la chose est entre vous et Dieu!

LÉLIO

Tu ne fais pas ici, mon maître, en homme sage, Crois-moi, retiens plutôt la fortune au passage; Comme je ne prendrai que ce qui m'était dû, Le trésor presque entier alors sera perdu ! Soit qu'il reste enterré dans cette cave sombre. Soit que, suivant les pas du meurtrier dans l'ombre, La justice, en ce point moins sévère que toi, Hérite de la part dont je ne veux pas, moi, Et que, de mon plein gré, librement je te donne !

FASIO, faisant un mouvement pour se retirer. .Je vais prier le ciel, afin qu'il vous pardonne!

LÉLIO, le retenant.

Arrête, pauvre fou!... N'as-tu donc point assez De ta creuse alchimie aux secrets insensés?

{Ouvrant la trappe.) Regarde si jamais tes sciences étranges

ÎSO

t ALCHIMISTE.

De pareilles moissons ont enrichi tes granges ! Où donc est le creuset oîi germe un tel trésor?

FASIO.

Oh ! ne me tente pas, démon, avec ton or!

Mais, au lieu de cette âme incertaine et commune. Prends donc enfin un cœur grand comme ta fortune. Vois, elle t'offre plus que tu n'avais rêvé; Tu cherchais le grand œuvre, eh bien, tu l'as trouvé. Donc, que le ciel en paix, mon maître, te maintienne !

(// emporte le manteau plein d'or.) Adieu! voilà ma part!...

{Lui montrant ce gui reste.)

Et toi, voilà la tienne!

(Il sort.)

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