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Quoiqu'il en soit, M. Morin revint d'Angleterre et plus tard M. Viger, sans résultat pratique. Des élections générales eurent lisn et le peuple, uous ne saurio:.8 trop le redire, qui ne 8e vendait pas alurs et que congéquemment ses députés ne revendaient pas, choisit quatre-vingt députés reformistes centre hui TORIES.
Au uombre de ces députés fories fut nommé J. Pickel, un fory enragé, et c’est à l’occasion de cette élection dont notre héroïne fut spactatrice, a re le drame que nous allous faire revivre eut lieu.
La population du susdit bourg de William Henry (Sorel) n’était pas comme aujourd’hui, composée, en ce temps-là, de Canadiens-français presque exclusivement. C’est, comparativement, le contraire qui existait. Le bourg, bien que fondé primitivement et habité par des Français, était peu à peu, en esprit et en Vérité, devenu anglais. Des casernes spacieuses y avaieut été bâties et l'influence du militaire, en ce temps-là surtout, était énorme partout dans le Bas-Canadx et se détaignait dans la haute société (nos belles Canadiennes-françaises d'alors pourraient le redire) de même que parmi le peuple.
Nombre de familles loyalistes avaient, après la révolution américaine, habité plusieurs charmants endroits bordant la rivière Chambly de même que Sorel, Berthier, etc., s’y étaient créé des relations avantageuses, et leurs enfants avaient prospéré, même en dehors du bourg de Sorel et au foin dans la campagne de Sorel, à plusieurs lieues à la ronde, comme on disait alors.
On a retrouvé, plus tard, les fils de ces loyalistes, fixés là, sur de superbes terres bien cultivées ; ils s’y étaient mariés avec des Canadiennesfrançaises dont les enfants étaient devenus protestants.
Lors de l’élection en question, le bourg de Wälliam Henry avait l’honneur de compter plusieurs cioyens canadiens-français, dont les pères avaient combattu les Bos/onnais, alors exécrés. Ta population française de l'endroit descend surtout des soldats du fameux régiment de Carignan, qui s’établirent à Sorel et aux alentours, lesquels, après avoir dompté le cruel Iroquois, oublièrent la France en succombant aux charmes de la Canadienne....… Cette population est aujourd’hui considérablement répandue un peu partout et la nombre de familles portant ls même nom est extraordinaire, tele que les Hus, les Lemoine, Péloquin, Latraverse, Cournoyer, ete. Mariés entre eux, ils ont fait mentir les physiologistes qui prétendent que cela mène à l'abâtardissement physique ét moral.
Au physique, on peut en répondre pour qui voit encore aujourd’hui ces hommes grands, robustes pêcheurs et chasseurs, voyageurs au poiguet d'acier, aux mains de fer, et ajoutons, au cœur généreux, chaud, passion: né, mais à l'esprit étonnamment ouvert au préjngé de toutes espèces, exploitable et surtout exploité à leur grand désavantage, surtout aux préjugés contre l'instruction.
Et puis ces descendants de braves soldats autocrates ont ont en quelque sorte transmis avec leur sang, de génération en génération, les préju-
. gés monatchiques sans pourvoir s'en rendre bien compte, cela faisant par-
tie des traditions de famille EF ; Les tories anglais, esclaves du family compact d’alors,e ploitaient toutis ces choses, étant généralement instruits comparativement aux Franco-
canadiens : on a aiusi une idée de ce que pouvait être, alors, ue électiom dans ce bourg renfermant un petit nembre de parriotes français, alors que
ces derniers luttaient partout, au prix de grands sacrifices, pour k Kberté. et la conservation de ‘“ nos institutions, de notre langue et de nos lois ”,, :
toutes choses que les fories de Sorel avaient particulièrement en abomination.
L'élection, c'est-à-dire la votation, secontinuait alors durant plusieurs: jours et aussi longtemps qu’il y avait des votes à enrégistrer. Une élection précédente à celle qui nous occupe, entre M. Charles Stuart et le Dr Nelson, avait duré vingt-et un jours. IE n’y avait pas alors, comme aujourd’hui, de ces dégoûtants et criminels achats de conscience ; inais om . discutait les affaires, les langues remplaçant les gazettes.
Il y avait table ouverte aux frais des candidats et à boire et à manger à satiété, et fait notoire, pourvu qu'il y eût un vote enregistré durant chaque heure, la votation continuait. C'e ainsi que, pour l'élection qui nous occupe, la votation continua durant cinq jours assez paisiblement, nonobstant quelques taloches échangées par-ci par-là entre Anglais où Irlandais. et Cunayens, et sur.out entre les Mescoutins et les Sorelois,
Qui connaît un peu lPéndroit n’a pas oublié les récits et les combats homériques entre les Sorelois et les Mascoutins les jours de marché à Sorek * Es-tu un homme pour moi ?” disait le Sorelois au Mascoutin, et wice versd en le tapant légèrement sur l’épaule. C'était le signal On formait un rond. et les horivns pleuvaient jusqu’à ce que l'un des champions fé à terre ; alors on allait prendre un vurre de rhum à l'auberge du coin, songeant à recommencer à chaqne marché, car alors, Dieu merci, il n’y avait pas de police à Sorel...
Aussi, en se voyant, chantait-on gaiement, bravement de part et d’autre, le refrain :
Les gens de Sorel Ont l’hbras mortel ; Les gens d’'Maska Sont d’forts-à-bras !
Nous ne garantissons ni la poésie ni la pureté du langage du quatrein ci-dessus, mais c’est un vieil adage Sorelois et Mascoutin.
On eut une illustration de ces mœnrs bataïilleuses le cinquième jour de la susdite élection. Il y avait alors à Sorel, un Irlandais, James K....., qui avait débuté p’r être ped/eur dans les campagnes, et, finalement, s'était établi comme marchand à Sorel. Resté vienx gurçon et à force d'économie, il prospérait. C'était un homme fortement trempé et réconnu comme habile et solide boxeur. Lorsque les explications de ses comptes n’étaient pas très claires pour l'habitant qui s’endettait à son magasin, James portait la correction chez le: pauvre. diable en lui boxant les oreilles de main de maître et un verre de rbuin, après coups, ramenait la bonne amitié. Bref, il était la terreur des gens, mais on fréquentait son magasin parce qu'il n’y en avait pas d'autre, aussi généralement -fourni, qu'on ÿ avait à crédit, sauf au moment critique de payer une obligation avec intérêt que Mitre James laissait dormir jusqu’à ce que la valeur de la terre fût à peu près absorbée. Alors venait la poursuite ou un transport de l'immeuble et le malheureux Quenoc, comme l’Anglais appelait alors le Canadien-français;-ruiné, sinon désespéré, partait pour les pays d’en haut. 3
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Lequatrième jour de l'élection, maître James, qui était un {ory de la plus belle eau, bien que catholique. détestant profondément les Canadiensfrançais qu'il exploitait si bien, prenait une part très/active en faveur de Pickel et le bon rhum aidant, avait, ce jour-là, la langue fort déliée, un pur trop pour son bonheur, si bien qu’un jeune Canadien-français, Baptiste L....…, entendant ses insultes répétées ne put résister, la moutarde lui moutant au nes et il provoqua le fameux hoxeur. Vite le rond se forma : Fair play À fair play ! criât-on de toute part.
Le.joune homme met habit bas, précaution que dédaigna de prendre le vieux Æmmy, et la bataille commença.
l< premier coup de poing fut donné en pleine poitrine par Jimmy, un véritable coup de pied de cheval, criait-on, si bien que le vigoureux et brave jeune homme fut rejeté à trois ou quatre pas en arrière, mais il ne tomba pas, pourtant... "
Le rond s’élargit à la demande du jeune Baptiste et la bataille recommencçs. Jimmy ne put atteindre derechef le jeune homme, celui-ci lui ayant appliqué une couple de taloches en plein entre les deux yeur, endommageant notablement le nez de Jimmy d’où le sang s’échappait en abondance. Le jeune Baptiste continuait ses applications tout en évitant habilement les coups de son adversaire ; il tournait autour de Jimmy, sans que celui-ci pât l'atteindre. Jimmy lutta cependant, car il était brave et, du reste, il y allait de son honneur ; «a réputation de boveur était en jeu. mais après vingt minutes de résistance, il :Ilut bien que le malheureux Jimmy se déclarât vaincu et il partit honteux comme un renard qu’une poule aurait pris, mais ni le vainqueur, ni les sutres C::nadiens-français qu'il y avait là n’abusèrent de la victoire, mème en paroles. La leçon fut bonne, car ce fut la dernière partie de boxe de Jimmy à l'extérieur et à l'intérieur de son magasin. Tout le monde s'en trouva mieux, Jimmy compris.
Va sans dire que la réputation de Baptiste L...... le vainqueur de Jimmy K.... se répandit au loin et survécut au vaillant jeune homme qui, du reste, était, à part la bravoure, la franchise et l'honnêteté personunifiées.
Plus tard, il épousa une belle et. excellente femme, vécut heureux a’étant acquis des rentes et mourut sans enfants, respecté de tous. Jimmy mourut vieux garçon, laissant à un neveu un’ héritage opulent que celuici dissips en peu de temps... Farine du diable... disaient les médisants.....….….
Ce que nous venons de raconter se passait à la fin du cinquième jour de le votation ; on ne manqua pas de voter durant l'heure précédant la fermeture du p0/{ en sorte que la votation continua le lendemain, jour néfaste de cette élection qui se termina, ainsi que nous allons le voir, par le meurtre d’un patriote, Louis Marcoux.
* La bataille de la veille et la défaite de Jimmy, avaient, on le pense bien, fouetté le sang des Anglais et des Irlandais, lesquels sont, en ces occurencés, toujours unis contre les Canadiens-français ; bien que les Irlandais soient leurs coréligionnaires, ces derniers s'allient toujours et de préférence aux Anglais protestants et même aux Irlandais protestants, oran-
istes ou non, contre un Canadien-français, tant il est vrai que la parité u langage renferme de secrètes attaches et de puissance |
La votation reprit le lendemain et se continua lentement et paisible: mént jusqu'aux douze coups d2 l’angelus de midi.
Un gro:pe s'était réuni non loin du presbytère et on discutait vive:
ment entre autres choses le duel à coups de poing de la veille : au mriliers de ce groupe se trouvait au brave homme et un patriote, Louis Marcoux, bien connu »t &.imé de tous, lisant les rares gazette d'alors et conséquemment assez bien renseigné pour faire autorité.
Le groupe paraissait fiévreusement agité.
—Oh ! disait un orangiste, vous autres les Canayens, c’est toujours comme ça... Comme hier, pas de fair play... pourquoi Baptiste ne s'est-il pas batta comme un homme, au lieu de backer comme il l’a fait ?
—Oui, reprit un autre Irlandais, mais catholique : “Baptiste sheelait”” (ce qui a une signification malveillante dans l’argot du métier de boxeur).
—(Ça prend des gens omme vous autres les Irlandais, rétorqua Marcoux, pour wheeler...... quand vous êtes cinq Irlandais ensemble, il y en a trois, parmi, qui songent à trahir les deux autres... Ah ben ! oui !..…. oui ! !...… vous êtes tous pareils vous autres irlandais, anglais, et les orangistes cnt acheté votre parlement irlandais, mais vous ne réussirez pas à faire de même pour le parlement canadien... … À
C’en étuit trop, on se jeta sur le pauvre Marcoux, mais il tapait tant et si bien du poing et du pied que Isaac J , l’un des agressenr, sortit un pistolet et, aidé d’un autre qui empêchait Marcoux de frapper ou d'arracher l'arme des mains d’Isaac......... le coup partit et le malheureux Marcoux tomba inanimé. Marcoux avait tort de teuir ce langage, car il n'y a rien de meilleur qu’un bon Frlana:.. ; la race elle-même est supérieure à beaucoup d’autres sous certains rapports et elle n’est inférieure à aucune, se retrempant davantage, au vuet su du monde eniier, dans le creuset du malheur. Le brave Marcourx aurait volontiers proclamé ces vé-
l'expliquer.
La mine ahurie du père Antoine. se précipitant dans la salle À manger sons frapper, n'était pas rassurante...
— Vite ! Vite !...… M. le Curé !... Isaac... vient de tirer sur Mar- COUX... -… il l’a tué... il se meurt... il est mort... et pi... marmotaitil dans son trouble... … pas de médecin, le Dr H........ n’est pas éncore revenu de Québec... où Mine . vite, il faut que nous allions l’adminis-
trer AN LLLELA]
Et des larmes abondantes coulaient des yeux, et, nous pourrions bien le dire, du long appendice nasal, surnommé la roupie du Dre Antoine... Ajoutons que, sans le côté lugubre de la situation, on aurait éclaté de rire en voyant la binette du bonhomme. Mais il nous faut constater que le curé devint d’une pâleur livide, sortit précipitamment et s’empressa de faire transporter le:moribond au presbytère. Mathiläe et Julie se hAtèrent au chevet du‘lit sur lequel on avait déposé le malheureux Marcoux, le sang s'échappant en abondance de la tête, la balle ayant pénétré dans le crâne.
Les deux femmes, énergiques comme sont toutes les femmes lorsqu'il s’agit de soulager la souffrance, épongèrent le sang de leur mieux. Elles voulaient sonder la plaie béante, mais, voyant la gravité de la situation, le curé intervint, donna l’absolution suprême et il interrogeait le malheu-
ar Marrmotait- 8 éncore ’adminis-
ons bien toine.…...
sclaté de ater que 'ressa de se hAtè- Marcoux, tré dans
page il LL Elles ituation, malheu-
—C'est Isaac J.... Mais il ne put prononcer le dernier mot, la mort étant venue. L'éternité intervenait.
Le noble vieillard faisait impossible pour se contenir, mais il pleurait intérieurement, pendant que Julie et Mathilde, qui jusqu'alors avaient gardé leur sang-froid, sauglotuient.......…
Et le père Antoine, affolé, était parti sans rien dire pour avertir la femme de l'infortuné Marcoux, ce qu'il fit, on le prévoit, avec si peu de précautions oratoires, que la pauvre femme tomba comme inanimée ; de sorte que le bonhomme revint, avec la mine d’un fou, rendre compte au curé de sa nouvelle bêtise. Ce dernier s’empresra, sans. mot dire, de se rendre auprès de la malheureuse femme, tout en écartant le père Antoine, et procurant aux dames une aide efficace dans la personne du père Marcel... un brave canayen accouru au presbytère.
En arrivant chez la pauvre veuve Marcoux, notre bon curé vit un spectacle à fendre l’âme..….. la mère évanouie et le fils criant vengeance et cherchant une arme pour, disait-il, {ver les meurtriers de son père !...… oui... disait l’adolescent exaspéré, à peine âgé de quinze aus et seui enfant de Marcoux, je fuerai Jones... .et tous les meurtriers de mon père... je le veux !...… je le jure !...,,.…,
—Johnny, dit le prêtre, en s’adressant an pauvre enfant avec autorité ………….. Calme-toi ........ je te l'ordonne au nom de Dieu que je représente et de l’âme de ton père qui est au ciel, j'en suis sûr ! Sauvons ta mère. … et le vieillard, qui était grand et vigoureux, enleva le jenue homme qu'il déposa au pied de la chaise longue dans laquelle la mère s'était jetée évanouie..... À genoux, mon enfant, à genoux et prions Dieu! L’enfant se soumit avec respect.
L'Etre Suprême entendit et exauça la prière du vieillard et de l’enfant, car peu à peu la mère reprit ses sens, reconnut le prêtre ainsi que son fils, tous deux encore à genoux, et elle pleura.…...,. les larmes font du bien à l’âme et au corps, il faut le croire, car la pauvre femme fut comme subitenent soulagée et lorsque le prêtre lui dit :—Courage ma chère SŒUT comptez sur Dieu et sur moi, et bénissez votre fils qui rejonc à la vengeance qu’il voulait exercer, comptant sur la justice de
eu...
La pauvre mère se leva tout d’an trait, enlaça son fils, l’embrassa tendrement et se jetan* aux pieds du prêtre : Bénissez-moi, mon père... dit-elle avec ferveur et héroïsme. Ses larmes se .séchèrent et elle ‘dit stolguement : Viens, inon fils, allons chercher le corps de ton pauvre père !..…. :
—Non, dit lé Curé..……. Il n’en sera pas ainsi. Vous me rendrez heureux, ajouta-t-il, autant qu'on pent l'être en ce moment, en venant avec moi, ainsi que Johnny, de suite au presbytère. Ma Julie y est avec Mathilde ; elles vous consoleront et vous resterez chez moi jusqu'à ce que les derniers devoirs soient rendus à mon pauvre ami Marcoux..… ensuite nous aviserons. Le saint homme prit le bras de la pauyte femme, qui avait peine à se tenir debout et, accompagné de Johnny, on #< rendit au presbytère. Va sans dire que Julie et Mathilde accueilliren:. la malheurense veuye comme une sœur. À
On ne lui permit pas de:voir de suite le cadavre; vu l’ordre du curé qui remit l’entrevue au lendemain. Le fils resta sous la surveillance du père Marcel et la veuve sous les soins de Julie et de Mathilde, pendant que le curé se rendait en toute hâte à la place d'armes, où avait lieu la vo-
nom RER MÉRREE CES DS CR STONE LP STE y ut ter | LABS NUE | à Riboié doi dt Eat RAT DEAN OMR sc NS A PR ee AA A BUT D pe Lee a At AAA à see LI A «0 ‘y SA AE ED ac AL os LL MR RE RE A PEU M TAN RE A NE LQEe (7 N
AR a RE ANS de 5 PÉÉTÈPe Ve 2) vi, F AE 0 NME M , ; Lx
54 DRAMKS
tation. C’est aujourd'hui le Carré Royal alors dénudé, actuellement tout
planté d'arbre depuis 1857 et les années suivantes par les soins du maire d'alors (dont nous laissons au lecteur à deviner le nom) au point que c'est actuellement une véritable forêt en pleine ville faisant les délices des Sorelois et l'admiration des étrangers. pi
1 y avait foule et grande animation, lorsque le curé arriva À l’eudroit où se tenait le po/l.
Nous ne l’avons pas encore constaté ; notre curé était un homme de belle‘et grande stature, très distingué de manières, bien que plébéien, la distinction des manières chez certains hommes étant innés, n'en déplaise aux croyarts en la noblesse privilégiée ; il était admiré pour son savoir et respecté de tous les citoyens, catholiques et protestants. [l avait aussi le titre de grand vicaire, en sorte que les protestants le considéraient presque comme un prince de l'église catholique, et les titres sont toujours et pour tous, on le sait, imposants.
Dès son arrivée, on fit silence et tous se découvrirent, le vieillard ayant prêché d'exemple.
—Mes enfants, dit-il, en s’adressant aux catholiques présents, en face du terrible malheur que vous savez, je vous demande du calme. Pour éviter de lamentables complications, je vous prie de vous rendre à l’église de suite et nous prierons Dieu ensemble. Et s’adressant aux protestants en leur langue : Au nom de Dieu, que nous adorons tous, chacun suivant notre méthode, dit-il, je vous supplie de clore cette élection et de vous rendre chez le Rév. M. À... , votre ministre, que je vais voir aussitôt, et qui, j'en suis-sûr, m'aidera à calmer les esprits et vous induira, comme je vais le faire auprès de mes coreligionnaires, à clore cette élection.
Ces sages conseils, exposés avéc plus d’éloquence que nous venons de le faire, furent si bien compris, que protestants comme catholiques y obtempérèrent, pour ainsi dire, spontanément, sans mot dire... si ce n'ést le père Antoine, qui s’écria :
—Oui ! oui ! M. le Curé !.. Je n'ai pas voté... je ne voterai pas... non, jamais... je ne voterai:.c'est m....tles élections... on se bat à coup de poings et pi on se te à coup de pistolet... Pauvre M. Marcoux....Des larmes abondantes coulaient encore. comme toujours, des yeux et de l'appareil nasal alias la roupie de.ce badeau accompli.
. La demeure du ministre protestant (parsonage) était juste en face de la Place d'Armes (Carré Royal où on la voit encore aujourd'hui), au milieu de laquelle se tenait le poil, en sorte qu'en moins de temps que nous n’en employons pour écrire ce qui précède, le brave curé avait conféré avec le ministre protestant très instruit, philosophe en toute chose et ne dédaignant pas les biens de ce monde en attendant le bonheur éternel. lequel abonda dans le sens du curé.
Le poll fut clos, les catholiques se rendant à l'église pour prier, les protestants restant avec leur ministre et conférant avec ce bon sens et ce sang-froid inhérent à la race anglaise qui ne lui font jamais défaut dans la bonne comme dans la mauvaise fortune. é
On dormit peu on point, cette nuit-là, au presbytère, à l’exception - toutefois du père Antoine ; ses visites fréquentes à l’aubérge du père G.,
pour calmer ses nerfs. avaient eu pour effet de le faire dormir d'un sommeil de plomb. 11 n'en fut point ainsi des pauvres femmes et surtout de Julie Elle se leva le matin, les paupières rougies, un large cercle blenâtre se. dessinant autour. Les prunelles étaient étrangement dilatées.
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père G., un s0mrtout de le bleudilatées.
Ses lèvres avaient pâlies comme ses joues, donnant à sa chair l'apparence de lu cire. Son doux visage et sa voix étaient méconnaissables.. Ce fut en ce pitoyable état qu'elle se présenta au lendemain du meurtrede l'infortuné Marcoux, le matin, en l’étude du curé, juste au moment où celuici se prépail à sortir pour dire sa messe, et se précipitant à ses pieds; elle dit: -Ayez pitié de moi, 6 mon père, et elle s’évanouit.…...
be vénérable vieillard resta comme paralysé, mais la force. de l'âme étant égale à sa vigueur physique, il dit: O Jésus, pitié pour la pauvre enfant ! Et, la prenant dans ses bras, il la déposa sur .une chaise longue. Une minute-après, Mathilde et la veuve Marcoux arrivaient, et bien que fatiguées d’une nuit d'insomnie presque complète, elles furent en quelque sorte retrempées par ce nouveau malheur inattendu et auquel il fallait parer énergiquement, tant le bon Dieu a donné à la femme, sous son apparence et ses dehors délicats, des ressources infinies pour edurer et soulager la souffrance, compensant ainsi la virilité de l’homme ex établissant toujours et partout cette même compensation pour le bonheur du genre humain, lorsque nous sommes assez sages pour comprendre et profiter de la sublime harmonie établie par l’Etre Suprême !
Va sans dire que les bons soins des excellentes femmes comprenant la situation particulière que Mamzelle Sophie, on s’en rappelle, avait devinée, et agissant en conséquence, ranimèrent 7 lie, le curé ayant, du reste, dit la messe à son intention, et comme la iv: remue les montagnes, il ne doutait pas qu’à son retour l’état ‘'e la jeune femme ne fût rassurant.
Tel ne fut pas néanmoins le ca, car bien qu’elle fût revenue de sa syncope, l’état de Julie était, sinon alarmant, au moins précaire.
Le vieillard observa avec inquiétude que le regard de Julie était atone ; la chaleur et la vie qui ressortent des yeux, ces miroirs de l'âme, paraissaient s’être retirées. Cependant elle dit: Pardon, père, si-je vous donne tant d'ennuis.... je vous dirai tout... plus tard...
* Les deux femmes et le prêtre la calmèrent de leur mieux: Ce ne sera rien... nous allons avoir le docteur qui donnera un réconfortant et tout sera dit. À ce mot de docteur, Julié perdit de nouveau connaissance, ce qui, constatons-le, alarma vivement le vieillard, mais il se contint.
Les sels anglais que Mathilde fit respirer à Julie la ranimèrent, et on résolut de la déposer dans son lit et de faire venir le médecin de Berthier, le Dr M... car on 8e rappelle que le père Antoine avait constaié, lors de l’assassinat de Marcoux, que le médecin de Sorel, l'amoureux de Julie, n'était pas revenu de Québec, et bien que le Dr M... de Berthier, fût un jeune horhme, son intelligencé avait percé et on le recherchait de partont. Ï1 avait, du reste le patronage du curé G.…… un vieux missionnaire de la Baie-des-Chaleurs et un saint homme, bien qu'on l’accusât eu petit comité d’avoir l'esprit un peu voltairien, ce qui ne signifiait pas qu'il était de l’école de Voltaire, mais‘qu'il avait beaucoup d’esprit et de philosophie, !.
Le jeune docteur accourut à l'appel, et fut frappé de: l’état.de Julie. Le regard inquisiteur et exercé du médecin intelligent, et instruit, el disons à l'honneur de la profession que l’exception est rare, est sans réplique. Îl comptit que l’état de Julie n’était pas alarmant quant au physique, mais il comprit aussi que le moral était affecté, et gravemont, en homme sage, il comprit également que ça n’était pas le moment de s’enquérir des causes de la maladie morale : il fallait aller au plus pressé, soigner l'enveloppe, et os tard scruter l'âme. Aussi rassura-t-il Mathilde,
a veuve Marcoux et le grand vicaire, en disant à Julie : Madame, ne vous
alarmez pas, votre situation n'offre rien qu'on ne puisse contrôler avec des soine et de l'amitié, et vous êtes entourée de tout céla. Ainsi je vais laisser une potion à ces dames et dans deux ou trois jours, il n’y paraîtra rien Ce que vous avez à faire est de vous reposer, ne pa: fnager mes toniques et je reviendrai après demain, en sorte que-votis VOYPr, à bile médecin, que je n’ai pas d'inquiétude, car ‘après demain je suis bien sûr qu'au besoin vous seriez la garde-malade de toute Ia miaïsonnée...… ulie sourit gracieusement, mais en fidèle chroniqueur, nous pouvons
ajouter qu'elle pleura intérieurement.
En tous cas, le brave curé fut immensément soulagé, on le comprend, et les pauvres femmes aussi, mais, comme on le verra, leur pénible tâche n'était pas terminée. d er
Les funérailles du pauvre Marcoux furent celébrées avec une triste solemnité. Les adversaires même des patriotes y assistèrent en grand nombre et paraissaient profondément émus.
La pauvre veuve retourna à son domicile avec Johnny, après s’être tous deux mis à genoux pour recevoir la bénédiction du vénérable Grand Vicaire. Elle vendit son mobilier et se rendit .ayec son fils unique aux Trois-Rivières, où elle avait des parents. Et, histoire de la vie réelle, un an après, elle épousa un brave homme nommé Jean Beaudry, boulanger, comme l'était Marcoux, et vécut heureusement autant qu'on peut l'être en ce bas monde, avec son nouvel époux qui n'avait pas d'enfants, et son fils qu’elle adorait. Il existe encore des vieillards à Trois-Rivières qui se souviennent de ce gros garçon jofflu, au teint rose, le bon Johnny, comme on l’appelait, le fils de |. rh qui, disait-on, serait monté à l’échafaud en 1837-88 s'il n'eût pas été lAchement assassiné, tant son patriotisme était ardent et tant il est vrai de dire qu'il y a, en ‘ces temps d'ébullition pour la conquête de la liberté, des dest’nées au martyrologe.
evenons à notre héroïne : son état n’était pas rassurant—une fièvre soudaine empourprait ses joues, puis son. visage devenait pâle et immobie, marmoréen, et dans ses moments de répit l’attrayant sourire qui embellissaït sa physionomie ne se dessinait plus sur ses lèvres, dont la belle teinte rosée avait disparu.
Cependant le médecin était revenu ; voyant son état, il résolut de l'interroger, mais prudemment et en présence du curé, car il avait remarqué ces mots mystérieux que le vieillard lui avait rapporté, lors de la syncope de Julie : “ Père... je vous dirai tout...” Après en avoir conféré, le vieux médecin de l’Ame et le jeune médecin du corps résolurent de résoudre l'énigme, non par une vaine curiosité, on le comprend, mais dansé l'intérét de la pauvre enfant.
: On se rendit dans la chambre de Julie, et Mathilde, avec ce tact exquis dont certaines personnes sont douées, salua gracieusement les deux hommes, dit une bonne parole à Julie, étendue sur une chaise longue, et disparut, comme une ombre. LR 1
=36 réviens vous Voir, Madame, dit le jeune médecin, pour la deuxième fois aujourd'hui, parceque ne pouvant retourner à Berthier ce jour, je ne puis pas, ajouta-t-il galemment, en souriant au curé, passer mon temps ‘en plus agréable compagnie. Julie fut, disons-le, en charmante
fille d'Eve, flattée du compliment, ct elle rémercia d’un sourire des plus
B£SesT
muA1200
er avec je vais paraîtra r.mes kit l’hsuis bien T-PRTTE Jouvons
mprend, le tâche
ne triste n grand
rès s'être le Grand ique aux éelle, un ulanger, l'être en t son fils Ai se souomme on afaud en sme était ion pour
ne fièvre immobi- » qui emt-la belle
ésolut de it remarors de la voir conésolurent end, mais
2e tact exlés deux longue, et
r la deuxér.ce jour, asser mOn harmante
e des plus
gracieux, ce qui-amena un bou gros rire du curé, qui dit :—Oh! oh! la <orde sensible... ‘et, du reste, ça n’est pas même un péché véniel d’aimer les compliments, quand ils sônt si bien tournés ét À si bonne adresse. Cette fois Julie dit :—Oh, père... père, toujours bon ; comme j'ai hâte d'être rétablie pour remplacer la tristesse inetplicablé qui me domine et qui vous affige, je le vois, par ma gaieté ordinaire, qui paraissait vous réjouir, ce qui me faisait tant de hien à moi aussi.
—Mais, madame, se hâta de dire le jeune médecin, ce n’est qu'une question d'une journée ou deux, ét mon ordre est déja donné, j'ai prescrit an bain du radieux soleil da printemps comme solution finale. Votre situation particulière, les émotions douloureures de ces dernicrs jours, expliquent votre état uervenx.—Oui, dit le curé, c'est si Vrai.que tout ça date de cette nuit d’insomnie, suivant le meurtre de ce pauvre Marcoux, et alors j'ai compris que tu avais eu le cauchemar, et.tu m'as dit, il me semble, que tu me raconterais cela, et c'est surtout en présence du médese qu'il faut toujours renseigner à l'égal du confesseur, que tu dois t’expliquer.
st vais le faire, père, dit Julie, retrouvant soudain toute son énergie, ce qui fit rayonner de joie l'intelligente physionomie du jeune médecin qui, grâce aux précautions oratoires allait, sans effort, et le plus naturellement du monde, tout savoir, il le prévoyait et s'en flattait, sur l’état moral de son intéressante malade. C'était là Le diagnostic important.
—ÆEh bien ! reprit Julie, la nuit du malheur de la pauvre madame Marcoux, fut pour moi horrible, Je ne dormis pas à vrai dire, mais je sommeillai presque tout le temps. Un sommeil si lourd et si pénible que j'en frissonne encore, en songeant à ce que j'éprouvais.
—Je voyais mou mari malade... bien malade... et seui à notré demeure... Il m'écrivait des choses affreuses....… incohérentes.. qu’il m’abandonnait ne me verrait jamais... qu'il m’aimait et m'aimerait toujours, mais que nous ne nous reverrions plus jamais... jamais en ce bas monde, et puis à force d'efforts pour me débarrasser de ce terrible cauchentar, je m’éveillai, toute en transpiration ayant à la fois chaud et froid. Je songeai d'abord à me lever, mais l’idée de déranger qui:que ce soit durant cette nuit néfaste me retint au lit... le lourd sommeil me revint, et ce que je vis cette fois, était mille fois plus horrible encore... Môn pauvre chéri m'appelait d'une voix lamentable... il était aux prises avec un assassin qui l’étranglait...…. il se débattait sous l’horrible étreinte ....… après une lutte qui, dans mon rêve, me parut durer longtemps...
‘longtemps... si bien que ne pouvant réussir complètement à étrangler
tion mari, le mis£rable assassin l'acheva d’un coup de pistolet
Julie allait continuer son récit, mais s'’apercevant qu'elle pâlissait.affreusement, le bon pere l'ui dit pour lui redonner du nerf : Tu voistbien, mwa chère Julie, que ce sont là des hallucinations résultant de la malheureuse affaire Marcoux .….. tu avais appris les coups de poing de la veille ; tu afeis entendu, comine moi, au diner, le coup dé feu ; tu as vu ensuite moû pauvre ami. Marcoux ensänglanté ; tu as été assez bonne et courageuse pour épongér, avec Mathilde, la plaie saignant abondamment, et que tü voulais panser lorsque j'administrai le moribond..... C'est la réalisation de’ ton rêve. car to. bon cœur te mettait à la place dé Ja pautre veuve Marcoux”..... et nôtre saint autant que clairvoyant ministre de Dieu allait continuer, dpi Julié qui'avait écouté attentivement, le regard étincelant et fix6 sur le curé, s’écria :—Ah ! non père !...... père...
66 DRANES l'assassin de mon cher mari, était le Docteur …. Et elle s'évanouit, sans moi prononcer le nom, dur Le jeune médecin qui avait tout suivi, s'identifiant pour ainsi dire d'u avec sa de plus en plus intéressante malade, fut soudainement frappé d’une ave inspiration, l’éclairant sur l'état moral de Julie: mais sans dire un mot, ih Ju s'empressa de lui donner les premiers soins ; on manda Mathilde et Julie cati fut trausportée dans sou lit, déshabillée, et le médecin prescrivit un repos vis absolu jusqu'à nouvel ordre.
Le vieillard en entendant ce mot de Docteur... puis en voyant l'é- l'af tanouissement répété de Julie à ce mot, devint on ne peut plus perplexe, rac
mais fortement trempé au moral comme au physique, philosophe reliieux, en même temps qu'esprit cultivé, sans souter tron de foi aux rêves, il croyait aû rapport des esprits sur cette terre, mais il croyait davantage
à l’union des âmes et aux communications entre elles, soit au moment où - elles s’émancipent de leur enveloppe pour comparaître devant l'Eternel, soit lorsqu'elles ont subi leur dernière destinée en présence et sur l’ordre ma du maître absolu, et du juge supérieur de toutes choses en ce monde et | eu l’autre. uar Cette croyance mystique est partagée par nombre de personnes, et . hui nombre d'exemples sont cités à son appui. on Lady Dufferin, par exemple, raconte que lors de ses voyages au Nord- uot
Onest, une de ses filles de chambre, toute affolée, lui redit un matin, un affreux rêve de la nuit précédente. Elle avait vu son fiancé se noyant, et il était alors à une distance si éloignée, que la pauvre fille n’avait pu et ne pouvait communiquer avec lui qu'après plusieurs jours, n’y ayant aucune communication télégraphique ou par chemin de fer. Quel ne fût pas l’étonnement de Lady Dufferin et la douleur de la pauvre fille, lors: ue, quelques jours après, parvint le récit, cette fois réel, de la triste fin u fiancé de cette dernière, qui avait péri absolument de la manière qu’elle l'avait va dans son rêve et qu'elle l'avait raconté à sa maitresse. Fréchette, notre poëte lauréat, a raconté il y a environ deux ans, dans au les colonnes de La Patrie, une aventure analogue de son ami Leduc—et l’auteur de cette véridique histoire a alors fait à notre poëte national le récit de ce qui lui était arrivé à lui-même, il y a près de trente ans. Durant un court sommeil, après un déjeuner de noce, à Montréal, entre deux et trois heures de l'après-midi, il avait rêvé que deux de ses employés, Moisan et Laforge, s'étaient noyés à Sorel, et il raconta aussitôt Pafireux rêve aux membres de la famille, sans toutefois y attacher d'importance, sauf la douloureuse sensation qu’il en éprouvait. Quelle ne fut pas sa stupeur, lorsque, le lendemain matin, il rencontra à Montréal, un ami venant de Sorel, qui lui apprit l’affreux malheur révélé la veille, durant son soinmeil !
N'est-il pas naturel de croire qu’alors il puisse y avoi, et qu'il y ait communication d'âmes par la volonté de Celui qui les a créées toutes pour vivre éternellement. Éinsi n'est-il pas naturel de croire que les âmes. de ceux qui nous étaient si chères sur cette terre, envolées au ciel; par-une
permission divine, peuvent communiquer avec les vivants ?
si dire d’une mot, ib , Julie repos
int l’érplexe, re relirêves, antage ent où terne), l’ordre »nde et
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À qui donc, ajoutons-le, n'est-il pas arrivé dans un temps de misère noire suivant une période de prospérité relative, on au milieu d'autres dures épreuves, de revoir durant le sommeil l'image vivante d'un père, : d'une mère, d'un protecteur, d’une épouse où d'un époux, lui apparaître avec des paroles pleines de consolations--at d'avis salutaires ! Éh, pourquoi ne pas attribuer cela à l’infinie bonté de Dieu ? Quelle autre expli- <ation pouvons-nons trouver à ces rapports des Ames et des esprits, à ces visions mystérieuses et qui se réalisent ?......…
Quoiqu'il en soit de notre mysticisme, il n’en est pas moins vrai que
l'affreuse vision de notre héroïne fut une réalité, ainsi que noue allons le raconter.
Plus d’un mois s'était écoulé et Julie n’avait pas de nouvelles de son anari qui, avait-elle dit au curé, devait venir la rejoindre à Sorel.
Cependant, en raison des événements que nous avons racontés et prenant en considération les leuteurs du transport de la malle, dûe tous les huit jours en temps ordinaire, mais irrégulière, à cette saison de l’année, on ne s'était pas alarmé plus que de raison au presbytère du manque de uouvelles du mari de Julie, resté, comme nous l’avons dit, à Québec.
Ce qui alarmait davantage le bon curé, était l’état de santé de Julie et ses mystérieuses défaillances physiques et morales. Après sa dernière syncope et lorsque le docteur lui eût donné les soins voulus, pendant que Julie reposait apparemment d'un sommeil réparateur, d’après le dire de Mathilde, le Grand Vicaire et le médecin, avaient allumé leur pipe et causaient anxieusement cherchant le mot de l’énigme.
On en était là et les douze coups de minuit venaient à peine de sonuer, lorsqu’ou entendit dans le calme de la nuit le bruit des sabots d'un cheval sur la terre gelée, un temps d’arrêt, et presque aussitôt trois coups au marteau en cuivre de la grande porte d'entrée du presbytère.
Le grand vicaire s’empressa de prendre l’une des deux bougies qu’il y avait sur la table, en disant au jeune médecin : “ C’est pour vous ou pour moi, peut-être pour les deux, que l’on vient. Je vais ouvrir ” ; et il descendit l'escalier d’un pas plus rapide que ne le. font ordinairement les vieillards, ayant pour ainsi dire un mauvais pressentiment : Un malheur eu amène un autre, marmotait l'excellent homme.
.: Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’en ouvrant la porte, il aperçnt, dans le clair-obscur que faisait sa bougie, une figure tout à fait étrangère et une physionomie tourmentée.
Sans pour ainsi dire en attendre l'invitation l’homme entra et dit nerveusement : ‘* Pardon M. le curé... je suis pressé... Voici une lettre
talité ici, mais ça créerait de l’émoi et nous avons une malade à Ia nraisorr. Allez à l’aubérge du père G...... qne je vais rous indiquer et que vous trouverez aisément, et demain avant-midi, j'irai vous voir, car étant connu des dames qui sont ici, il ne faut pas qu'elles vous voient et ne dites pas nou plus à l’anberge d’où vous venez, pourquoi vous venez, nom plus co qe vous savez qui s’est passé. +
—Je serai discret, ft le messager, et d'autant plus que M. le curé m'a recommandé de ne parler de rien à qui que ce soit le long de ma route et c'est ce que j'ai fait, en sorte que je suivrai votre ordre.
— C’est bien, mon ami, reprit le prêtre, je ne vous ofire rien, mais vous trouverez tout le confort possible à l'auberge... partez sans le moindre bruit... bien le bonsoir... à revoir et encore une fois, mofus.
—Oui.... oui. lui fut-il répondu. et la porte fut ouverte et fermée sans le moindre bruit, la conversation ayant aussi eu lieu à voix basse et fort discrètement ; le tont cependant n'ayant: pas complètement échappé à la bonne Mathilde qui veillait maternellement au chevet de Julie.
En quelques mots, l'intelligent vieillard mit le perspicace jeune médecin au courant de Ja situation et sans même cette fois prendre la peine de rallumer sa pipe, ce qui dénatait une grande anxiété, on ouvrit la let-
tre du curé de... Elle était lougue, pas moins de dix pages d’une écriture serrée mais très lisible. Nous nous contenterons d’en faire le résumé : Le curé de... disait à son collègue que le mari de Julie était reve-
nu seul chez lüi, ce qui parut étrange à tous, car au village canadien tout ce qui bouille dans la marmite du voisin est connu de tous et on savait bien l'itinéraire de Julie, de Mathilde et de sou mari, même jusqu'aujjour de leur retour, en sorte que l’arrivée soudaine et isolée du mari de Julie causa une surprise générale. Ce fut bientôt le sujet de toutes les conversätions encore alimentées par deux ou trois commères du village, disonsle en fidèle chroniqueur que nous nous flattons d'être... Qu’une de ces commères colportait, par exemple, à toutes les portes, que singulièrement, le mari de Julie avait soudainement vieilli, que son front était affreusement ridé...... que ses yeux étaient caves... que son regard était celui que l’on rencontre chez les fous... que les pommettes rouges de ses joues faisaient une sinistre tache sur le reste de son visage pâle et amaigri...... que ses cheveux, chez uni jeune homme comme /ui, ajoutait la bonne femie, laissaient voir de nombreux fils d'argent de même que sa barbe qui avait blanchi... enfin qu'il avait la mine d’un condamné... ou d'un quelqu'un qu’un noir chagrin mine... tue... et, cherchant vainement le pourquoi, la respectable commère était allée s’épancher au presbytère. Le curé, qui n’avait pas yu le mari de Julie depuis son retour, avait écarté la bonne femimé et tout noté. sans rien dire, jugeant inutile d'essayer de mettre un frein à son flux de paroles,
Il racontait cela par le menu à son collègue de Sorel et il ajoutait que, durant la troisiène nuit de l’arrivée du mari de Julie, il fat trouvé mort au pied du grand escalier de la maison. Durant la journée, il avait dit à ses domestiques, un homme et une femme logeant dans le fournil (appar-
* seménts attachés, mais distants du corps principal de la maison) que si on venait durant la nuit pour des malades de ne pas le déranger, car, malade lui-même, il avait besoin d’un repos absolu.
Purant cette nuit néfaste, on n'avait entendu aucun bruit, mais on avait rémarqué de la lumière tard dans la nuit à l’office du jeune médecin
sans toutefois prêter beaucoup. d'attention, et finalement:les deux bons
aisOtr.
e vous t cone dites x plus
tré m'a onte et:
d, Mais 8 MOIN-
fermée asse et.
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ne méa peine t la letne écriésumé :
it reveen tout
savait aujjour le Julie converdisouse de ces rement, ffreuseit celui es joues l'IE ne femrbe qui ou d'un nement sbytère.
ait écaressayer
ait que, vé mort ait dit à (apparue si on malade
mais on médecin ux bons
serviteurs s'étuient endormis et reposaient comme on le fait dans nos campagnes, c'est-à-dire qu’à moins d'agir comme si ou voulait démolir partie de l'établissement on ne parviendrait pas à éveiller les heureux dormeurs.
Lorsque le corps de l’infortuné mari de Julie fut trouvé, ainsi que nous venons de l’apprendre, il se faisait tard dans la journée, .c'est-à-dire que, n’entendant en ne voyant rien, les deux serviteurs furent inquiets étant passé onze heures... [ls eurent donc recours au gros marteau cloué à la porte principale, frappant discrètement d’abord, un peu plus fort... beaucoup plus fort... mais le silence seul répondant, ils s’alarmèrent et coururent au presbytère pen distant, pour -conférer avec M. le curé. Ce dernier vint à la rescousse et ses tentatives restèrent également infructueuses, On résolut dé forcer la porte, mais machinalement le curé fit tourner la poignée et la grande porte s’ouvrit d'elle-même n’étant pas barrée à l’intérieur.
L’étonnement fut considérable, mais quels ne furent pas la stupeur, l'horreur et l’effroi du curé et des deux serviteurs lorsqu'ils virent, au pied du grand escalier de la maison, le mari de Julie étendu horizontalement sur le plancher, tout habillé, un pistolet près de sa main droite et baigné dans une mare de sang.
—Vite ! vite !.... dit le curé... allez quérir le médecin ; et le miaistre de Dieu se préparait à donner l’absolution ix extremis lorsqu’il constata que le mari de Julie n’était plus qu'un cadavre … Depuis plusieurs heures, l’âme avait dû s’en échapper... L’excellent homme, resté seul, versa d’abondantes larmes et, bien qu’encore atterré, il reprit son saugfroid à l’arrivée du vieux médécinu du village et des deux serviteurs. On retint l’homme, enjoignant à sa femme de ne rien dire et on s’enferma dans la mu:son. dr
—Sommes-nous en présence d’un suicide ? dit le prêtre... —C'en a tout l'air, répondit le vieux médecin qui comme le curé constata que la mort datait de queiques heures.
On transporta lé cadavre sur un lit ; le médecin remit le pistolet au domestique, lui enjoignant de le mettre en lieu sûr, puis on procéda au déshabillé et à l’examen du cadavre.
La balle ou le projectile, avait pénétré dans la tempe droite, était restée dans la tête et d'après la manière dont le pistolet était placé, on pouvait augurer que le malhéureux avait laissé tomber l’arme dés que le coup fatal l'eût atteint, en sorte qu'il y avait, de prime abord, lieu de croire à un suicide.
Cependant, en procédant au déshabillé du mari de Julie, le vieux médecin avait remarqué certaines marques de violence à la gorge, mais il a’en dit rien tant que le corps ne fut pas complètement mis à nu, soigneusement lavé et recouvert d’un drap blanc.
L'examen du cadavre révéla d’étranges choses, Le: vieux médecin démontra clairement au curé que le mari de Julie avait succombé à la
- Strangulation opérée par la pression des doigts sur le larynx ; les marques
paraissaient nettement. Le mari de Julie n’avait pas pu s’étrangler Inimême, car, outre l’invraisemblance de la chose, les mains qui avaient opéré devaient être longues, dures, des mains de fer, disait le vieux médecin, et les mains de la victime avaient la délicatesse de celles d'une femme. Le vieux médecin et le curé notèrent particulièrement ces empreintes, et les gravèrent, pour ainsi dire, dans leur mémoire. Et, singulière-
ment, de rouges qu'elles étaient, ces marques étaient devenues de plus en plus violacées, par suite du refroidissement du corps, ce qui, dit le vieux docteur, indique la mort par la strangulation.
Le fait est que le vieux docteur comprit que l'assassin avait entouré
‘le cou du mari de Julie, le bout de ses doigts rejoints par derrière et les
pouces réunis par devant, au niveau du larynx, sur la partie suéprieure de la trachée-artère, ses mains opérant ainsi comme un étau, le cou au milieu. La théorie parut indéniable au curé, homme instruit et, comme nd plupart de nos prêtres, ayant‘ des connaissances générales en toutes choses,
L'assassin ajouta l’inteiligent curé, pour être cûr de son œuvre diabolique et pour dr la justice, aura déchargé l'arme après la strangulation opérée et il l'a déposé près de la main droite de la victime afin de faire croire à un suicide.
tout aujourd’hui mille fois raison encore car l’usage, sinon l’abus de la morphine, du chloral, même chez le beau sexe, dans les cités surtout, est devenu, au rapport des gens renseignés déplorable à tous les points de vue.
Ayant laissé le cadavre sous la garde du domestique, le prêtre et le médecin visitèrent la maison : aucun désordre nulle part. Puis ils se rendirent au bureau du mari de Julie. Une bougie avait brûlé jusqu'à la mèche et s'était éteinte faute d'aliments ; cela était apparent. Sur la table un flacon de rhum aux trois quarts vide, et, à côté, de la morphine, puis une jolie cassette ouverte remplie de papiers soigneusement arrangés, et sur la table, des feuillets épars. Le -curé, sans toucher à la cassette, rassembla les feuillets épars sur la table et les examina.
L'écriture était du mari de Julie et le contenu de ces feuillets, écrits de façon désordonnée, remplirent de. stupeur les deux hommes. Le mari de Julie racontait ses chagrins ; ce qu’il disait, en somme, dénotait la folie, le délire. Il protestait de son amour pour sa femme, mais paraissait possédé du démon de la jalousie ; le tout exprimé de la manière la plus ab-
surde, mais également navrante.
Il avait, disait-il, rencontré à Québec le Dr.———, de Sorel, qui lui avait dit que Julie aurait dû et devait être sa femme ; qu’il avait même osé la calomnier atrocement.….. mais le malheureux ajoutait que, lors de
ces révélations, il était dans un état tel, que, vraiment, il ne pouvait se
rendre compte de ce qui s'était passé. Mais il avait voulu tuer l'infâme.... celui-ci, plus robuste, l'avait terrassé, et il. s'était enfui...... Cela confirmait en partie ses soupçons, non sur la vertu de Julie, uon ….. jamais,
mais l’idée fixe qui le hantait que le cœur de Julie ne lui avait pas tou-
jours appartenu, et ce depuis les révélations des papiers trouvés dans la
— cassette (et il racontait ce que nos lecteurs savent à ce sujet), cela le rem-
plissait de telles angoisses, le rendait si malheureux, que la vie devenait pour lui insupportable..….., il ne se suiciderait pas, disait-il, car ce crime evait être impardonnable aux yeux du Créateur ; le bon Dieu, disait-il,
d d si d P q RT a P tt b
us en nous ayant donné la vie, a seul le droit de la reprendre, Mais il disait et vieux répetait positivement, quoique d'une façon incohérente, que jamais Julie ue le reverrait en ce bas-monde .…….….. qu'il s’en irait . Là finissait touré l’épanchement rempli d’angoisses effroyables, mais il avait ajouté... --On et les frappe à ma porie |... Qui peut venir à cette heure malgré mes ordres, ieure à deux heures du matin ? J'y vais cependant ou au —Evidemment, dit le vieux médecin, après une lecture attentive de >m me ces écritures du mari de Julie, dont nous venons de faire un court résuoutes mé, la plus grande partie étant inintelligible, le pauvre homme était ivre, 1 sa tête tournait, et c’est dans cette situation qu'il se rendit à la porte pour liabo- l'ouvrir. L'assaasin dût, ajouta-t-il, lui apparaître comme un spectre, et, gula- en bien peu de temps, le crime a dû être consommé. > faire Mais quel était le mobile du crime ? Pas le vol assurément, car rien ; n'était dérangé dans la maison, et le meurtrier n’a pas même, dans son je Im- trouble, songé à sortir par une fenêtre, en mettant la porte sous clef 1a au- —Mystère ! dit le vieillard...
faites . —Mystère horrible ! répéta le bon prêtre... Que faire ? rphi- —AÀ vertir les autorités, dit le vieux médocin, sans perdre de temps. nfrère Tout ce qui précède, on le comprend, est tiré de la lettre du curé de XXX à celui de Sorel. Il ajoutait que l'autopsie avait été faite, que les PEesu.. dires du vieux médecin avaient été confirmés par l'examen interne, les t sur- désordres causés à ‘l’intérieur répondant exactement aux marques de la de la strangulation à l'extérieur ; le mari de Julie était, d’après la science méat, est dicale, évidemment mort étranglé, et le coup de pistolet n’avait été que e vue. pour la forme et dans le but de faire croire à un suicide. e et le ; Le bon curé ajontait que les obsèques avaient eu lieu tristement, et e ren que la justice s’enquérait. Un étrange personnage qu'il decrivait u'à la - soigneusement, avait été remarqué la veille du meuürtre, le soir, la ta- au village, et était Maps le lendemain matin au point du jour, son court phine, passage n’ayant pas de but reconnu. Les autorités allaient agir. En atangés, tendant le résultat, il avait cru bien faire en adressant, à part ces lugussette, bres détails, une lettre pour l'information de la jeune femme. Cette lettre comportait que le mari de Julie était revenu seul et malade. Rien de écrits plus, à ‘part la forme sympathique. C'était la vérité ; ce n’était point > mari toute la vérité, mais ça n'était pas un mensonge, et c'était surtout une à, folie, charitable et sage inspiration.
It posus abqui lui même La lecture de la longue lettre que nous venons d’analyser avait con ors de firmé le Grand Vicaire et le médecin, ce dernier surtout, dans la croyance vait se qu’il y avait au fond, dans tout ce qu'ils avaient vu et entendu, un mysame... tère d'amour. à confir- Dans la description du sinistre personnage faite par le curé de XXX rte au Grand Vicaire, celui-ci avait reconnu la binette de son ex-ami le doc- F4 le teur, de Sorel, nous disons ex-ami avec intention, car, à la surprise Pis du curé, depuis le mariage de Julie,: il avait tout à coup cessé et n'avait Free jamais repris ses visites jadis assidues au presbytère, bien que, le bon pré-. venait tre se l’affirmait à lui-même, il n’eêt pas. fourni le moindre prétexte à cette … enit il froideur soudaine entre deux compatriotes, deux coréligionnaires et deux
homms:s dont la liaison se resserrait davantage par une érudition mutuel: -
‘ DRAMES Le // le,ce qui, dans les petits centres, constitue una: réssource inappréciable d: / au dire de ceux qui, ainsi situés, en ont fait l'épreuve. et La longue absence du docteur XX, de Sorel à Québec, juste au mo- el ment de l'arrivée de Julie à Sorei ; sa présence indiscutable à XXX où m demeurait le mari de Julie ; sa réncontre avec ce dérniér à Québec ; les écritures du mari de Julie ; les angoisses de cetté dérnière révélées au fi curé, au sujet de l’état ds santé—au physique comme au moral—de son fa mari ; et ajontons, {he last but not the least, les visions mystiques de Julie à telles que révéléés par elle, son dernier évanouissement après le prononcé
dés mots ‘ c'était le doeteur !”” sans avoir pu continuer, tout indiquait qu'on était e4 présence d'un crime réel et horrible.
—Il y a de ces passions d'amour inexplicables, comme dans le cas ac- il tuel, disait philosophiquement le jeune médecin, chez ün homme de l’âge » et du tempéramment de mon confrère, qui fondent sur lui soudainement, fatalement, et dont le désir incontestable d’assonvissement mène au crime.
On en était là sur les conjectures, et il était, sans que l’on s’en dou- * tât, près de trois héures du matin, lorsque Mathilde, une bougie à la :nain, vint frapper moins discrètement que d'habitude à la porté où se trouvaient les deux hommés, et elle ouvrit même sans attendre la solennelle réponse :
# Entrez." Elle était d’une pâleur mate, avait les traits tirés, dénotant la fatigue et l'inquiétude.
—Venez vite, docteur, dit la pauvre femme... Julie est très mal... Ê Jé n’ai pas voulu me reposer, pas plus que vous déranger plus tôt... mais J'ulie est réveillée, et il se passe quelque chose d’étrange..…. venez vite... vite...
— Allez seul, dit le Grand-Vicaire ; j'augure que c’est vous et non moi qui devez en ce moment être au chevet de Julie. ve
Le jugemerit' du vieillard était bon ; le médecin le comprit à demi mot, et arrivé auprès de Julie, il vit clairement la situation : elle n’était autre que la fid! :rématurée de l'état que Tante Sophie, on s'en rappelle, avait deviné luis du passage de Julie à Trois-Rivières. A
Le Graaä Vicaire, de plus en plus anxieux et troublé, avait, en rallumant sa pipe, trouvé un calmant, et il atténdait patiémment le retour du jeune docteur, ce qui eût lieu une demi-heuré après environ.
Eh bien ! dit le vieillard ?.…
—Vous avez un regard d’aigle, réponuit le jeune docteur... ; toutes les émotions des derniers jours ont amené un résultat pénible mais naturel, et avancé la situation de la jeune femme, qui vivnt d'être délivrée, sans trop de souffrances, d’un enfant avant terme et mort-né. Tout ce qui arrive est pour le mieux, disait sententieusement mon: grand-père lors des plus grandes contrariétés, ajouta le jeune docteur avec un'triste sourire ; . c’est ainsi que la situation actuelle nous donnera le temps nécessaire pour
préparer la jeune femme aux terribles révélations que vous'atirez à lui faire. :
—Oui, dit le Grand Vicaire, que le bon Diet soit béni toujours, partout, en toutes choses ! Il m'inspirera, et ma pañrre chère Julie sera sauvée..... et une grosse larme s’échappa et tomba sur la main du vieillard, Fr de AN rosée céleste du matin tombe sur la‘ branche du vieux chénée !..... , 4
Le jeune médecin en fut vivement affecté, et dit au vieillard : Je suis dahs mon rôle et dans mon droit en prescrivant. Allez vous reposer M.
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1 Mo- X où : les es au le son Julie noncé quait
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Ts, parbra saujeillard, nu vieux
Je suis oser M.
Le Grand Vicaire ; je vais voir à remplacer Mad. Mathilde —qui a besoin de repos aussi— par votre vieille Madeleine qui est à la veille de se lever, et je m'étendrai sur ce canapé, non loiu de la chambre où repose Madame, en sorte qu'au besoin rien ne manquera. Du reste, ajouta-t-il, rien d’alarmant jusqu’à présent quant à l’état physique.
Le vieillard était trop sensé pour trouver à redire à ces sages avis, et il savait d’ailleurs que le lendemain lui réserrait une forte tâche qu'il lui faudrait remplir, et que perdant quelques heures d’un bon sommeil, à son âge, malgré sa vigueur physique et son énergie morale, la pauvre machine humaine se détraque vite.
En serrant le main du jeune homme, le vieillard dit en souriant tristement : Je vais faire comme Bonaparte à la veille d’une grande bataille : il s'enveloppait dans son manteau et dormait en plein champ. Je vais m'en velopper de ma grosse soutane d'hiver et reposer sur ce canapé...
Les avis'et les ordres du docteur furent donc transmis et suivis à la lettre, et on dorrait ou plutôt on reposa plus ou moins au presbytère jusqu’à huit heures du matin ; le sant prêtre était toutefois, à cette heure, rendu à l’église, disant la messe, le père Antoine agissant comme servant et ignorant les grands événements qui se passaient au presbytère, le bonhomme s'était couché à neuf heures précises, et ayant consciencieusement dormi jusqu'a cinq heures (moyen infaillible d'entretenir en bon ordre et condition la mâle éxersrie qui, on s’en rappelle, faisait les délices des narquoises gens de Sorel...) alors qu’il s'était levé comme d'habitude pour faire son train. …. et vaquer à ses autres occupations, notamment à la sacristie, où il fut néanmoins un peu inquiet et surpris de voir que M. le‘Grand- Vicaire n’était pas rendu à cinq heures et demie précises pour dire sa messe. Mais sa patience fut récompensée en voyant venir le vérérable prêtre, un peu avant huit heures, vers la sacristie.
À son retour de l’église, le curé apprit par le jeune médecin qui avait sommeillé, que l'état de Julie était rassurant et son sommeil bon.
Il fut couvenu qu'au déjeuner on mettrait Mathilde tout à fait au courant de la situation ;—ce qui fut fait, à la graude stupeur de cette dernière, mais elle promit de faire l'impossible pour bien s'acquitter de sa pénible tâche : ce dont, du reste, l’on était sûr. Le médecin prescrivit uns repos absolu, et pas de conversation sous aucun prétexte aves Julie, ce dont cette dernière devait être avertie dès eo 1’e ‘e s’éveillerait et essaierait de parier, le tout par l’ordre positif du médecin. Le curé, du reste, devant seconder efficacement, on le savait, Mathilde sous ce rapport. (Cela aurait pour résultat de gagner du temps, puis d'amener plus promptement la convalescence avant de rien révéler à Julie, qui, sans doute, s'enquèrerait bientôt de son mari.
Il fut en outre résolu que le Grand-Vicaire, en répondant à la lettre du curé de XXX, insisterait pour l’arrivée prochaine à Sorel d’une tante de Julie que celle-ci affectionnait particulièrement, et que la famille de Julie et celle de son mari seraient en tous points, par le message du Grand- Vicaire, mises au courant de tout ce qui s'était passé et se passerait à Sorel jusqu'à l'envoi du message.
Le bon Père après cela alluma sa pipe tout en cansant avec le jeune médecin ; on convint que le curé irait voir le messager ponr de nouveaux détaile, et durant ce temps, dit le docteur :--J’irai pr-zdre un bain de soleil, et, dans l’après-midi, il me faudra absolument traverser à Berthier,
DRAKMES
si, comme je l’angure, l'état de la malade me permet de Ia quitter pour üne couple de jours. è
I était ainsi près de dix leures du matin lorsque le Grand-Vicaire, . arrivant à l'auberge du père G....…, s’enquit. : On lui dit qu'en effet l’homme qu'il demandait logeait là, mais qu'il était sorti depuis le déjeuher, mais pas revenu, et au moment même ou la conversation avait lieu, le père G...... signala la venue de l'étranger.
Celui-ci salua profondément, et sur la demande du curé, le père G.... tuit À sa disposition la salle d'en haut, pièce très confortable et isolée, de sorte qu'en férmaut la porte, on était parfaitement chez soi.
Le Grand-Vicaire ralluma sa bonne grosse pipe, invitant son compagnon à charger dans sou énorme blague en loup-marin, ce qui n’était pas de refas,'et on causa. Le messager parut au curé tout à fait troublé, non, lui semblait-il, par la gêne qu'il pouvait 1ni causer, mais par une aventure récente, et il s’en enquit aussitôt.
—Vous touchez juste, reprit l’homme dont la physionomie ouverte ne dénotait pas la culture de l'esprit, mais révélait l'intelligence ; je viens, M. le curé, d'avoir, comme on dit, un gros choc. Imaginez-vous qu’en rôdant dans le village par curiosité et pour {wer le temps, en passant près d’une maison en bois, en arrière, je vis tout à coup arriver un homme que je crus reconnaître, marchant vite... je hâtai le pas en me disant : j'ai vu cæ paroissien-là quelque part, il n’y a pas longtemps, c’est sûr, et je fus bientôt fisqué, car je dévisageai l’homme, et je le reconnus bel et bien pour celui qu’on soupçonne avoir tuer le mari de Madame... j'eré ben que ce particulier me reconnut aussi, car il se précipita dans la maison dont je viens de parler.
Comme de juste, je ne l'ai pas suivi là, mais je voulais en avoir le cœur net. Je continuai, et avisant un jeune garçon qui sciait du bois dans la cour du troisième voisin, je lui demandai, sans faire semblant de rien, qui habitait la maison en question. ‘“ C’est le Dr.....”, qu’il me ré- . pondit..… “ Si vous avez affaire à lui, il vient justement de passer...
‘* Il est arrivé ce matin d’un long voyage,” dit le jeune homme, “ et c’est . “ pas commode pas de docteur... Mouman est malade ; je lui ai deman- “ dé de venir la voir tout à l'heure, lorsqu'il est passé, et il m'a dit qu’il ‘“ viendrait après diuer.” Ça suffisait, mais le jeune homme ajouta : “Com- ‘ ne il n'est arrivé que ce matin, je suppose qu'il est fatigué. Les doc- “ teurs c'est comme les autres, c’est pas des chiens, en sorte que, si vous avez ‘; besoin de lui, attendez après-midi lorsqu'il sera venu voir mouman..…… Je rassurai à cet égard je jeune homme, et je me sens tourmenté deuis.
: —Mais, dit le Grand-Vicaire intrigué, où et quand avez-vous rencontré cet homme avant aujourd’hui ?
La question provoquait une longue réponse, et l’homme aimant à jaser, le curé était certain d’être bien renseigné ; nous ne rapporterons pas, par le menu, tont ce que raconta le brave homne, nous contentant de l’analÿyser pour l’utilité de ce récit.
Î1 dit qu’il était au service de l’aubergiste de**%# depuis nombre d'années, un homme de confiance pour mener les voyageurs ; que la veille du meurtre du mari de Julie, vers les sept heures du soir, arriva à l'auberge une calèche conduite par un charretier irlandais de Québec, d’où
sortit le personnage qu’il venait de revoir à sa grande surprise. Celui-ci.
demanda une chambre et à souper pour lui et le charretier. Ils mangé-
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icaire, effet déjeut lieu,