‹ Drames de la vie réelle [microforme]Chapitre 1 sur 34 · RAND ROMAN CANADIENS · texte numérisé non relu

RAND ROMAN CANADIENS

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PAR G..Il. BARTHE.

C’est en 183. ? que commence notre récit. À cette énoque lointaine, la locomotive à vapeur était encore -du domaine de lutopie. Lequel de nous, arrivés à l'automne :de la: vie; (sans porter d'accusation téméraire, même sur l'auteur de cette’histoire, du reste navrante, sur la tête de qui, disons-le en toute sincérité, ‘le$ ngiges de soixante hivers ont blanchi les rares cheveux qui ont résisté aux temps durs) ; lequel d'entre nous, notons-

le mélancoliquement, n'évoque pas, en dépit du’ progrès matériel, avec

émotion, le souvenir de la vue pittoresque d’une vieille diligence # Lequel d’entre nous, à cès douces reminiscences de‘l’heureuse enfance, ne se rappelle d'avoir contemplé, sur la longue route blanche d’une neige brillante comme les diamants, sous les reflets d'une lune éclatante, la lumière électrique de ces temps primitifs, lequel, parmi nous, répétonsle lentement, ne se rappelle avec bonheur l'antique diligence attelée de deux chevaux vigoureux (en fandem s'il vous plaît) que le postillon aiguil-

- lonnaïit de son long fouet à travers les cahofs et.ne se rappelle aussi les tin-

tements désordonnés, mais réjouissants, du gros collier de grelots? La sus-

dite diligence portait la malle de Sa Majesté destinée à ses fidèles sujets, avec

en sus deux (plus où moins) de ces fidèles (2?) sujets, car notons que c'était avant 1837, pour être remplacés à. chacun des endroits où un bureau de poste était établi de par la volonté suprême de la family compact, alors la maitresse absolue des destinées présentes sinon futures (ce qui est encore un problème à résoudre pour les politiciens), de la race non encore, en cèt heureux temps, stigmatisée de l’appellation de race inférieure. Cela eût

lieu plus tard, par un représentant de Sa Majesté, payé par le peuplé $50,000, par an, plus le logis, pour nous cingler ainsi en plein visage ! Notons, en passant, que ce gouverneur modèle portait le nom de Head (Sir Edmund), mais que cette tête manquait sûrement de cervelle, car il n’ÿ avait pas alors, ni aujourd'hui, de race inférieure dans le Canada (Dominion ou Puissance du Canada), foi de romancier... Fe

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. Quoiqu'il en soit de cette petite digression et de nos patriotiques récriminations, c’est un ‘fait que vers la fin du mois de mars 188...? sur

beures du soir, la diligence, avant même de se rendre au bureau de P.

de l'antique bourg, aujourd’hui cité des Trois-Rivières, faisait reläche à l'hôtel Bernard, rue du Fleuve, à l'endroit précis où est anjourd’hui situé l'hôtel abandonné portant le nom aristo de St-James, ce qui n'exclut pas, en ces temps modernes, l’état de faillite chronique, et, notons, encore, en bon historien, que c'était précisément à l'endroit où l’auteur de ce récit véridique et notre journal ont, aujourd'hui, leurs bureaux

Parmi les quatre voyageurs qui descendirent de la diligence se trouvaient deux dames qu'il eût été difficile de ne pas remarquer, à cause da l'air distingué de l’une d'elles, des riches fourrures dans lesquelles elle était emmitouflée et, en raison aussi des prévenances dont faisait preuve, auprès de l’une, l’autre personne qui, apparemment, devait être non sa servante, mais une dame de compagnie. Les énormes valises que le pos. tillon remisa avec grande peine, aidé de l’homme de cour de l'Hôtel Bernard et de deux ou trois hommes parmi les curieux qui ne manquaient jamais à l'arrivée de la diligence, témoignaient que les voyugeuses étaient des grosses dames, ainsi que le remarqua un gavroche canadien, dont la présence en ces occurrences, plus ou moins désiräble, est de tons les temps et de tous les lieux.

Les deux hommes qui étaient daus la diligence y restèrent. Il n’en sera plus mention dans ce récit, ne l’ayant fait que pour constater la coutume d’alors : ils paraissaient être tout-à-fait, du reste, étrangers aux deux voyageuses : ils l’étaient de fait, n'ayant pas échangé une parole le long de la route, la diligence faisant relâche toutes les cinq lieues pour changer les chevaux et le dernier passager ayant pris place à la dernière station.

Mais il n’en saurait être ainsi de l’une des deux dames qui doit remplir une place si grande dans le récit des véridiques autant que lamentables drames que nous allons faire revivre.

La diligence qui a amené notre héroïne venait de Québec, où les deux dames avaient pris passage. Elles n’étaient pas, cependant, des Québecuoises ; elles habitaient nne des plus pittoresques paroisses du bas du euve, où nous conduirons, plus tard, le lecteur qui s’intéressera à ce récit.

Entrées à l'hôtel, ces dames furent conduites à un salon proprement entretenu quoique sans luxe, contigu à deux chambres à coucher voisines, qu’elles acceptèrent.

Sophie Bernard était la sœur de l’hôtelier et le factutum de la maison ; le frère, quoique propriétaire, bornait ses efforts, pour le succès de l’établissement, à sa présence au bar et au sourire qui errait sur ses lèvres, éclairant davantage une physionomie réjouie et invitante pour les disciples de Bacchus, dont le petit verre d'excellente jamaïque eonstituait le comble d’un bonheur constant, consciencieusement entretenu et partagé par l’assiduité au bar autant que par les manières engageantes du propriétaire de l’hôtel Bernard.

. Il en était de même de sa sœur, surnommée tante Sophie, dont l’aspect pleatureux n’empêchait pas l'activité fiévreuse, car bien que toujours sur pied et suant à grosses gouites, l’hiver encore plus que l'été, Tante Sophie voyait à tout, dans l'hôtellerie et, pour rendre pleine et entière jus- - tice à qui justice est toujours due, constatons que Sophie Bernard seule constituait la prospérité de l’hôtel.

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. vées, celle-ci se retira non sans avoir offert à ces dames un vin de madère

C’est ainsi que, au salon où elle avait elle-même conduit ces dames, elle aida à leur déshabille, bien que ces dernières voulussent lui en éviter la peine. En sorte que, pour prévenir tout scandale et tout soupçon injuste, c’est en la présence de la bonne tante Sophie que nous allons faire connaissance avec uotre héroïne.

Elle était grande et brune et rappelait un genre de beauté saisissant, à première vue. Chrvelure splendide et sombre, yeux noirs aux paupières d'ambre, teint légèrement coloré que l’on devinait avoir été, depuis peu de mois, d'une pâleur exquise, démarche pleine de distinction et de grâce. Elle était vâtue de noir, simplement, mais de manière à bien dessiner les attraits de son buste et les perfections de sa taille, autant que la | mode de ce temps le rendait séant. CA

Elle était coiffée d’un riche bonnet de vison (car nos mères savaient s'habiller... pardon, mesdames, puisque nous ajoutons..... chaudement en hiver) encadrant sa Jolie figure, ce bonnet coquettement attaché et retenu au-dessous du menton par un soyeux et lérge ruban surnommé gorgette, que Tanie Sophie s’était empressée de dénouer, découvrant un large peigne d’écaille fixant au sommet de la tête la masse des cheveux.et en laissant voir le désordre voluntueux. $

. Telle était, ce jour-là, notre héroïne, au physique :—au moral, Tante Sophie qui avait du tact, ne fut pas longtemps, sans constater que notre héroïne n’était pas sparkling, mais intelligente. Ajoutons, pour le besoin

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qu'elle était mariée, et dont s’aperçut bien vite Tante Sophie, à qui rien n'échappait et qui, disons-le encore à sa louange, pour beaucoup de choses, avait la science infuse ,

Toutefois, celui ou celle qui aurait vu notre héroïne, dix mois ou un ; + an auparavant, aurait eu de la peine à reconnaître, dans cette dame rayon: nante de beauté et de santé, celle qui était alors une jeune fille mince et élancée, aux traits mélancoliques, aux yeux rêveurs, aux paupières bistrées, au teint si mat que les fins de siècle actuels l’auraient qualifié de. pâleur intéressante, mais où un œil expert aurait redouté l’anémie chez la jeune fille, alors disons-le, Agée de 18 ans près, tant ilest vrai de dire que les. femmes sont comme Îles fleurs... elles reverdissent aux doux soins de l'affection... elles éponouissent à l’eau de rose de l'amour !

Lorsque ces dames furent débarrassées de leurs habits de voyage par les soins de notre amie, disons, cette fois, la bonne Sophie, et que tout fnt en bon ordre, taut au salon que-dans les deux chambres à coucher réséer-

chaud muscadé, qu'elle apprêta elle même, fit porter au salon et qui, soit dit en l’honneur de l'hôtesse, fut trouvé excellent, Il est temps de faire connsissance avec la dame de compagnie de notre héroïne, laquelle, en esprit et en vérité, en était une et de bon aloi. nb C'était une personne âgée d’environ cinquante ans, que nous appellerons Mathilde ; ajoutons, pour être véridique, que c'était son prénom, mais nous tairons, à dessein, son véritable nom de famille. re Pour ce qui est de notre ‘belle héroïne, ne"s la reconnaîtrons désor- .maiïs sous le nom de Julie. pe Mathilde était une veuve sans enfants Recucillie par la mère de - Julie, veuve aussi, à titre de parure éloignée, mais amie sincère et d'enfance, Mathilde avait pour Julie la tendresse d'une mère, l'ayant bercée

sur ses genoux et ayant promis à Ja mère de Julie, à son lit de mort, de remplir cette tâche sacrée du dévouement jusqu’à la fin de ses jours.

Aussi. Julie était orpheline depuis longtemps, lorsqu'elle se maria, ce qui ne tarda point et ne pouvait guère tarder, ayant ré pr la grâce et la fortune pour partage.

Ces choses établies, l’on voit que nous avions raison de constater que la compagne de Julie paraissait plutôt être une amie, et elle l’était de cœur et d’âme.

Nous férons, plus tard, connaissance avec le mari de Julie, et, en attendant, nous laisserons ces dames causer amicalement après souper et, dormant, jusqu’au matin, du sommeil des justes et des... voyageuses fatiguées.

Ainsi que nous l'avons dit, nos voyageuses venaient de Québec et Trois-Rivières n'était, pour elles, qu’un relai.

Aussi, le matin, furent-elles contrariées d'entendre tomber la pluie au lieu de voir le soleil resplendissant qui dore ordinairement les derniers jours de mars et les premiers jours d’avril.

La rue du fleuve où se trouvait situé l’hôtel Bernard était alors une rue étroite et sombre, la vue du St-Laurent que l’on a aujourd'hui se trouvait alors masquée par des bâtisses en bois de l’autre côté du chemin, en sorte qu'il n'y avait rien de réjouissant pour ces dames, lors de leur réveil. Elles en prirent, toutefois, leur parti et après déjeuner, mandèrent un charretier afin d’aviser et de profiter du bon moment pour continuer leur roule.

Notre amie, Tante Sophie, ne fut pas lente à ameuer l’automédon qui n'était autre que le père Gabriel D...

C'était alors un grand vieillard maigre, à la voix forte, mais saccadée, ayant toutefois la langue bien pendue et fort poli, du reste, surtout lorsqu’il flairait une bonne aubaïine, comme dans le cas actuel.

Accompagnons notre amie, -Tante Sophie, suivie du père Gabriel D... au salon, afin de noter la conversation entre nos personnages, puis- “e cela est essentiel au cours de notre récit, ainsi qu'on le verra plus tard. | —Bonjour mesdames... Salut bien. votre serviteur... mesdames, dit poliment le père Gabriel : je suis venu d’après l'invitation de Mlle Sophie qui m’a fait avertir que vous aviez besoin d’une bonne voiture couverte, pour vous conduire au fort de Sorel... J'ai ce qu'il faut... Le père allait continuer son éloge, lorsque Julie lui dit: OQa ne sera pas pour aujourd'hui... Je sais, dit le père Gabriel en se tournant du côté de Mlle Sophie en clignant de l’œil (le bonhomme ne voulant pas être en défaut et désirant assurer à l'hôtesse au moins une journée de plus pour ses deux pensionnaires).. Eh non ! continua le père, pas aujourd'hui, ni peut-être demain non plus, car voyez-vous, nous sommes presqu'en avril et après cette grosse pluie, les eaux vont monter et il nous faut une bonne gelée de nuit pour nous permettre de partir en sûreté. Voyez-vous, ma belle dame, dit

le père émerveillé de la beauté de Julie, un bon charretier comme moé ne.

risque nas de donner de la misère aux belles créatures... . -Julie sourit de la galanterie du bonhomme et Mathilde reprit en disant : Nous serions dieposées À partir après demain, jeudi matin.—C’est

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