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de. C’est au point, qu'un soir, le médeciu IJut la traduction fidèle, au moins en prose, d'une effasion patriotique, d’un poëte irlandais. En voici un extrait authentique, retrouvé, plus tard, ainsi qu’on l: verra plus loin :
‘ Hélas ! ainsi le Seigneur le voulut dans ces temps déjà lointains où le roi Angeon, accompagné, de ses barons Normands, au corselet de fer, vint réclamer comme son domaine tout le pays, depuis le cap Chelioc jusqn'au cap Clear, depuis les fertiles bords du Edit jusqu'aux côtes sauvages d’Antrim...…. Désolation! Désolation !.... et ce fut un pontife romain, un Saxon dont les Normands avaient opprimé les pères, qui te livra à la fureur des Normands, 6 toi, mon Irlande chérie !
‘‘Adieu ! serviteur des serviteurs de Dieu : que le Seigneur te pardonne le bref sanglant que, dans un moment d'erreur, tu adressais à Henri d’Aujou, lui disant : ‘ Prends l’Hibernia avec ses peuples, je te les donne pour le denier de St-Pierre !”
“Comme le fils de l'homme fut vendu par l’apôtre infidèle, ainsi, noble Erin, tu fus livré par le vère commun des fidèles, toi si religieuse et si tendre. At tu devais être foulée aux pieds des soldats grossiers, exposé. aux injures de la populace, et tu devais plusieurs fois tremper tes lèvres pâles et mourantes dans le calice d’amertume ! Tu as été ainsi choisie pour une seconde expiation; et, au milieu de tes souffrances tu as levé vers le ciel tes yeux humides pour y chercher le courage et l'espérance !
“O combien de fois, depuis ces jours de deuil, l'Elysée n'’a-t-elle pas pleuré sur toi, dont la voix suppliante, malheureuse Irlande, s'élevait vers elle du sein de l’abîme de maux où tu fus plongée! Ses larmes se sont mêlées aux tiennes, ses prières sont montées avec les tiennes, jusqu’au trône de l'Eternel, et une pensée d’avenir est tombée sur ton front pâle, comme un doux rayon du soleil au printemps fait germer la fleur odorante au sommet de tes montagnes neigeuses ! ;
“Et cependant l'Irlande ne tomba pas comme le pin verdoyant sous la hache du bûcheron ; elle se leva frémissante de colère quand les chevaux Normands hennirent dans les vallées, quand les bannières ennemies se déployèrent sur ses collines. 11 fallut qu'un de tes fils aux bras forts et nerveux se révoltât contre sa mère pour que tu pliasses le genoux devant un suzerain, Ô mon Irlande chérie !
‘“‘’Honte éternelle sur ton nom, roi des Sagomah, Dermot, fils de Morrough, toi dont la voix sacrilège appela l'étranger à ton secours. parceque trop contre un, brave rival, il n’y eût pas, dans ton camp, assez d’épées qui se levassent pour toi, à lâches !
“Non l'Irlande ne descondit. pas sans gloire dans l'abime profond du malheur ; ses braves enfants moururont pour elle ; et bien des fois devant son épée victorieuse, elle vit fuir l'Anglais épouvanté ; bien des fois uu cri de colère et de liberté retentit dans les échos de ses montagnes comme l’océan aux approches de la tempête ; et alors, Albion, tes lords crgueilleux. tes ministres infidèles et corrompus de la foi morte, tes avides mar chands, tes soldats mercenaires, ont frémi. Déjà ils croyaient voir la harpe Irlandaïse sur les vieux crénaux de la tour de Londres accompagnant un chant de mort !
“Albion, qu’as-tu fait de ta belle et noble Erin ? tu l’as saisie par sa
longue chevelure, tu l’as frappé au visage, tu as bu son ang, tu 4s savouré ses larmes, tu as ri de ses cris de tristesse, u as contemplé d’un œil sec
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et froid la lèpre de sa misère. Et lorsque oubliant tes crimes et tes cruantés, elle essayait de te donner un nom d'amour, tu lai as répondu par des paroles de haine, tu as ajouté de longs et pesants anneaux à la chaîne en fer dont tu avais chargé ses membres brisés par la torture ; tu as été insensible à ses infortunes dont'le récit fait pleurer les nations les plus éloiguées, et, riant comme Satan au milieu du luxe qui t'environne, tu as demandé de Por !... de l'or pour tes nobles seigneurs, pour ces fiers représentants dont la conscience a un prix comme des épines de l’Inde, de l'or
pour toi qui vieïllis et trembles sur un monceau d'or! 3
.. “ Vois-tu Albion, tu seras renversée de ton char comme l'impie Antiochus ; tu seras battue de verge comme Eliodore, tu pleureras solitaire
“au milieu des-mers comme Vénus qui-a été grande et cruelle comme toi.
Le Seigneur prendra pitié des malheureux que tu as faits, le vent de la colère suprême soufflera sur toi et dissipera tes flottes. il remplira ton sein d’une mystérieuse terreur ; ta voix impérieuse deviendra pius impuissante que le souffle léger du vent qui soulève à peine les pétales flétris des fleurs de l’églantier. Et nul ne te plaindra ; nulle prière ne s'élèvera pour toi vers le ciel irrité ; et une voix inflexible te poursuivra partout dans tes jours sans soleil, dans tes nuits brumeuses, en criant par le monde ! Albion ! qu’as-tu fait de ta'sœur la noble Erin !
“T® don, pardon, Seigneur ! Si ces paroles amères sortent de la bouchr u noste comme les flots irrités des torrents qui vont grossir les eaux du on,c'est qu'il aime tendrement sa mère et que sa mère a tant pleuré ,.... C’est que la plainte ne console pas le cœur qui souffre... c'est il est des misères trop grandes pour les créatures Mais pourquoi doute. & mon Dieu ! de ta justice et de ta bonté ? tu ne pardouneras qu’à ceux qui pardonnent.. | :
‘“ Eh bien ! qu'Albion prospère, mais que Erin soit libre !
“ Oh ! tu pardonneras, Seigneur, si une voix Irlandaise crie vers toi, Dieu sauve l'Angleterre! Notre père, qui êtes dans les cieux, prenez pitié de l’Irlande Catholique et résignée ! Que ses larmes et ses misères soient
mises dans la balance de votre justice et que des jours sans orages descendent sur ses collines ! .
Et maintenant, O mère des saints et des héros, mon Irlande bienaimée, ton poète, qui chante dans l'ombre de la nuit ta colère et tes espérances, te demande aux échos des grèves du Canada ; viens le visiter dans ses songes d'avenir, viens comme une apparition bienfaisante réaliser la pensée d'amour et de dévouement. Oh ! u'est-ce pas toi, ma mère, qui, agenouillée sur le rivage, prie le Seigneur, ton Dieu, pour tes tristes enfants ! n’est-ce pas toi dont les mains chargées de chaînes pressent sur tes lèvres et sur ton cœur la croix du Sauveur ? Salut, ma noble mère ! Oh! que tu es belle encore, mon amour, dans ta douleur sublime ! Quelle vive et sainte espérance brille dans tes yeux bleus qui cherchent dans le ciel un refuge pour la misère ! La brise soulève ta longue chevelure et les
Mar expirantes de l’océan viennent mouiller les plis de ta Klanche robe.
‘ Une sainte et ravissante harmonie t'environne, car le malheur est. sacré ! la pâleur de ton front atteste tes longues souffrances... mais quel délicieux sourire vient embellir tes lèvres ! Ne sont-ce point les mélodieuses paroles d’un hymne d'espérance que d'une voix attendrie tu mélesaux accords de ma harpe jusqu’au moment où le soleil, descendant sur ces grè-
-ves désolés, fnit le songe du poëte, et alors tout disparaît hélas ! excepté
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la douleur, et les derniers accents de sa voix vont porter dans les échos les plus lointains les mots que le Seigneur entendra !...... Irlande ! Irlande ! Que Dieu te protège.”
La déclamation de cet enthousiaste effluve patriotique fut faite d’unevoix apparemment gonflée par le patriotisme. Tout observateur attentif aurait remarqué, comme nous le faisnns en ce moment, que les accents de: la voix émue de notre médecin étaient plutôt dûs à la présence de Julie qu’à l’effusion poëtique dont il se faisait l’écho intéressant et intéressé. Pour être véridique, disons que tel était le cas : nous n’en donnerons que trop, hélas ! dans le cours de ce récit, des preuves lamentables..…. Etil y avait, certes, trop d’avantageuses similitudes entre l’amour de ja patrie et d'une jolie fille, pour que notre vert galant ne songeât pas à en profiter.
I1 suffit de constater, pour le moment, que notre amoureux... car ik l'était devenu d'une façon aussi ridicule que véritable, pour qui aurait vw ses agissements dans l’intiraité... remit le manuscrit à Julie en lui disant, galamment, qu’il avait copié à son intention, la jeune fille acceptant, du reste, gracieusement et sans arrière-pensée, le papier tout parfumé, s’il vous plait...
Nous l’avons dit, notre héroïne était belle, de ces beautés attrayantes et sympathiques à tous, dont sont douées, disons-le, en l'honneur national, la plupart de nos jeunes Canadiennes-françaises, mais elle était faible de santé, ainsi que nous l’avons constaté ; notre médecin devenu amoureux, dissimulé par calcul, n'en était pas moins expert dans son art; vieux garçon, il avait consacré ses veillées à l'étude de sa belle profession, facilitée, du reste, par une nombreuse clientèle, joignant ainsi la théorie à la prati-
ue. Mais comme on n’est jamais sans défaut, il calmait ou plutôt débrouillait les ennuis de sa vie sédentaire par un usage peu modéré de l’opium, ce qui explique, en partie, ses lubies amoureuses. Les soins attentifs qu'il donnait, comme médecin, à ls jeune fille, contrihuèrent à ramener la vigueur, en utilisant scientifiquement et avec apropos, la sève de la jeunesse. Il se flattait, le malheureux, de posséder un jour ce trésor vivant, ignorant alors que cette Julie était fiancée, ce dont du reste, pour un motif ou pour un autre, le bon curé et la discrète jeune fille ne parlaient pas.
Ce qui prouverait, au-delà de tout doute, que le cœur de notre vieux garçon était incendié, sans espoir de sauvetage, est le fait suivant :
Quelques jours seulement après l’épisode que nous vénons de raconter, il remit, fort discrètement, à notre héroïne, mais avec un embarras visible, et qui aurait pu mettre sur ses gardes tout autre qu’une naïve enfant comme l'était Julie, un pepier ciré et tout parfumé, portant l’adresse de cette dernière, et il se retira si abrupiement que notre héroïne en fut un peu énervée.
Elle déplia ce papier et lut avec stupeur ce que notre poëte national qualifierait, non sans raison, de rapsodie et, venant de notre vieux garçon, nous n’hésitons à ajouter de rapsodie abominable, si tant est que le ridicule ainsi affiché puisse être du domaine de l’aboinination !
Du reste, nous laissons le lecteur juge du chef-d'œuvre d'amoureux que nous reproduisons, pour l’expiation des vieillards tentés de le de- VENIT ooueree
Le voici !..., et nous garantissons aux lecteurs l'authenticité de la
6 © ma
jonal
Yçon , icule
areux le de-
de la
pièce... mettant ainsi à couvert notre responsabilité littéraire, puisque d'éditeur, au besoin, pourrait certifier que nous lui livrons l'original :
“ Le jour, je ne vois que Julie ;
“# Elle m'occupe encor la nuit.
“ Tout est plaisir près de Julie ; “ Loin d’elle l'ennui me poursrit.
“ Ce n’est enfin que chez Julie
“ Que je trouve le vrai bonheur.
“# Toujours, toujours, toujours Julie # Est le mot d'ordre de mon cœur.
4 “ Avant de connaître Julie
“ L'amour pour moi n'était qu'un jeu, “ Mais à chaque instant pour Julie
“ Mon cœur brûle d'un nouveau feu,
“ Un charmant coup d'œil de Julie # Ne peut qu’en augmenter l’ardeur.
“ Toujours, toujours, toujours Julie “ Est le mot d'ordre de mon cœur.
Et quelques jours après, le vieux fou, ne recevant pas de réponse, eût la hardiesse de remettre à Julie un billet. que les amoureux qualifient de billet doux, accompagné d’un médaillon en or... un cupidon, s'il vous plaît! . |
Voici cette autre insanité
‘{ J'ôse espérer que vous ne rejetterez pas ce léger souvenir d’un hom- “ me qui vous adore et qui n’aspire qu’au moment de vous prouver d’une # manière plus sensible, l'amour que vos charmes ont. glissé dans son “cœur. Hélas ! Que ne m’est-il permis de lire dans l’ayenir ! Ah ! si je ‘{ pouvais du moins, sans témérité et sans blesser votre délicatesse, porter ‘* mes regards dans les :2plis secrets de votre pensée ! Aurai-je le bonheur “ d'y découvrir quelque faveur, quelques inclinations à mon égard ? J'ai “ en moi le sentiment intime, quoique peu fondé, que vous daignerez, au
“ moïns, me faire parvenir de ces paroles si douces, si expressives dont j'ai ““ ressenti dernièrement l'influence.” :
Le lecteur patient, se rappelle, peut-être, que nous avons constaté que, notre amie tante Sophie, éblouie de la beauté de hotre héroïne, avait cependant remarqué, entre autres choses, que tout en n'étant pas dépourvue d'intelligence, elle ne paraissait pas brillante sous ce rapport, c'est-àdire, nous devons l’admettre au nom de tante Sophie, qu’elle n'était pas espiègle à la façon des jeunes filles ou femmes de dix-sept à vingt ans.
En effet, si J'ulie eût été espiègle à l’égal on selon le cœur de tante
Sophie, ou, pour dire vrai, si elle eût eu son expérience, notre héroïne aurait répondu par le quatrain suivant :
Eteins ce lyrisme,
C'est mauvais pour les vieux,
Et tu feras bien mieux, Bien mieux, ? He Bien mieux,
D'soigner ton rhumatisme | -
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Mais singulièrement, elle n’en fit rien et, explique qui pourra Ia nature féminine, elle ne dit pas un mot de tont cela à Mathilde, ni même au curé. Etait-ce curiosité, pour la suite de l'aventure, à la façon des filles d’Eve ? ou timidité ? Le lecteur.ou plutôt notre aimable lectrice en jugera. En tous cas, son tort, à notre avis, fut, à part le silence absolu qu’elle garda vis-à-vis de tous, le soin qu’elle prit de serrer ce billet doux, et les autres pièces de notre vieil amoureux au même endroit où elle avait mis le manuscrit de la traduction du barde Irlandais si galamment remis par le vieil amoureux, c’est-à-dire dans une jolie cassetie, au fond de sa valise, la susdite cassette contenant les lettres de son fiancé. On verra plus tard, les déplorables conséquences de cette démarche enfantine pour ne pas dire inexplicabls sous les circonstances.
Le mariage de Julie avait eu lieu à l’inénarrable surprise du docteur, soit qu’aveuglé par sou fol amour, il ne se doutât de rien, soit qu’on lui eût caché soigneusement à desscin on autrement les relations de Julie avec son fiancé, lesquelles du reste ne se manifestèrent à Sorel, ouvertement, que quelques jours avant le mariage, par la présence du francé,
On conçoit l’immense désespoir que ce fait accompli jeta dans l'âme tourmentée du vieil amoureux. Dès qu’il eût la certitude de son bonheur anticipé perdu, il s’absenta durant plusieurs jours, en donnant pour prétexte à son vieil ami le curé qu’il allait «Assister aux conférences retentissantes que son frère l’abbé#** donnait alors à Québec ; et, même à son retour, il fut plusieurs jours sans aller au presbytère : il ne visitait que rarement son vieil ami et puis il cessa définitivement d'aller au presbytère, ce qui donnait au vieillard perspicace beaucoup à réBléchir, tout en étant du reste, aussi réticent, au sujet de Julie, que l’était notre ex ou plutôt notre amoureux toujours de plus en plus tourmenté.
Va sans dire que la lune de miel de Julie fut ce qu'elle devait être. Elle avait épousé un jeune homme appartenant à l’une de nos premières familles, bien doué sous tous les rapports au moral commeau physique, et singulièrement, par rapport à ce récit, son mari était aussi un médecin de talent et possédant déjà une bonne clientèle, ce qui, du reste, importait peu, car il était riche et pratiquait en amateur, sans tentefois négliger la clientèle qui affluait, l’autre médecin de la même paroisse de ##% se faisant vieux.
Un jour néfaste, plusieurs mois après leur mariage, le.mari de julie, en l’absence de cette dernière, en fouillant dans un meuble pour chercher un objet quelconque qui lui manquait, mit la main sur la jolie cassette dont nous avons parlé, renfermant la correspondance amoureuse de Julie. Elle était fermée à clef, ce qui surprit un peu le mari de Julie et plutôt var ce sentiment de curiosité transmis autant, ayouons-le pour une fois, en part égale, par Eve et Adam à leurs descendants, qu'autre chose, avec toutefois la pensée secrète de faire une bonne niche à sa jeune femme, il torça la serrure et éclata d’un rire joyeux en reconnaissant ses épitres amoureuses soigneusement arrangées et attachées, mais son sourire devint
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julie, rcher ssette Julie.
plutÔ£ > fois, avec me, il pitres evint
amer en trouvant parmi les papiers, ceux encore parfumés de son rival inconnu.
Il lut et relut surtout l’ode à Julie et le billet doux et il en aurait peutêtre ri de bon cœur, s’il eût connu pins tôt l'auteur, mais ce qu’il né s’expliquait:point non plus, était l'ignorance soignée dans laquelle on l'avait toujours laissé quant aux aspirations de cet amoureux authentique et surtout le silence absolu de Julie avant et même après le mariage. Les jeunes filles dont le cœur n'est pas épris ailleurs, pensait le mari, mettent généralement une espèce d’amour-propre, du resto légitime, avoir reçu d'autres hommages, ce qui, loin d’avoir rien de blessant même pour un jeune mari, ue peut que chatouiller agréablement son amour-propre.
(quoiqu'il en soit, le mari de Julie, après quelques moments de réflex: ion, remit les papiers dans la cassette, la referma soigneusement et résolut de n’en pas parler à Julie. Ce fut son malheur, car l'explication qu’il en aurait obtenue se serait, sans doute, terminée par de chauds baisers. Mais telle est la pauvre humanité ! La jalousie avait empoigné l'âme du mari de Julie et meurtri tout-à-coup son cœur ! Ce sentiment de la jalousie est inexplicable, même par les physiologistes les plus expérimentés.
Le mari de Julie devenait tout-à-coup soupçonneux. Et lorsque le mari ou la femme deviennent soupçonneux, le bonheur domestique a vécu ! Quiconque a été jaloux une fois dans sa vie le sera longtemps, sinon toujours, quoique par intermittence. L'esprit s’habitue au soupçon et se tour- : mente quand même avec ou sans motif. C’est une maladie de l'esprit, ou de l’âme, inexplicable et que la confiance réciproque, absolument mise à nu, peut seule guérir, mais là est précisément la difficulté d’administrer le remède, car le jaloux ou les jaloux ne sont pas communicatifs ; le senti: ment de jalousie est un ver caché et rongeur. C'est au moral un poison
subtil, un microbe introuvable, mais qui opère la destruction du bonheur domesiique. x
Aussi Julie ne fut pas longtemps sans s’apercevoir du changement subit et inexpliquable survenu chez son mari. Il était sombre et avait l’air souvent préoccupé de choses non existantes. Les tête-à-tête, l’abandon amoureux avaient tout-à-coup cessé. Non pas que lé mari de Julie l'avait cru ou la croyait infidèle ! ah non ! mais il était jaloux !...... Et on a va des maris jaloux de leur femme, mère de plusieurs enfants, comme si la sainteté de la maternité et les soins incessants non ignorés chez l’énoux (à moins d’une dépravité exceptionnelle chez les femmes) n'étaient pas une garantie du bonheur domestique...
Jusqu'à présent, le bonheur de Julie et de son mari avait été infini et paraissait, comme tous les jeunes époux, devoir être éfernel, et, tout-à-coup, voilà que, dans le ciel brillant; apparaissait un point noir, signe précurseur de l’éponvantable tempête !
: Ce qui frappait surtout Julie était la profonde tristesse qui s'imprimait, de plus en plus, sur la physionomie jadis ‘souriante de son mari, chose inexplicable pour Julie, car elle n'avait et ne pouvait, la chère enfant, n’avoir que des tendresses pour son mari et il savait du reste qu’elle ne les lui ménageait pas. Disons que le malheureux,en proie à sa jalousie faisait usage d’opium comme beaucoup de médecins d'alors et comme il n’y a pas, dit-on, de pire médecin que celui qui se soigno lui-même, de même de pire avocat que celui qui se prend pour client, le mari de Julie avait substitué les alcools à l’opium, espérant, sinon la guérison de cetabns
: de l'opium, au moins, noyer plus aisément son noir chagrin de mari jaloux.
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Et, depuis quelques mois, il abusait étrangement des alcools au grand désespoir de Julie, dont le malheur subit devenait intolérable.
De là l’explication de la visite inattendue de Julie chez son vieil ami et protecteur, le curé de Sorel. .
Elle venait lui confier sa peine ; elle sentait que les bonnes paroles qu’elle recueillerait de son père adoptif, seraient, pour son âme endolorie, ce qu'avaient été, autrefois, les toniques pour son corps malade. Aussi, trois jours après son arrivée au presbytère, elle résolut de s'en ouvrir complètement et, abordant le curé avec sa grâce habituelle, à laquelle rien ne résistait, elle lui dit :—Cher père, j'irai tout à l'heure vous surprendre à votre office, ayant à causer particulièrement avec vous. C’est bien, mon enfant, tu seras la bienvenue et je me réjouis d'avance du bonheur que me procurera ta présence, rétorqua l'excellent homme,
Nous avons dit que le gendre du père Gabriel D... devait repartir le lendemain au petit jour, ce qu’il fit en effet. La traverse entre Sorel et Berthier était impratiquable et comme l’eau avait beaucoup monté durant la nuit, force fut au gendre du père Gabriel D... d’éviter le trajet par la Baie de Lavallière et de suivre la côte, .Le retour lui prit deux longues journées, en sorte que les quatre louis (£4) payés, n'étaient pas du boodlage ! et ce n’est qu'à grande peine qu’il put traverser vis-à-vis Yamachiche. Pas besoin de dire que le père Gabriel était dans les transes et ajoutons en l’honneur de sa mémoire qu’il était moins inquiet de la belle dame que de son attelage.
La débâcle ! la débâcle ! avait dit le bonhomme à la belle dame, était à redouter, et il la redoutait avec raison. Enfin, ce fut avec un bonhezr accompli que-le père Gabriel revit son gendre, car deux heures après l'’arrivée, la Hibe se mettait en mouvement vis-à-vis Trois-Rivières.
La même chose s'accomplissait à Sorel.
Au moment où Julie se proposait de s’ouvrir à son vieil ami, troisépetits coups discrets, mais précipités, se faisaient entendre à la porte de l'appartement où ils se trouvaient réunis.
— Entrez, dit le curé, et alors apparut la binette du père Antoine, cumulant les fonctions de bedeau et d'homme de peine.
—Ah ! M. le curé ! s’écria-t-il, vite ! vite ! là, on se neye !...... la gla e marche et on a peur qu’elle emporte les maisons du Colonel H..... et l’auberge du père G..... les deux seules bâtisses en bois qu'il y avait alors sur la rue longeant le Richelieu Le père Antoine était surtout en peine pour l’auberge, car c'était là qu’il dégustait son verre de rhum au moins trois fois par jour, à part le résidu des burettes qu'il asséchait consciencieusement à la sacristie, ce dont, du reste, son nez rouge, bourgeonné, faisait preuve, au poiut que les Sorelois disaient que le bonhomme avait pour nez une roupie de coq-d’inde ........ Mais ajoutons pour ne pas offenser les mânes du père Antoine, que le vieux docteur de Laterrière, un type de ce temps jadis... pa”lant des gens de Sorel d’alors, dans ses mémoires imprimés seulement pour la famille et que nous avons eu l’avantage de lire, il y a quelques années, disait, que ça n’est qu’au Portugal qui
. avait rencontré des gens usant d’un pareil langage imagé et ressemblant aux Sorelois.....….. d'alors, bien entendu. Quoiqu'il en soit, le récit du commencement de la débâcle, que fit le père Antoine au curé, alarma ce dernier, car la brunante commencçait, et la présence du bon curé était pour
les geus de Sorel toujours indispensable, surtout là où il pouvait y avoir
danger soit pour la vie ou la propriété.
artir el et arant t par igues boodachiajoue da-
était 0 heur 8 l'ar-
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peine moins iscieneonné, e avait y offenun tyes mévanta- 1 qu'il nblant écit du rma ce it pour
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Voilà pourquoi l’entretien avec Julie fut ajourné et que le brave curé artit précipitamment, sans toutefois oublier sa pipe, compagne inséparable, avec le père Antoine, auquel se réunirent quatre ou cinq paroissiens ui attendaient à la porte du presbytère. On se rendit en hâte au bord da fleuve et à la route longeant le Richelieu. L'eau gagnait la rue et atteignait la maison du coin de la rue, actuellement appelée du Fleuve, c'est-à-dire l’auberge du père G ….... l’inondant--la maison du Colonel H...... ayant été détruite. Il ny avait pas de quais alors et la glace était massée sur la côte. On en voyait'une montagne à la Pointe des Pins dont les arbres alors touffus protégeaient les rives.
Pour donner une idée à nos lecteurs de ce qui eut lieu, lors de ces débâcles du Richelieu, nous relatons, foi de romancier, ce qui s’est passé, aux dates ci-dessous, tel qu’on dit au Palais, sauf à retrouver notre vénérable Curé et ses compagnons et à reprendre notre récit relatif au drame de notre héroïne.
Extrait des notes de l’auteur de cette véridique histoire portant la date de Sorel, samedi, 19 avril 1862.
DÉBACLE DU RICHELIEU
Nous avons à rendre compte d’un désastre épouvantable, la débâcle du Richelieu qui, d'ordinaire, ne se fait presque jamais sentir, mais qui a eu lieu, hier matiu, avec un fracas terrible, la crue extraordinaire et soudaine des eaux du Richelieu, encore grossie, sans doute, par cellés du Lac Champlain, ont soulevé la glace du Richelieu avant qu'elle fût mûre et ont amené la débâcle que nous avons pu contempler hier, dans toute sa grandiose horreur, et dont nous avons à raconter les déplorables sonséquences. Jeudi soir, le Richelieu était libre de glace vis-a-vis la villz. Vendredi matin, le courant était très fort et faisait présager le commencement de la débâcle. Vers neuf heures, un énorme monceau de glace, entraîné par un fort courant, poussait devant lui plusieurs bâtiments à voiles et bateaux-à-vapeur et les rendait ainsi jusqu’à l'entrée du St-Laurent. Ces bâtiments furent massés là, et malgré les efforts d'un grand nombre d'hommes, il fut impossible d'en dégager un seul, mais on se hâta de préparer un des vapeurs pour remorquer les autres. Un cultivateur demeurant à près de deux lieues de Sorel arriva alors à course de cheval et nous apprit que la débâcle avait fait de terribles ravages tout le long de la rivière Chambly, que l’écluse de St-Ours était submergée et brisée ; que la
lace avait enlevé le moulin de Madame de St-Ours ainsi que des quais, des
angars, etc ; il ajouta que la débâcle se faisait alors à environ deux milles de Sorel, et y causait de grands ravages, que la glace entraînait tout sur son passage et que les eaux étaient extrêmement hautes. Cette nouvelle porta la consternation dans l’âms d” ‘ous.
Vers midi, l'affreuse nouvelle se réalisa : —où aperçut de loin les énormes monceaux de glace qui couvraient la rivière et qui s'avançaient avec rapidité. Quelques minutes après ces monceaux atteignaient les premiers bâtiments qui étaient ancrés dans la rivière et les poussaient en avant avec fracas, les uns contre les autres, les entraînant tous et les massant ainsi à la suite les uns des autres tout le long de la distance qu'il y a du.
lieu où les bâtiments étaient ancrés à venir jusqu'aux quais de la Cie du Richelieu. :
On vit alors un affreux pêle-mêle de bâtimonts à voiles, bateaux-à-vapeur, barges, chalands, tous s'avançant, s'entre choquant et se brisant les uns sur les autres avec un bruit teriible. C'était un spectacle désolant de voir tous ces magnifiques bateaut-à. vapeur, tout frais peinturés, en grande partie meublés et’ prêts pour la navigation, eulevés ainsi le long du rivage où ils étaient fortement amarrés, et rejetés avec force les uns contre les autres par la glace qui s’amoncelait pardessus en les broyant.
*Ky*
Tous les bateaux à vapeur de la Cie Richelieu qui n'étaient pas sur les chantiers sont plus ou moins endommagés ; d'autres bâtiments ont sombré et sont disparus sous la glace. Pas un n’a complètement échappé ‘au désastre ; quelques-uns sont hors d'usage ; un plus gra; d nombre sont littéralement broyés ; l’œil ne distingue partout que des ruines amoncelées les unes sur les autres et au loin la glace amassée par monceaux.
Entre 4 et 5 heures la glace refoula davantage, les amarres qui retenaiïent encore les bâtiments se cassèrent et tous furent poussés vers le St- Laurent. Là, plusieurs sombrèrent ; le Castor, le Boston, et un des curemoles disparurent complètement.
Le Napoléon fut coulé, le Montréal, l’Arabian, le Yamaska et plusieurs autres bâtiments furent précipités dans le St-Laurent à travers la glace.
… Une foule nombreuse couvrait les quais, et les crisse mélaient au Le amarres et des bâtiments broyés. Le vapeur Unity à aussi sombré.
Il est impossible de calculer les dommages causés jusqu’à présent ; jamais pareille débâcle n’a eu lieu ici, et on ne la prévoyait pas; il est impossible de dire si les suites n’en seront pas encore plus désastreuses. On peut évaluer les dommages à quelques centaines de mille piastres et Dieu seul sait ce que la nuit nous réserve. Nous donnons ces détails à la hâte, et au moment où c’est écrit, on n’est pas sans inquiétude sur ce qui doit arriver.
Malgré ces ravages, rous avons du moins la consolation de dire qu’aucune vie-n'a été perdue, bien qu'il y ait eu, comme toujours, dans des cas pareils, beañcoup d’imprudences commises, Seulement un nommé Lemay a été blessé par une chaîne qui s’est cassée, mais on espère que la victime de cet accident n’est pas en danger de perdre la vie.
P.S.—-La nüit.est très noire ; la débâcle continue ses ravages. La pluie tombe par torrent et une brume épaisse empêche de voir. On entend le bruit sourd et le fracas de la glace qui passe avec une rapidité extraordinaire et entraine tout sur son passage.
-.. “Le Cultivateur’ et le “St-Pierre” sont coulés, le “Victoria” a été emporté avecles autres dans le St-Laurent. Un grand nombre de petits batiments sont littéralement broyés. Pour cumble de malheur on rapporte que deux hommes et un enfant 8e sont noyés. On entend les cris des hommes à bord des bâtiments entraînés dans le St-Laurent. La nuit a un aspect sinistre. Que Dieu ait pitié de nous !