‹ Drames de la vie réelle [microforme]Chapitre 28 sur 34 · de fleur · texte numérisé non relu

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tre-mer et même de l’intérieur étaient rares. Pour ces raisons, les pertes

iésultant de la débâcle contemplée par notre vénérable curé se réduisirent à quelques petits chalands disparus sous l’eau et la glace, mais que leurs propriétaires remirent à flot et réparèrent peu de temps après.

Un chantier pour la construction des navires et vaisseaux ordinaires nouvellement établi, juste en face de l'auberge favorite du père AIRE, de l’autre côté du Richelieu, fut entièrement réduit en ruines par la glace amoncelée, mais comme la compagnie était de Québec, les Sorelois versbrent des larmés d’autant moins amères que la susdite maison de Québec était riche... Le fait est que cela fut une bonne aubaine pour une famille irlandaise nouvellement établie à Sorel, composée du père. de la mère, de trois garçons et d'une fille. Ces braves gen’ étaient alors ignorés du monde entier, mais bien connus aû chantier comme des journaliers laborieux, intelligents, d'initiative en tout, l’ainé des garçons possédant une certaine instruction et une idée pratique du dessin linéaire, grâce à notre excellent curé qui, ayant toutes ses ouailles en grande affection et ses compatriotes en particulier, protégeait cette famille nouvellement arrivée à Sorel et qui lui avait été spécialement recommandée par un prêtre patriote de Cork (Irlande).

C'est ainsi que, diplomate au spirituel comme au temporel, il réussit à désintéresser la maison de commerce de Québec et à lui substituer ses susdits compatriotes, lesquels sout devenus depuis, grâce à cette protection et, disons-le pour être véridique, à leur intelligence et à la manière avec laquelle ils surent utiliser le träfail de la race inférieure, au milieu de laquelle ils vivaient, sont devenus, disons-nous, des millionnaires.

Ajoutons, au grand scandale et au désespoir inénarrable du beau sexe,

ue deux de ces heureux héritiers de la fortune sont restés célibataires enurcie. En somme, pour ce qui est de la débâcle, il n’y eut aucune perte de vie et les pertes matérielles furent comparativement insignifiantes.

Aussi notre bon curé, à la demande des fervents catholiques de l'endroit —et tous l'étaient alors comme aujourd’hui — chanta une messe solennelle d’action de grâce annoncée au prône, le dimanche suivant le jour de la débâcle, en français et en anglais, suivant un usage d'alors qui existait encore récemment à Sorel, bien que la presqne totalité des catholiques fussent français : tant il est vrai de dire que pour tout homme de cœur le culte qu'il a voué à sa langue maternelle est chose sacrée !

Revenons maiatenant à notre héroïne et an tête-à-tête si anxieusement désiré par elle, à l'office, commwe -elle l'avait dit, de notre vénérable

curé .

Nous n’entendons pas raconter par le menu le long entretien entre M: le curé et Julie, non parceque ce fut une confession, car ça n’en fut pas une, mais plutôt une confidence, une expansion d’une enfant privée de sa mère à celui que considérait à si juste titre comme un saint et un devoué père d’adoption. : Ge RS Le : Elle lui redit son bonheur des premiers mois de son mariage, la con-

fiance réciproque et l'amour mutuel entre les deux jeunes époux, lorsque tout-à-coup, sans cause sppréciable, apparut au firmamant ce point noir

ln de la tempête, grossissan: sans cesse au ciel d'azur de leur boneur !

Le vieillard s’enquit prudemment mais profondément, sonda le cœur de la jeune femme, interrogea onctueusement son âme ; il en conclut, sans hésitation, qu’il était sans reproches. Il n’en resta pas moins douloureusement perplexe... On en vint à la conclusion d’attendre la venue da jeune époux de Julie à Sorel, tel qu'il l'avait promis.

On se flattait de l'espoir hélas ! - irréalisé que, en causant avec lui, le vieillard chercherait et trouverait la blessure, la sonderait et verrait au “meilleur moyen d'opérer la guérison car, nul doute que c'était une plaie morale et, en RRAURe, é ministre de Dieu se trouvait par la force des choses, le meilleur des médecins en ceite vallée de larmes pour les jeunes comme pour les vieux !...…

Julie, depuis son arrivée à Sorel, n'avait pas reçu de lettre de son mari, mais il n’y avait, en cela, encore rien d'alarmant, car en ce temps-là, une lettre de Québec à Sorel ue se rendait à destination, qu'après plusieurs jours et, qui sait, se disait la jeune femme, si son mari, au lieu d'écrire, ne

ui ménageait pas une heureuse surprise en venant lui-même ?...…

Hélas ! la pauvre enfant se faisait une amèr2 illusion, car elle ne devait jamais revoir, vivant, célui dont, insondables décrets de la proyidence, la cruelle destinée devait lui créer un deuil tragique.

Pour nous conformer au titre de ce roman—Jrames de la vie réelle— nous allons suspendre le récit des douleurs qui ont saturé l’âme de notre héroîne sans toutefois, ainsi qu’on le verra plus tard, briser son cœur, tant la jeunesse et le temps sont des palliatifs aux plus grands malheurs! Mais n'anticipons pas...

Nous profiterons d'1 séjour de Julie chez notre excellent curé pour, en les accompagnant tous deux, raconter au lecteur attentif les choses extraordinaires dont Julie fut témoin et son père d'adoption l’un des acteurs, scènes qui se passèrent à Sorel, alors le bourg de William Henry.

Tsinr bien que nou ve précisions point les dates, pour le bon

motif que nous ne voulons p m puisse retracer l’identité des descen-

dants des personnages qr” sisons revivre dans notre roman, mais le

lecteur, disons-nous, n° a sang peine, lorsque nous lui dirons que

AR les aventures nt .e8 que nous avons à raconter datent d'avant 887-388.

. C’est ainsi que nous constatons, ici, qu’une session mémorable de la Chambre d'Assemblée avait eu lieu à Québec vers l'époque de notre récit. Nos députés alors incorruptibles, de même que l'était l'électorat, sauf quelques peccadiles, avaient voté, à une majorité de cinquante-siz contre vingt-quatre, les fameuses 92 résolutions, contenant les griefs des habitants du pays, affirmant en même temps la ferme résolution de n’en pas abandontier un iota et d'obtenir justice coûte que coûte. L’honnête Morin fut délégué en Angleterre porteur de ces patriotiques résolutions, et il était parteur de requêtes recouvertes de cent mille siguatures, si tant est qu'on n'ait point exagéré, car en prenant alors en considération le total de la po-

gignatures sont difficiles à supposér. |

pulation mâle y compris les {orys (qui certes ne signèrent pas) cent mille

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